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Une histoire d’amour28 mars 2010 « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. […] Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.» (v.19b.20b) Le récit de la Passion peut susciter diverses réactions de compassion, de pitié, de malaise ou de culpabilité. Un peu à la manière de ce petit garçon, qui après avoir visionné le film Jésus de Nazareth voulait sortir « tuer les méchants qui avaient fait mal à Jésus ». Mais l’essentiel ne serait-il pas qu’il suscite chez le peuple croyant reconnaissance, admiration et action de grâces? Pour cela il faut dépasser les détails de l’histoire pour s’arrêter à la démarche de salut qu’elle contient. La passion et la mort de Jésus sont les passages obligés vers la résurrection et la vie plus forte que la mort. C’est avant tout, dans le plan de Dieu, un projet de salut, une histoire d’amour. Il y a quelques années, tout au long de la Semaine sainte, les participants aux offices liturgiques dans une paroisse avaient été invités à chanter devant la croix dressée au Dimanche des Rameaux, après la commémoration de l’entrée glorieuse de Jésus à Jérusalem, le refrain suivant: « Voilà l’amour jailli du cœur de Dieu, il a pris corps de Jésus-Christ. » Repris au Jeudi saint, au geste du lavement des pieds, au Vendredi saint devant la croix voilée et à Pâques devant la croix fleurie, ce refrain marquait l’essentiel et fixait l’attention sur la motivation profonde de Dieu qui ne se complait pas dans la souffrance, mais qui aime jusqu’au bout, jusqu’à la mort et la mort sur la croix, jusqu’à la vie qui triomphe de la mort et ouvre ainsi un chemin de vie pour tous les disciples du Christ mort et ressuscité. Il y a un piège, que l’on n’évite pas toujours: regarder la croix comme uniquement un instrument de supplice odieux, un symbole de souffrance et de mort. La croix est un signe d’amour: « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » La croix du Vendredi saint ne peut être dissociée de la lumière de Pâques, elle est la croix glorieuse, la croix du salut, le signe de l’amour rédempteur: « Ne savez-vous pas que le Messie devait souffrir et mourir pour entrer dans la gloire. » La Semaine sainte invite les communautés chrétiennes à porter avec le Christ souffrant les souffrances du monde. Elle appelle les disciples de Jésus à se faire solidaires des exploités, des traités injustement, des condamnés, qui, aujourd’hui encore souffrent et meurent. Mais ne pourrait-on pas également s’unir à ceux et celles qui ne sont pas passifs près de la croix de souffrances; tous ces gens qui ne baissent pas les bras devant l’adversité, ces immigrants déclassés professionnellement dans leur pays d’adoption qui redoublent d’ingéniosité et de persévérance pour se trouver une place au soleil; ces parents et grands-parents qui, une fois de plus, donnent une autre chance à leur enfant délinquant; ce conjoint ou cette conjointe qui épuise ses forces en prenant soin de l’autre terrassé par la maladie; et tant d’autres autour de nous, qui, inspirés par un grand amour, se dépassent dans l’accueil, le service, le pardon et le travail. Dans la croix du Christ souffrant ils se reconnaissent peut-être, mais à la croix – signe d’un grand amour - ils peuvent s’identifier. En contemplant la croix, je redirai dans l’action de grâces: Voilà l’amour jailli du cœur de Dieu, il a pris corps de Jésus Christ. Et en contemplant la croix de Jésus Christ mort et ressuscité, toujours vivant dans le cœur et l’action de ces gens, témoins d’un amour plus grand que le leur, je redirai dans l’admiration: voilà l’amour jailli du cœur de Dieu. Il a pris corps de Julie, de Stéphane, de Geneviève, de Richard… Gabriel GINGRAS |
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