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Les béatitudes : un souffle d’espérance14 février 2010 « Heureux, vous les pauvres… Heureux, vous qui avec faim maintenant… «Un milliard d’enfants affamés dans le monde.» C’est ce que nous lisions, en gros titre, dans le journal La Presse du 15 octobre dernier. Cette nouvelle, pas très originale, me donne le goût de relire ou mieux de réentendre la proclamation des béatitudes. Les béatitudes… Un passage d’évangile si lourd d’interrogations qu’on ne sait trop comment l’aborder. Il risque de nous culpabiliser tout autant que de susciter ou de réveiller le désir de nous «mettre en marche». «Un milliard d’enfants affamés dans le monde…». Il s’agit bien ici de la faim physique, mais j’y entends aussi le cri de toutes les faims auxquelles la vie, les «riches» ne veulent pas répondre. Les béatitudes ne sont pas des prophéties de bonheur ou de malheur; elles constatent la situation dans laquelle nous nous trouvons et ouvrent une fenêtre sur l’avenir. Luc écrit qu’il y avait beaucoup de monde dans la plaine lorsque Jésus a parlé (6, 20-23). On dirait même que toute l’histoire du monde y était déjà. Nous y étions… Ne sommes-nous pas gens de la plaine rêvant, à certaines heures, d’atteindre les plus hauts sommets? Les béatitudes restent souvent comme une grande énigme. Une énigme qui interroge la vie, là où se rejoignent à la fois le désir de pauvreté, de libération et le besoin envahissant de la recherche de toutes ces richesses qu’offre la vie. Les béatitudes prennent une couleur bien particulière en un temps de crise économique à forte dimension humaine, où les pauvretés, les richesses, les injustices criantes en même temps que des efforts remarquables pour y remédier, se côtoient. Ces réalités habitent la conscience vive de bien des personnes et des groupes. Pourtant, au fil des années, combien de fois n’avons-nous pas entendu dire que la prospérité matérielle changerait la vie, notre vie? Changement structurel, nous expliquent les spécialistes de l’économie, peut être… mais faut-il que certaines catégories de personnes et de groupes fassent à ce point les frais des structures mises en place? Faut-il qu’un tel bonheur chez quelques-uns s’accompagne, si on n’y prend garde, d’une misère pour les autres? Les dernières années n’ont-elles pas laissé en chemin trop de blessés et même des morts? Et vivement les béatitudes! Les béatitudes révèlent une situation présente. Elles constatent la réalité de la vie avec ses moments de grandes faims, de pleurs, de haines subies et qui nous tombent dessus comme des malheurs. Les béatitudes nous parlent d’un même souffle de la paix et de la consolation apportées par les richesses. Elles parlent de ceux et celles qui mangent trop, qui rient trop. Mais à les lire et à les entendre, les béatitudes ouvrent sur l’urgence de voir plus loin, plus large que nos propres situations de richesse et même de pauvreté, qui risquent de nous enfermer pour le reste de la vie. Comme un grand désir et en même temps une longue plainte où s’entrecroisent bénédictions et malédictions, le passage des béatitudes dans nos vies nous rappelle les attitudes et les gestes qui ont inscrit dans la chair du monde et de l’histoire la marque de la vie de Jésus. C’est une invitation à entrer dans son mouvement pour ne jamais en étouffer le souvenir. Les béatitudes parlent aux pauvres de leur pauvreté et aux riches de leur richesse. Trop souvent on semble suggérer: «Ne parlez pas trop aux riches de leur richesse, ni aux pauvres de leur pauvreté, cela est dangereux; parlez-leur au plus vite de Dieu.» N’est-ce pas passer à côté des béatitudes? Les béatitudes disent qu’il y a de l’espoir pour les démunis, pour les «mal-vivants». Ils ont malgré tout plus de chance de se tenir debout dans les difficultés. Non pas de s’en sortir facilement, mais de trouver des voies de vie. Malgré leur bonheur immédiat, les riches et les repus gagneraient aussi à s’ouvrir à autre chose. Il y a urgence à le faire. Les béatitudes sont au centre de notre aventure humaine, comme la première maille d’un très vaste ouvrage qui ouvre à l’invention. Dans ce sens, elles nous mettent en mouvement, en interrogation. C’est un appel à une seconde humanité. Guy LAPOINTE |
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