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Vieillir et vivre en même temps7 mars 2010 «Je vous le dis; et si vous ne vous convertissez pas, Vous connaissez sans doute cette personne. C’est une femme qui a eu plusieurs enfants. Les enfants sont allés à l’école, se sont fait instruire, et sont revenus avec des idées différentes des siennes. Pourtant n’avait-elle pas essayé de communiquer ce qui lui tenait à cœur? Puis, un à un, les enfants ont quitté la maison pour parcourir le vaste monde et créer leur propre univers. Ce lien à distance n’était pas ce qu’elle avait rêvé, mais au moins le lien n’était pas coupé. Son conjoint est demeuré longtemps à ses côtés, mais il est décédé avant elle. La maison était maintenant bien grande sans lui, et le temps des repas beaucoup moins intéressant. Puis ses forces diminuèrent. Elle n’était plus capable de nettoyer la maison comme avant. Et ses jambes commencèrent à la lâcher. Impossible de se rendre à pied à l’église comme elle en avait l’habitude. Ce dont elle se rendait compte, c’est qu’elle faisait l’expérience depuis plusieurs années d’une multitude de deuils. Est-ce ça vivre, est-ce ça vieillir? N’est-ce pas un peu triste? L’évangile de ce jour, au premier abord, ne semble pas plus réjouissant. Deux événements tristes de l’époque de Jésus sont rapportés: une insurrection politique de nationalistes de la Galilée que le romain Pilate réprime de manière sanglante, et la catastrophe d’une tour de pierre à Jérusalem qui s’écroule et tue 18 personnes dans sa chute. Quand de tels événements sont rapportés dans le journal du matin, nous pouvons réagir de diverses manières. Bien sûr c’est triste. Mais si nous posons la question «Pourquoi c’est arrivé?», alors nous arrivons avec nos diverses interprétations. Nous pouvons dire: les nationalistes de Galilée ont mérité leur sort, ils n’avaient qu’à rester tranquilles. Les gens qui se sont retrouvés près de la tour fragile ont peut-être été imprudents, à moins qu’ils ne méritaient pas de vivre plus longtemps. Mais de son côté, comment Jésus réagit-il à ces deux événements? Évitons de penser que ces gens étaient pires que nous et auraient mérité leur sort, dit-il en somme. Évitons surtout de penser que ces événements concernent les autres, et non pas nous. Jésus nous invite à nous identifier à l’événement et à dire: arrêtons de penser que nous avons l’éternité devant nous, prenons aujourd’hui la décision d’entrer dans le cœur de la vie, comme si c’était notre dernière journée qui nous restait à vivre. Littéralement, il signifie: changer d’idée. Mais à quel changement l’évangile fait-il référence au juste? Que devons-nous changer en nous? Si nous nous considérons chrétiens, y a-t-il encore des choses à changer? Quoi au juste? Pour bien comprendre l’enjeu auquel fait référence Jésus ici, je préfère traduire metanoein comme ceci: accepter d’être transformé par la vie. Une intervention policière qui se termine dans le sang, un édifice qui s’écroule sur des gens sont des événements sans doute exceptionnels, mais ils sont un cas parmi les millions d’événements qui façonnent notre vie. La seule attitude vraiment humaine et à laquelle s’attend Jésus, c’est de laisser ces événements nous marquer, nous buriner le visage, bref nous transformer. Entrer dans la vie, c’est nous ouvrir les yeux et le cœur à tous ces événements de la vie, pour les laisser nous parler et nous éduquer. Les refuser, les laisser passer comme l’eau sur le dos d’un canard, c’est refuser de vivre, c’est accepter de mourir. Peu importe notre âge, nous avons tous en commun une réalité: le présent. Cela relève de notre décision de l’accepter ou de le refuser. Nous vivons tous des événements petits et grands: nous pouvons nous mettre à l’abri ou les laisser nous transformer, tout comme on prend le temps de ressentir les grands froids de l’hiver nous mordre le visage. Vieillir, c’est sans doute vivre de multiples deuils, mais c’est aussi éliminer tout ce qui nous faisait fuir le présent, c’est apprendre à goûter à l’essentiel, à entrer dans la profondeur de ce qui nous reste, la vie. Ce que Jésus demande, il l’a vécu. Voilà pourquoi il est pour nous Le Vivant. André GILBERT |
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