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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 129 (2008). |
Qui donc est Dieu ?18 mai 2008 « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… » (v. 16a) «Qui donc est Dieu?» Cette question, on peut la tourner et la retourner sans cesse et en tout sens en notre esprit. Les réponses sont multiples, jamais complètes, jamais satisfaisantes. Pas même en ce dimanche où l’on dit qu’il est Père, Fils et Esprit. Tout semble se situer ou trop loin de nous, ou uniquement dans le lieu de la connaissance et de l’intelligence, ou seulement comme un sentiment, une intuition. Mais voici, nous dit l’Évangile de Jean, que Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils, son bien-aimé, son image unique. Alors, Dieu prend nom et visage: celui de Jésus de Nazareth. Un être de chair et de sang, d’esprit et de cœur, comme nous. Un homme qui a partagé notre vie et notre mort. Qui a compati à nos misères, à nos maladies, à toutes nos souffrances. Qui a pardonné les offenses, s’est montré miséricordieux en présence des erreurs, des bêtises, même des péchés. Un homme qui a fortement réagi – jusqu’à la colère – devant l’injustice, l’intolérance, le jugement qui réduit l’autre jusqu’à n’être plus que sa faute ou sa misère. Et alors nous avons aperçu quelque chose de Dieu: un Dieu tendre et miséricordieux. Cet homme Jésus nous a parlé aussi du partage des biens, de la main tendue vers le pauvre, du service des autres. Aussi, d’un partage de la vie animé d’un amour qui jamais ne se reprend. Et nous avons vu le reflet du visage d’un Dieu d’amour et de fidélité. Et au dernier soir de sa vie, à la veille de sa mort qu’il savait inéluctable, cet homme nous a parlé de sa joie qu’il voulait voir vivre et demeurer en nous. Lui qui autrefois déclarait bienheureux ceux et celles qui prenaient la route à sa suite et traduisaient, dans leurs gestes et leurs paroles les plus quotidiens, son Évangile. Et Dieu devenait le Père qui veut notre bonheur, qui ne juge pas, ou, mieux, qui ne juge jamais à mesure humaine mais à mesure de son incompréhensible amour. Un Dieu exigeant parce qu’il veut pour nous un accomplissement qui dépasse, déjà aujourd’hui, nos espoirs les plus insensés et nos désirs les plus forts. Et le Dieu qui se révélait ainsi à nous a voulu avoir besoin de nous. Il nous révèle la dignité que nous avons à ses yeux en proposant son Fils à notre liberté. Le jugement que ce fils doit prononcer sur le monde est remis entre nos mains. Une réponse affirmative de notre liberté nous fait prendre la route à la suite de ce Fils, nous fait entrer, portés par l’Esprit, dans son projet évangélique. Et l’amour que Jésus a manifesté pour le monde devient alors notre amour dans la compassion, la miséricorde, le partage et le service. Nos combats pour la justice et la paix, si maladroits puissent-ils être, deviennent la reprise de ses combats à lui. Mais la liberté peut aussi être refus, et c’est alors souvent l’abandon à ce qu’il y a de pire en nous. L’instinct de destruction, de domination et de violence présent en nous, quand il est non contrôlé ou orienté, conduit à l’acharnement à se détruire soi-même, et va jusqu’aux asservissements des autres. Le goût de l’injustice souvent présent en nous devient la racine d’un mal qui peut gagner le monde. C’est nous qui pratiquement posons le jugement sur nous et sur le monde. Mais toujours il y a le pardon et la reprise possible, la longue patience et la miséricorde d’un Dieu qui ne se résout jamais à voir son œuvre se détruire. La liberté crée en nous un appel qui dit notre manque et notre besoin de son Esprit pour oser entrer en son bonheur qu’il veut être le nôtre. Nous pouvons répondre, comme Moïse, à l’appel que Dieu ne manque jamais de nous adresser. Nous pouvons l’entendre proclamer son nom dans le mystère de la vie et du monde. Et nous pouvons, comme Moïse encore, nous incliner devant lui en action de grâce parce qu’il a choisi de marcher à nos côtés. Ce soir-là, quand Jésus nous faisait ses adieux, il nous parlait de sa présence continuée dans le signe repris du repas partagé et dans le don de l’Esprit qui serait à jamais l’énergie, et le dynamisme, et le souffle dont nous avons besoin pour tenir et grandir en présence et en communion avec nous-même, avec les autres, avec Dieu. Qui donc est Dieu? Un Dieu vivant. Un Dieu qui nous parle bien peu de lui-même, mais qui, en Jésus Christ nous a révélé et découvert qu’il était avec nous et pour nous. Dieu qui se laisse chercher et rencontrer en tant de manières, par tant de chemins. Dieu pour la vie, Dieu de notre vie, Dieu dans la vie. YVON-D. GÉLINAS |
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