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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine
128 (2008).
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Pour les uns… pour les autres…
pour moi ?
29 juin 2008
Année A : Saints Pierre et Paul
Matthieu 16,13-19
« Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » (v. 15)
Un souvenir remonte à ma mémoire. Après une longue catéchèse à des élèves de 12e année, je les avais invités à répondre à la question que Jésus pouvait bien poser à chacun: «Toi, que dis-tu de moi?» À mon grand étonnement, les 38 garçons avaient tenu à répondre devant leurs compagnons. Et avec grande profondeur. J’entends encore Raymond affirmer: «Ce que je dis de toi, c’est que tu es allé jusqu’au bout de ta mission. Et je me demande si moi, j’aurai le courage d’aller jusqu’au bout. La vie n’est pas toujours facile.»
Cette réponse toute personnelle d’un jeune de dix-huit ans ressemble, je le crois bien, à la réponse de Pierre: «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant!» (v. 16) Le Messie, le Christ, c’est l’Envoyé du Père au monde afin que soit annoncé son amour indéfectible et infini. C’est celui qui est allé jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie pour que cet amour soit révélé.
Avant que Pierre réponde à l’ultime question, d’autres réponses étaient venues à la précédente posée par Jésus à ses disciples: «Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes?» (v. 13) Il est souvent plus facile d’énoncer ce que d’autres pensent et croient que d’affirmer publiquement sa propre foi. Ainsi, les disciples savaient bien et pouvaient facilement reconnaître que Jésus était perçu comme un homme qui avait le courage et le franc-parler de Jean-Baptiste, comme celui qui accomplissait certains prodiges exceptionnels à la manière d’Élie, comme un prophète invitant à la pureté du cœur, à la droiture d’intention, à la justice, à la miséricorde, à l’accueil de l’étranger… (cf. v. 14). Pour les uns et pour les autres, Jésus était certainement un homme vivant une spiritualité et un engagement qui suscitent à la fois l’admiration et l’étonnement.
Pour les uns et pour les autres d’aujourd’hui, Jésus est encore un personnage historique. Il a marqué l’histoire. Notre calendrier en est la preuve. Pour peu qu’on ait une certaine culture, pas besoin d’être chrétienne ou chrétien pour savoir qu’il a vécu en Palestine, il y a 2000 ans, qu’on lui attribue certaines guérisons, qu’il est mort crucifié. D’aucuns pourront même rappeler que certains l’auraient vu à nouveau vivant après sa mort.
À nous, comme aux disciples Jésus pose lui-même la question fondamentale: «Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je?» (v. 15) Jésus soulève lui-même le problème de sa propre identité. Il demande l’adhésion à qui il est sans n’y obliger personne. Il provoque les siens à faire la vérité sur la relation qu’ils entretiennent avec lui. C’est comme si, à ses disciples, il avait demandé: «Croyez-vous en moi? Et si vous dites croire en moi, dites ce que vous croyez au juste. Quels rapports voulez-vous entretenir avec moi?» Déjà, les disciples avaient reconnu en Jésus le Fils de Dieu. C’est du moins ce que constate l’évangile de Matthieu au chapitre 14 qui fait état du doute de Pierre devant le Seigneur marchant sur les eaux. À ce moment, c’était les disciples déjà dans la barque - et non Pierre ayant failli se noyer - qui proclamaient en se prosternant: «Vraiment, tu es le Fils de Dieu.» (Matthieu 14,33) Mais, dans la confession de foi mise dans la bouche de Pierre, Matthieu reconnaît une foi qui n’a pu se dire de cette manière qu’après la résurrection de Jésus. Alors que jusque là, l’expression Fils de Dieu pouvait être appliquée aux rois, aux juges ou même à une personne pieuse, dans la bouche de Pierre, elle atteste une relation particulière de Jésus à Dieu, une relation très intime dont la compréhension peut être approchée dans l’expérience humaine de la paternité et de la filiation. Tu es de la famille de Dieu; il est ton Père; tu es son Fils.
Pour la première fois, dès après cette confession de foi, Simon est appelé Pierre. Il devient le roc sur lequel sera construite l’Église. Pierre ne bâtit pas l’Église. C’est le Christ qui est ce bâtisseur. Comme la foi de Pierre est l’œuvre de Dieu en lui, l’Église, communauté de foi, est l’œuvre du Christ. Le ministère de Pierre et de ses successeurs est d’abord et avant tout au service de la foi qui porte la communauté des disciples du Christ: l’Église.
Cette page de l’évangile de Matthieu nous appelle à nous laisser poser par le Christ la même question qu’il posait à ses disciples: «Pour vous, qui suis-je?» Au plus profond de notre cœur se trouve la réponse. Elle est construite à partir de nos expériences de vie, de notre prière, de nos engagements, de notre histoire, de notre relation aux autres. De nos multiples et différentes réponses, si elles sont faites dans la vérité, jaillit comme une eau vive l’expression de la foi de l’Église toujours plus grande que la foi de chacune et de chacun.
DENISE LAMARCHE
Longueuil
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