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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 128 (2008). |
Déverrouiller les portes de l’Église…11 mai 2008 « Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs» (v. 19) De plus en plus, semble-t-il, on verrouille bien les portes de sa maison car on a peur. Il ne se passe, en effet, pas beaucoup de jours sans que les médias racontent un viol de domicile qui a terrorisé ceux et celles qui y demeurent ou qui, pire encore, a causé leur mort. «Verrouillez bien et n’ouvrez à personne», dira-t-on à des personnes âgées ou à des jeunes qui pourraient bien manquer de prudence par témérité. La peur fait qu’on ferme à clé les accès à sa demeure. Il est une autre peur qui appelle à se placer sous les verrous. C’est la peur de l’étranger. Certaines prises de paroles devant la commission Bouchard-Taylor portant sur les accommodements raisonnables au dernier automne ont bien montré qu’elle existait. Et, il faut rencontrer des personnes dont la vie est quelque peu fragilisée, des personnes malades, voire agonisantes pour reconnaître que la peur de la mort et même la crainte d’un Dieu punisseur existent encore aujourd’hui. L’évangile de Jean présente les disciples, au soir de Pâques, comme étant saisis de frayeur. «Ils avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs» (v. 19). D’où leur vient cette peur? Certes, du fait qu’ils peuvent bien penser que le sort ayant été fait à Jésus pourrait aussi leur être réservé. Si on a traité ainsi le Maître, ne pourrait-on pas viser aussi ceux qui l’ont suivi et partagé ses idées et sa vie? Si Jésus avait été conduit à la croix, ne pourrait-on pas les y mener aussi? Ils craignent les Juifs qui ne sont pas, comme eux, disciples de Jésus, ceux qui ont livré Jésus à Pilate et qui pourraient bien les livrer eux aussi. Cette crainte leur vient du fait que la promesse que leur avait faite Jésus de ne pas les laisser orphelins mais de revenir vers eux (Jean 14, 18) ne s’est pas encore réalisée. Ils n’ont pas encore reçu l’Esprit promis par Jésus et qui lui rendra témoignage (Jean 15, 26). Leur foi en Jésus n’est pas parfaite. Ils ne comprennent pas ce qui s’est passé. Ils sont angoissés tout autant que peuvent l’être aujourd’hui la fille ou le fils qui s’enferment tant qu’on n’a pas résolu le crime dont leurs parents ont été victimes. Nous l’avons maintes fois entendu de la bouche des proches de ces victimes: «Tant qu’on n’aura pas trouvé les coupables, nous sommes loin d’être rassurés». Pour qu’ils déverrouillent les portes, il faudra que les disciples reçoivent la paix du Ressuscité. Et voilà bien qu’elle leur vient cette paix au soir de Pâques. Jean en met deux fois le souhait dans la bouche de Jésus. Tout d’abord, au verset 19 et ensuite, au verset 21. Certes, le Shalom hébreu qui se traduit par le mot paix veut aussi dire santé. Le Christ de Pâques salue ses disciples de la manière la plus ordinaire qui soit: «Paix à vous! Santé à vous!» N’est-il pas vrai que la peur qui emprisonne rend aussi malade? Dans cette salutation que le Ressuscité fait à ses disciples, il les sort de leur angoisse, il déverrouille leur cœur emprisonné dans l’anxiété. Cette paix souhaitée et donnée par le Christ pascal n’est pas qu’une absence de guerre. Elle est aussi un don d’ordre spirituel. La deuxième fois que Jésus formule son souhait (v. 21a) l’exprime bien. En effet, le souhait est relié à l’envoi qu’il fait de ses disciples: «De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie» (v. 21b). Les portes s’ouvriront; les disciples devront sortir; ils deviennent, à ce moment, des envoyés, c’est-à-dire des apôtres. Mais, pour cela, il leur faut recevoir l’Esprit Saint. La paix intérieure dépend de l’accueil qu’ils font au Souffle de Dieu qui les pousse à partir annoncer au monde la Bonne Nouvelle en continuant à parler, à agir, à être, à la manière de Jésus de Nazareth. Cet Esprit Saint donné aux disciples est garant du succès de la mission qu’ils doivent entreprendre: poursuivre l’œuvre de salut de Jésus. L’Esprit leur est conféré pour le pardon des péchés. Il les habite en vue de la conversion à proposer au monde. Heureuse l’Église qui aujourd’hui serait généreuse de son pardon ou plutôt du pardon inconditionnel de Dieu qu’elle doit signifier surtout dans le baptême, dans l’eucharistie, dans le sacrement du pardon et de la réconciliation. Heureuse est-elle si elle appelle les chrétiennes et les chrétiens à déverrouiller la porte de leur cœur craintif en même temps que ses portes, à elle, pour aller dans le monde y porter l’espérance qui porte échec à l’angoisse et à la frayeur! DENISE LAMARCHE |
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