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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 128 (2008). |
Le premier pas des nomades20 avril 2008 « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin? » (v. 4) La Bible est le guide d’un peuple de nomades. Ses mots sont imprégnés de mouvement, de dynamisme. À Israël, Dieu ne donne pas des lois ou des commandements, mais des directions, des directives, des orientations. Refuser de les entendre ce n’est pas pécher, mais rater l’objectif, trébucher, être désorienté. Le nomade n’espère qu’une chose, trouver son chemin. À sa façon, le Thomas du texte exprime bien le désarroi de chacun: les disciples ne savent même pas où leur maître s’en va, comment sauraient-ils le chemin qu’il va prendre pour s’y rendre? La réponse présente Jésus comme le chemin («Voie») authentique («Vérité») qui mène à la vie («Vie»). Si les disciples le suivent, il les mènera à la Maison. Ici, les questions se bousculent aux portes: pourquoi lui saurait-il comment s’y rendre? pourquoi s’engager précisément sur ce chemin-là? Pour voir comment ces questions sont abordées, il faut rappeler une donnée importante de l’évangile de Jean. Dans les chapitres qui précèdent, Jésus y a été présenté comme étant l’envoyé du Père. Dans la culture du temps, un envoyé est un représentant autorisé de l’envoyeur, qui jouit de son autorité, de ses pouvoirs, de ses privilèges. Ses interlocuteurs doivent le traiter et le considérer comme l’égal de l’envoyeur. C’est pourquoi, dans l’évangile, Jésus peut revendiquer une autorité supérieure à celle de Moïse, dire que le voir, c’est voir Dieu lui-même, ou proclamer qu’il existait avant Abraham. Il se définit par le Père qui l’a envoyé, et le rencontrer, c’est faire la connaissance du Père dans son envoyé. En tant qu’envoyé, il connaît évidemment le chemin qui mène à la Maison. Le chemin, il l’a en lui, il le trace par sa vie. Et tout cela n’est pas simplement affaire de mots, mais bien d’actions, de gestes, d’œuvres, de travaux, de pratiques. L’envoyé trace son chemin dans la vie et ceux qui auront vu la direction qu’il a prise pour se rendre à la Maison sauront quel chemin emprunter et, en route, pourront, ensemble, faire encore beaucoup mieux que lui. Que penser d’un tel texte? Tout cela est-il «vrai»? Pas surprenant que ses premiers mots soient précisément ceux-ci: «Ne vous mettez pas à l’envers. Faites confiance à Dieu et faites-moi confiance.» L’envoyé est à la Maison, les places sont prêtes. Il a tracé le chemin, il faut partir. Or, partir est difficile pour les sédentaires que nous sommes, enfants de bâtisseurs, de constructeurs. Entre nos agglomérations, nos ancêtres ont tracé un chemin bien balisé, un seul, celui de la foi, mais, depuis, elle est devenue une simple piste dont le tracé est brouillé par toutes sortes de chemins de traverse. Nos prédécesseurs nous ont légué de superbes édifices, mais, depuis, ils sont devenus trop grands, trop coûteux et trop nombreux pour nous. Nos devanciers ont soigneusement mis sur pied une institution dans laquelle ils se reconnaissaient totalement, mais, depuis, leurs mots et leurs façons de faire nous sont devenus étrangers. Il nous faut donc partir, car rester sur place serait nous condamner à mort. La vie nous pousse vers l’avant, la nourriture des nomades que nous sommes est ailleurs, il nous faut donc lever le camp, nous aligner sur le chemin qui mène à la Maison, à l’écoute de l’envoyé. Le premier pas à faire est celui de la confiance. ANDRÉ MYRE |
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