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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 127 (2007). |
La souffrance : possibilité de sagesse ?13 avril 2008 « Mais si, faisant le bien, vous supportez la souffrance, c’est une grâce auprès de Dieu. » (v. 20b) La question de la souffrance martèle l’être humain. Pourquoi souffrir? Est-ce une conséquence punitive à nos actes? Est-ce un mauvais sort qui s’abat dans notre vie? Comment vivre avec la souffrance qui nous afflige? En suis-je responsable? Pourquoi moi? Tant de questions qui tristement demeurent sans réponse. Tant d’interrogations qui lacèrent à vif la vie de ceux et celles qui doivent composer avec l’épreuve dans leur existence. Sans oublier les bien-pensants qui jugent fréquemment avec sévérité la souffrance des autres: «Dieu l’a puni(e)pour ses actes "mauvais", il ou elle mérite bien de souffrir. Il fallait y penser avant d’agir…» Le texte de Pierre nous rappelle que Jésus était innocent bien qu’il ait assumé une souffrance indicible: «lui qui n’a pas commis de faute – et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche…» (v. 22). Cette situation ultime pose un regard radicalement neuf sur le sens de la souffrance. D’une part, associée à certains de nos comportements, la souffrance révèle que nos actes sont susceptibles de conduire à des conséquences désagréables. On qualifie cela de leçons de la vie. D’autre part, que dire de toutes ces victimes souffrantes! Ces personnes ont-elles fait quelque chose de reprochable au point d’en subir pour toujours les vicissitudes? Le texte de Pierre indique que la souffrance est porteuse d’un sens. Mais notre aveuglement nous rend le déchiffrage difficile: «lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice…» (v. 23). L’attitude de Jésus révèle que quelque chose d’unique est à l’œuvre. De plus, elle nous éclaire non seulement sur notre propre réaction face à la souffrance mais aussi sur notre comportement envers ceux et celles qui sont affligés. Il est vrai que la souffrance est souvent esquivée à tout prix dans une société qui prône à l’outrance l’absence de douleur, cette ennemie à abattre. Oui, nous voulons éviter la souffrance d’une manière absolue. Notre société, marchande de tant d’illusions, propose à grands renforts de suggestions subtiles toutes sortes de procédés, à la limite du magique, pour annihiler notre affliction. Il faut anesthésier la douleur et la souffrance et faire disparaître tout ce qui nous limite et contraint notre folie de vivre au super maximum. Ceci n’enlève rien à notre responsabilité de soulager ce qui est source d’épreuve. La souffrance n’est pas un idéal à atteindre et à convoiter. C’est pourquoi il est nécessaire de l’atténuer et de l’endiguer si c’est possible. L’anesthésie et les procédés efficaces contre la souffrance ont leur place et leur nécessité. La question s’enracine plutôt au niveau du sens profond d’où peut émerger une réflexion valable sinon salvatrice pour l’être humain. Si nul n’échappe à la souffrance, comment celle-ci peut susciter et favoriser une ouverture de l’être vers son devenir ultime? On peut déjà constater que la souffrance devient plus facile à porter (supporter!) lorsque la formulation d’un sens propose la sortie de l’absurde et de l’ignominie. Autrement dit, l’épreuve n’occupe plus toute la place, elle cesse d’obnubiler notre conscience pour laisser ouvert un lieu d’entrée, une porte peut-être, vers un accomplissement neuf et inédit. Il est indéniable que vivre «avec» la souffrance demande courage et persévérance. De plus, assumer sa souffrance sans se venger ou faire subir les outrages à notre entourage demeure une expérience intérieure qui nécessite une profonde sérénité et convie à la sagesse. Jean-Paul Simard explique bien de quoi il s’agit: «Nous avons peur avec raison de la souffrance, mais, en réalité, elle comporte des avantages. La sagesse nous enseigne que la souffrance possède une valeur positive, éminemment rédemptrice. Elle nous donne l’occasion d’exercer notre créativité pour nous en sortir et faire le point dans notre vie; elle nous force à changer nos habitudes de vie et à devenir une personne nouvelle; elle nous fait acquérir de l’expérience» (Pèlerinage aux sources de la vie, Éditions Anne Sigier, Québec, 2006, p. 377). THÉRÈSE MIRON |
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