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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 127 (2007). |
Un souffle qui envoie30 mars 2008 « "Moi aussi, je vous envoie." Ayant ainsi parlé, il [Jésus] répandit sur eux son souffle… » (v. 21b-22 ) Deux rencontres de Jésus ressuscité avec ses disciples nous sont présentées en Jean. Il y a celle, célèbre, avec Thomas le sceptique, qui veut voir et toucher pour croire, mais d’abord il y a celle avec les disciples, sans Thomas. C’est ce que le Christ ressuscité va faire pour eux, en eux. Il va les envoyer en mission. De ces disciples, il va faire des apôtres, i.e. des envoyés. Pour qu’ils deviennent des envoyés, à sa suite, Jésus va souffler sur eux, leur donner son souffle, qui est l’Esprit, qui est lui-même, présent en eux, autrement, comme un souffle intérieur. Quand cet Esprit anime des disciples de l’intérieur, ils deviennent responsables, ils ont une autorité, celle de lier et délier; celle d’appeler à suivre le Christ, à accueillir son pardon, ce qui demande une réponse, un choix personnel, d’où les deux dimensions de la responsabilité confiée. Cette scène ressemble étrangement à celle de la création dans la genèse, où Dieu souffle et crée l’être humain à son image. Ici, c’est comme si les disciples, par le don de l’Esprit, étaient recréés, cette fois-ci plus particulièrement à l’image du Fils, car c’est son Esprit qu’ils reçoivent. Cette paix, on la retrouve mentionnée à nouveau dans la scène suivante avec Thomas, celui qui passe du doute au croire. Déjà dans Jean (14, 5), c’est lui qui avait dit à Jésus annonçant son départ: nous ne savons pas où tu vas, comment saurions-nous le chemin? Réaction de bon sens mais un peu étroite. Il est capable aussi d’élan et de don car il dit (11, 16): allons mourir avec lui, même s’il ne saisit pas la parole de Jésus. Ici, Thomas ne se fie pas à la parole des autres; il ne se fie qu’à lui-même, à ses perceptions. En cela il nous ressemble, gens du 21e siècle, souvent enfermés dans notre petit monde individuel, n’acceptant que ce qui est immédiat, vérifiable, et niant tout ce qui nous dépasse un peu. Comme si la réalité n’était que ce qui nous entoure et n’était vrai que ce qui se prouve, ce qui est concret, tout de suite. Mais ce Thomas est une figure encourageante car finalement il va dépasser ses blocages, il va vivre le passage à une foi vivante, personnelle. Sa confession de foi est la plus forte de l’évangile de Jean: mon Seigneur et mon Dieu. Et il ne touche pas à Jésus, il n’en a plus besoin; ses yeux de croyant se sont ouverts. C’est la parole de Jésus et sa présence de paix qui l’amènent à croire. Le plus beau de ce texte, en un sens, c’est la béatitude qui termine le récit. Les disciples et même Thomas deviennent croyants au Christ vivant, mais cette expérience ne leur est pas réservée. Cette béatitude, elle est pour nous: heureux ceux qui croient sans avoir vu. C’est de nous qu’il s’agit, nous à qui la parole de Jésus, sa présence et sa paix sont toujours accessibles, à qui aussi le témoignage des autres est accessible. Afin que nous croyions et que nous ayons la vie en son nom. DANIEL CADRIN |
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