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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 127 (2007). |
Ne pas courir pour rien23 mars 2008 « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » (v. 9 ) Malgré qu’il fasse encore noir, c’est la course. Marie court trouver Pierre et le disciple préféré de Jésus, parce que le tombeau est grand ouvert. Ces deux-là partent donc à courir pour voir si c’est vrai. Pierre entre le premier dans le tombeau et voit que tout est bien rangé, mais que le corps n’y est pas. L’autre entre à son tour, regarde et se met à avoir confiance. Sont-ils loués pour leur empressement et leur accession à la foi? Pas le moins du monde. Ils auraient dû réfléchir avant de partir à courir. Tout avait déjà été dit dans l’Écriture (v. 9). Ce n’est pas pour rien que Jean se montre si dur vis-à-vis de la quête de Jésus au tombeau et de la fixation sur les apparitions. C’est que tout cela distrait des vrais enjeux, ceux qu’on retrouve dans ce qui avait déjà été dit dans l’Écriture. Et ces enjeux, il n’a cessé de les nommer dans le reste de son récit, en particulier dans son usage du mot Écriture. Le premier emploi est déterminant et annonce le dernier. Il justifie une façon de se situer par rapport aux institutions religieuses, en particulier dans le geste et le jugement dévastateurs de Jésus contre le Temple (2, 13-22). «Après son relèvement des morts, ses disciples se rappelèrent ce qu’il avait dit, et ils firent confiance à l’Écriture ainsi qu’à la parole de Jésus» (v. 22). Les pierres des édifices - si prestigieux et religieux soient-ils - doivent laisser place à la vie. Dans la suite de l’évangile, les débats sont toujours vifs. Les responsables du peuple veulent mettre Jésus à mort parce qu’il les contredit, et chaque parti fait appel à l’Écriture pour se justifier (7, 38.42). En 10, 35, Jésus se réfère encore à l’Écriture, contre ses adversaires, pour rendre compte de sa prétention d’être radicalement ajusté aux façons de voir et de faire de Dieu. Plus loin, le rapport à l’Écriture est utilisé pour lever le scandale de la trahison de Judas (13, 18; 17, 12),ou celui des circonstances entourant l’exécution de Jésus (19.24.28.36.37). Ce n’est donc pas par hasard que Jean, pour la dernière fois, reprenne le thème de l’Écriture dans le récit du tombeau. Ce faisant, il retrace d’un coup une ligne de fond de son évangile et rend compte de ce qu’est la foi pour lui. L’appel n’est pas à lire la bible à la recherche de textes preuves. Il s’agit de se situer par rapport à la vie en société. Dans son texte, Jean ne parle pas que du Temple de jadis, détruit depuis un quart de siècle, ni seulement des autorités de son époque. Il vise toutes les institutions, de tous les temps. Les humains vivent leur vie dans un fouillis d’institutions. C’est normal et inévitable, sauf que les institutions, toutes les institutions, y compris les religieuses, ont été créées pour durer, luttent pour durer et sont prêtes à écraser les humains (en particulier ceux qui les contestent) pour durer. Il en a toujours été ainsi, l’Écriture (quand on la comprend bien) en témoigne, la vie de Jésus en témoigne, le Nouveau Testament en témoigne. Et les trois disent que la vie de Dieu est plus forte que la force de mort des institutions humaines. Pas besoin de courir vers un tombeau vide ni d’agripper un ressuscité pour comprendre cela. Suffit de tirer les leçons de l’histoire, de savoir lire les Écritures, de bien analyser le présent et de se résoudre à faire confiance. ANDRÉ MYRE |
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