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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 129 (2008). |
Comme une prière6 juillet 2008 « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits. » (v. 25b) « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous proposerai le repos. » (v. 28) Qui sont ces «tout petits» dont parle l’évangéliste Matthieu? Ce sont, bien sûr, des gens simples, tout le contraire des «sages et des savants» reconnus, dont on attend beaucoup pour la suite du monde. Ces «tout petits», c’étaient des étrangers, c’étaient des prostituées, c’étaient des marginaux de tous azimuts. En regard des sages et des savants, ces hommes et ces femmes étaient des «tout petits» - nous dirions aujourd’hui des minables - et on les regardait de haut. Des personnes qui, au creux d’eux-mêmes portaient encore des miettes d’espérance et de foi. Malgré tout, elles cherchaient la vie. Elles cherchaient à croire en la vie et probablement en Dieu. Mais elles ne se sentaient pas à l’aise dans le cadre des lois et de la bonne moralité de la vraie religion. On les accusait de tous les maux dont souffrait la société et surtout de trop semer la mort à travers leurs gestes et leurs attitudes. Or Jésus a senti que ces gens n’étaient pas morts, mais qu’il fallait réveiller la vie encore en eux. Jésus a-t-il fait autre chose dans sa vie que de ressusciter les vivants? Les vivants que plusieurs sages et savants avaient déclaré comme morts. C’est vers eux que Jésus est spontanément allé. Il avait flairé en eux, à travers toutes leurs résistances, une lueur d’espoir et un désir de vivre. À travers des gestes simples et des attitudes d’accueil et de non-jugement, Jésus est allé à ces personnes pour tout simplement leur dire qu’il les aimait et que Dieu, qu’il appelait son Père, les aimait tout autant. Il les invitait à vivre. Il ne leur disait pas d’abord qu’ils étaient hors-la-vie parce qu’elles n’observaient pas les lois, mais ils les invitait à la vie comme à un banquet. Il était reçu par eux, tel Zachée qui l’a accueilli avec une immense joie. Il leur disait que la vie est plus large et plus grande que ce qu’elles croyaient être; il ne faisait pas que leur dire ou leur parler; il vivait avec ces personnes. C’était sa façon de dire le Royaume, un Royaume qui se pointait parfois à travers des guérisons, mais surtout dans des échanges simples. Un jet de lumière dans une vie parfois trop sombre. Il leur disait que tout commence pour eux; Dieu ouvre la vie. Nous sommes en plein cœur de l’Évangile, là où la vie de Jésus jette un éclairage sur la nôtre et relance tous les espoirs et la «petite espérance». Comme une prière… C’est ce qu’on ressent à la parole de Jésus: «Je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits…» Pour tenter de dire l’essentiel de la vie, pour rejoindre à la fois les «sages et les savants et les tout petits», Jésus prie avec eux tous, il prie devant eux tous. La prière crée un espace ouvert dans lequel n’importe qui peut se sentir à l’aise. La prière est un espace pour dire ce qu’on souhaite de grand, de beau, pour dire ce qui nous fait mal, ce qui nous empêche d’aller plus en avant dans la vie. Dans la bouche de Jésus, la prière, dès le départ, se fait louange, comme si Jésus voulait rappeler la beauté et la bonté de la vie; comme s’il voulait révéler un visage de Dieu, son Père, que les avatars de la vie auraient pu faire oublier à quelques-uns. Oui, cette prière de louange est une révélation des gens à eux-mêmes, tout comme Dieu peut se révéler, se dévoiler à eux. C’est alors que dans la découverte d’une certaine profondeur de la vie, le «fardeau» souvent si lourd à porter, si écrasant, devient, avec l’aide de Dieu et son désir de faire vivre, plus léger. Ce n’est pas magique, mais c’est une confiance en la vie que Jésus tente de redonner à tous ces gens qu’on appelle les «tout petits», lesquels, en leur for intérieur, sont parfois immenses. N’est-ce pas cela le large espace ouvert par l’Évangile? Et tout semble se jouer comme une prière: «Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange.» GUY LAPOINTE |
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