|
|
||
|
|
|
|
Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 129 (2008). |
Irréprochable bonne conscience ?8 juin 2008 « Allez donc apprendre ce que signifie: C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » (v. 13) Quel renversement de perspective pour qui se croit justifié et conforme! N’avons-nous pas cette tendance à penser que si nous faisons ce qui est demandé, ce qui est correct, nous sommes alors en règle avec soi et les autres? L’agir selon le code, selon la norme prescrite nous sécurise et nous conforte. J’ai fait ce que je devais faire, alors, je suis irréprochable. Le texte de Matthieu met en évidence que ce n’est pas là que réside le sens de la vie «intérieure». Ce n’est pas parce que j’obéis sans parfois comprendre, que je suis parfait. Ce n’est pas là que se situe le primordial, on pourrait dire l’essence de ce dont Jésus témoigne. D’ailleurs, pourquoi serait-il en présence de gens qui sont reprochables au plan de la légalité et de la morale? Justement pour révéler la véritable attitude, celle de la transformation de l’être axée sur la miséricorde. La plus difficile à vivre puisqu’elle vient chercher ce qu’il y a de plus fragile en nous et ce que nous préférons ne pas changer. Pourquoi? Parce que nous ne voulons pas être dérangés dans nos certitudes et nos convictions. Parce que nous refusons parfois avec intransigeance de remettre en question ce qui nous donne l’assurance d’être reconnus et valorisés. En fait, c’est notre bonne conscience qui en prend un solide coup. Un peu comme un édifice qui présente de l’extérieur toutes les apparences de la stabilité et de la pérennité mais dont les fondations sont construites sur la glaise. Tôt ou tard, des failles apparaissent et les dangers d’écroulement se font sentir. Cette image vise à démontrer que finalement c’est ce qui nous habite et nous construit intérieurement qui compte. Ne dit-on pas que les apparences sont trompeuses? Cette miséricorde dont il est question au verset 13, doit s’incarner dans tout notre devenir. C’est-à-dire dans notre manière d’être avec les autres et dans notre attitude dans la vie en général. Nous sommes si enclin à juger, à condamner, à évaluer à partir de nos propres présupposés. Nous devenons sourds aux appels de notre intériorité et à celle des autres. Nous sauvons les façades de notre extériorité qui prend toute la place et empêche l’émergence de la qualité d’être. De plus, lorsque nous sommes transformés à partir de notre centre, nous n’avons pas à nous forcer pour agir puisque l’inspiration vient du dedans. Pourquoi dit-on que certaines personnes sont «lumineuses»? Cela n’a rien à voir avec la beauté, la richesse et le pouvoir. Cette lumière dont nous sommes témoins réside dans le cœur de l’être qui est atteint et inspiré. Ce n’est pas tant par les actes extérieurs que cette lumière nous rejoint, mais plutôt par le mouvement qui vient du dedans. Les sages des grandes traditions religieuses de ce monde nous le rappellent constamment. Sans transformation intérieure il est impossible de comprendre avec le cœur. Lorsque tout est axé sur les apparences, nous demeurons en superficie et nous colmatons nos inquiétudes en croyant que le paraître nous protège des intempéries du temps. «C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice.» Il serait important de se souvenir de cet appel afin de ne pas oublier ce qui est vital. Se rappeler à quel point nous sommes invités à modifier nos attitudes et nos opinions. À ce propos, écoutons ce que dit André Myre: «La foi, faut-il le redire, est dynamisme de vie. Elle est tout cela, elle est avant tout cela, elle n’est même que cela. Comme j’aimerais pouvoir trouver les mots aptes à faire partager cette conviction. Or, nous avons quinze cents ans de systématisation théologique dans le corps. La foi y a depuis longtemps pris couleurs de système de croyances, d’institution, de réglementation. Avoir la foi s’est longtemps traduit pas l’acceptation de normes, de dogmes, de structures, ainsi que par l’obéissance aux représentants de Jésus Christ sur terre. Mais cela n’aurait dû être que la conséquence d’une réalité beaucoup plus fondamentale, n’aurait pas dû être identifié à la foi elle-même. Car celle-ci est d’abord et avant tout une poussée dynamique ressentie au cœur du "je" humain qui oriente vers le style de vie caractéristique de la lignée. "Dans l’ordre de la foi, il n’y a que cela".» (Pour l’avenir du monde. La résurrection revisitée, Éditions Fides, Montréal 2007, p. 223). THÉRÈSE MIRON |
|
| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés | Présence
Magazine © 2008 www.cebl.org mai 2008
|
||