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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 126 (2007). |
Quelle lumière dans nos ténèbres ?27 janvier 2008 « Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » (v. 16a) Nous sommes dans la partie est du Pakistan, centre du radicalisme musulman. Sur certains édifices, on appose de nuit des affiches comme celle-ci: les femmes doivent porter la burqah et ne pas fréquenter l’école, sous peine de mort. Les intimidations se multiplient, de même que l’assassinat d’enseignants, de médecins et de travailleurs pour les droits humains, accusés de crimes contre l’Islam. Pendant ce temps, à Islamabad, une jeune femme de 22 ans, Umme Ayman, avec 200 autres femmes, ont pris d’assaut une bibliothèque pour enfants afin de protester contre la destruction par le gouvernement d’une mosquée dirigée par des radicaux. Elle dit à un reporter: «Allah est pour les musulmans, non pour les infidèles. Le Pakistan doit être un état islamiste.» Il est clair que ces femmes sont sous le joug des clercs pro-Talibans de la mosquée. Néanmoins, je me mets avoir peur, à ressentir des frissons: et si tout cela faisait tache d’huile dans notre monde. Je ne vois plus que les ténèbres autour de moi. Au même moment, j’entends parler d’Edhi, Abdu Sattar Edhi, 79 ans, la figure la plus révérée au Pakistan, qui chaque jour nettoie le sang séché des cadavres à Karachi. Musulman, né aux Indes, il a commencé à servir ses citoyens peu de temps après la création du Pakistan en 1947 en ouvrant une clinique gratuite, quand il a été un jour témoin d’une scène horrible où de jeunes musulmans ont frappé à coups de couteau un Indou jusqu’à ce qu’il meure au bout de son sang. Ces musulmans reproduisaient ce que certains Indous avaient fait aux leurs. Edhi a acheté ensuite une vieille voiture qui servit d’ambulance ou de navette pour les gens pauvres ou de transport de cadavres pour sans abris qu’il lavait et à qui il donnait une sépulture digne. Aucune subvention de l’État, il ne vit que de dons. Son initiative est devenue aujourd’hui une fondation, avec une flotte de 1380 petites ambulances blanches à travers le Pakistan, conduites par des milliers de bénévoles. Pourtant, Edhi est attaqué férocement par les mollahs et reçoit des menaces de mort pour son attitude face aux infidèles, car il accueille tout le monde, peu importe leur religion: «Je suis musulman, dit-il, mais ma vraie religion, ce sont les droits humains.» Voilà une lumière dans nos ténèbres. C’est bien de lumière dans les ténèbres dont il s’agit dans l’évangile de ce jour «Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière.» On parle bien sûr ici de Jésus, et de l’expérience vécue par les premiers chrétiens à son contact, ce Jésus qui a dit: «Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est là. », et que je préfère traduire à partir du grec par: «Il faut que vous réorientiez votre vie, car le monde de Dieu a commencé à vous rejoindre.» Quel est ce monde de Dieu dont parle Jésus, et que nous avons beaucoup de difficulté à voir, surtout certains jours? Comment a-t-il commencé à nous rejoindre? Notre grande difficulté à voir ce monde de Dieu vient d’une formidable illusion, celle d’attendre que ce monde ressemble à une grande chrétienté universelle, peuplé de gens bons et pratiquants, attachés à leur église. La même illusion explique l’existence à l’époque de Jésus de cette communauté de Qumran, qui se désigne comme communauté des «Parfaits». On vit à l’écart avec seulement des gens «Purs». Et aujourd’hui on voit apparaître ici et là un désir semblable à travers différents groupes religieux ou communautaires qui ne veulent rassembler que les «Bons». Observez bien Jésus. Au moment où il apprend l’arrestation de Jean-Baptiste, il doit s’éloigner du milieu dangereux du Jourdain et il commence à parler tout haut du monde de Dieu. Et où en parle-t-il? En Galilée, appelée Galilée des Nations, car c’est un lieu de croisement des routes internationales, où se côtoyaient Juifs et Païens, où il fait la rencontre de gens affaiblis et malades, après avoir quitté le confort de son milieu familial. C’est comme si c’est seulement au milieu de moments difficiles, de défis formidables ou de tensions pénibles que se révèle ce monde de Dieu, comme lumière dans les ténèbres. Pensez aussi à Edhi qui découvre sa voie après avoir été témoin d’un meurtre. «Le monde de Dieu a commencé à vous rejoindre», dit Jésus. La théologie traditionnelle parle d’un «déjà là» lié à un «pas encore». Pourquoi cette distinction? Pourquoi ce monde de Dieu ne fait que commencer? La réponse se trouve dans le geste de Jésus qui va chercher Pierre, André, Jacques et Jean. Dieu donne la bougie d’allumage, la force face à la tempête, la foi face à la peur. À nous de faire le reste, comme Jésus, comme Edhi. ANDRÉ GILBERT
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