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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 126 (2007). |
Drôle de témoin !20 janvier 2008 « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit: "L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui est baptisé dans l’Esprit Saint". Oui, j’ai vu et je rends témoignage: c’est lui le Fils de Dieu. » (v. 33-34) Parle-moi de lui. Bien je pensais le connaître, mais je ne le connaissais pas vraiment. C’est l’expérience étrange de Jean-Baptiste rapportée dans l’évangile de ce dimanche. Comment peut-on présenter quelqu’un que l’on ne connaît pas. Et comment peut-on affirmer que Jean-Baptiste ne connaissait pas Jésus, celui qui était son cousin? Mais voilà, au-delà de ce que l’on voit, au-delà de ce que l’on connaît, il y a la révélation qui dépasse ce que les sens perçoivent. Jean-Baptiste connaissait Jésus comme son cousin, comme un bon juif, mais pas comme le Messie, l’Agneau de Dieu. Cette révélation, cette connaissance qui dépasse tout entendement est l’œuvre de l’Esprit Saint. Comme si Jean-Baptiste devenait presque malgré lui, le témoin de ce qui le dépasse. Comme tous ses concitoyens fervents, Jean-Baptiste attendait «celui qui doit venir», le Messie désiré depuis tant de temps. C’est probablement le premier prérequis du témoin: désirer voir, être attentif à ce qui se passe, être curieux de l’évènement. Et en même temps, cette attitude d’être en attente doit comporter une ouverture à se laisser étonner par le nouveau, par l’inédit, par l’inattendu. Au-delà de ce que l’on attend, on découvre. On pense avoir tout vu et l’on est renversé par ce qui nous apparaît. C’est l’expérience vécue par Jean-Baptiste. Il connaissait Jésus qui était son cousin mais ce qu’il découvre de Lui le dépasse tout à fait. Alors, devant Lui il s’efface, il laisse toute la place, il est prêt à disparaître. L’Esprit au cœur de Jean-Baptiste fait merveille de deux façons: il reconnaît Jésus au-delà de ce qui tombe sous ses sens et l’Esprit le comble de générosité et d’humilité. Comme tous les prophètes, Jean-Baptiste devient presque malgré lui, héraut de Dieu. Il est dépassé par sa mission. Le témoin non seulement en voit davantage que ce qu’il avait désiré voir, mais il en dit plus que ce qu’il avait pensé dire. Drôle de témoin, ce Jean-Baptiste, selon les critères connus dans une affaire judiciaire; mais brave témoin, selon les critères bibliques puisqu’il se laisse étonner par la révélation divine dont il se fait l’humble porte-parole. Quelle chance pour l’Église, qui, à tous les temps de son histoire a vu se lever de ces témoins enracinés dans leur tradition, comme Jean-Baptiste, mais en même temps, à l’affût de manifestations inédites de l’Esprit de renouveau; des témoins capables d’ajuster et de purifier leurs paroles et leurs gestes aux questions du monde et à la culture de leur époque. Comme Jean-Baptiste qui s’efface devant Jésus, «c’est dans l’Esprit qu’il va vous baptiser», et qui accepte même de laisser tomber son rite du baptême tel qu’il le pratiquait. Sommes-nous assez détachés, assez humbles et assez disponibles à l’action de l’Esprit pour laisser tomber, nous aussi des usages, des habitudes, des rites et des manières de faire, parce qu’elles ne révèlent plus au monde d’aujourd’hui l’essentiel d’un Dieu qui n’a jamais cessé de s’offrir pour le salut de ce monde? Peut-être que nous manquons de témoins désireux d’être étonnés par l’Esprit qui souffle là où il veut; l’Esprit qui nous dérange dans nos planifications, dans nos programmes et nos exigences; l’Esprit qui est au cœur des gens de bonne volonté par exemple: chez ces parents débordés devant les exigences qu’on leur impose parfois pour accueillir leurs enfants à un sacrement. Reconnaître chez eux leur capacité réelle de révéler un Dieu-Amour à travers l’amour et l’intérêt qu’ils portent à leur enfant, malgré les contraintes d’une société de performance et de compétitivité, n’est-ce pas là un prérequis à tout témoignage chrétien qu’on attend d’eux? Les pasteurs d’Église et toutes les personnes qui collaborent à l’action pastorale peuvent apprendre de Jean-Baptiste: et la capacité de s’émerveiller de la présence de Dieu là où ils ne l’ont pas eux-mêmes prévue, et l’humilité pour s’effacer et laisser place à l’Esprit. GABRIEL GINGRAS |
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