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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 127 (2007).

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Est-ce que Dieu existe ?

9 mars 2008
Année A : 5 e dimanche du Carême
Jean 11, 1-45

 « Ainsi parle le Seigneur, Dieu. Je vais ouvrir vos tombeaux… » (v. 12 ) « Il cria d’une voix forte: "Lazare, viens dehors!" » (v. 43 )

On ne s’y trompe pas. Ces deux passages proposés par la liturgie de ce dimanche sont  un appel à la vie. Ézéchiel et l’évangéliste Jean lancent un cri d’espoir à la vie au-delà de toutes les morts. Nous entendons ces passages en assemblée, tel un moment de halte, un espace de gratuité que nous nous accordons. À écouter ces textes, nous voulons rafraîchir la mémoire de notre foi en même temps que  la mémoire de nos itinéraires de vie. Il y a dans ces invitations à la vie, quelque chose qui ressemble à un cri, à une signature qui parle de «l’avenir du monde», pour reprendre le titre du dernier livre d’André Myre (Pour l’avenir du monde. La résurrection revisitée, Montréal, Fides, 2007).

En ce dimanche de carême, nous entendrons sur notre route la voix du  prophète Ézéchiel, six siècles avant Jésus, qui  souhaite briser tous les enfermements,  ouvrir les tombeaux. C’est un appel à la vie, à la résurrection pas seulement pour ses contemporains, mais pour nous encore aujourd’hui et demain: «Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir.» C’est un immense souhait pour que tout le peuple vive et qu’il reconnaisse son Seigneur. N’est-ce pas là une de nos préoccupations durant ce carême: quelle est la signification pour nous de ce souhait et de cet appel à sortir de nos tombeaux? Le prophète rappelle que la guérison, le retour à la vie, à la résurrection est pour ce temps, pour notre temps, pour ce jour, pour demain et pour tous: «Je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur.»
À la suite d’Ézéchiel, l’évangéliste Jean va, à son tour, prendre la parole dans notre eucharistie pour nous rappeler, à travers ce magnifique récit de la résurrection de Lazare, cette profonde humanité de la foi de Jésus. Ce récit est le plus long du quatrième évangile après celui de la passion et de la mort de Jésus. Nous le connaissons presque par cœur, mais nous voudrons certainement le réentendre avec un cœur ouvert  et une foi questionneuse, comme si c’était la première fois qu’il nous était raconté. Comme le font les enfants… Ce sont des passages qui nous appellent à sortir de nos enfermements, de nos tombeaux pour nous redire le sens et la signification des faits et gestes de Jésus, faits et gestes qui, aujourd’hui comme demain, traversent la mort vers la vie.

Jean était évangéliste, c’est-à-dire, celui qui annonce et fait découvrir la Bonne nouvelle. Lazare est gravement malade. «Si tu le guérissais!» demande Marthe à Jésus. Cette maladie «n’est pas pour la mort», mais pour la vie ressuscitée. C’est le retour à la vie de Lazare. Et pour Lazare comme pour Marthe et Marie, et pour des générations de croyants et de croyantes à venir, cette guérison est comme une chance qui nous est donnée de pouvoir vivre déjà de la vie ressuscitée par la foi. Toute la vie de Jésus nous redit cette parole «Moi, je suis la résurrection et la vie.» Je me permettrais d’ajouter: «Moi, je suis la résurrection de la vie.» Ce signe de Lazare vivant nous ouvre à l’avenir du monde. Par-delà nos enfermements, nos morts de tous horizons, Jésus nous dit qu’il y a toujours la vie que ce fut là le sens de sa vie et le sens des gestes qu’il a posés. 

Voilà, après avoir lu ou entendu tellement de fois ce récit, ce dont il me parle aujourd’hui. Dans ce geste de relever Lazare, on peut lire en filigrane la victoire de Jésus sur sa propre mort et sur toute mort. Ce que Jean propose dans le récit du retour à la vie de Lazare, c’est ce que nous tentons de faire, à notre mesure, et dans des contextes fort différents de celui de ce passage de Jean, chaque fois que nous prenons le temps de nous rassembler pour faire eucharistie. Cela requiert une qualité de regard sur la vie, une prise de conscience de nos enfermements, mais aussi et surtout une qualité d’écoute, et d’intériorité. Il est grand, ce mystère d’un Dieu qui nous appelle à vivre et nous dit comme à tous les Lazare de ce monde: «Déliez-le et laissez-le aller…»

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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