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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 127 (2007).

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Est-ce que Dieu existe ?

2 mars 2008
Année A : 4 e dimanche du Carême
Jean 9, 1-41

« Ses disciples l’interrogèrent: "Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle? Est-ce lui qui a péché ou ses parents?" » (v. 2)

Un professeur de physique nucléaire, formé au MIT de Boston, donnait un jour un cours à l’université Quaid-i-Azam d’Islamabad au Pakistan à des étudiants à la maîtrise en physique. Il tentait d’expliquer les forces physiques à l’œuvre lors du tremblement de terre qui a dévasté le Cachemire en 2005. Quand il eut terminé son explication scientifique, les élèves levèrent en masse leur main pour dire: «Professeur, vous avez tort, le tremblement de terre a été causé par la colère de Dieu.» Nous pouvons sourire à cette vision naïve du monde de ces étudiants musulmans. Pourtant, j’ai encore à la mémoire les commentaires de ma mère lorsqu’il faisait mauvais temps le 29 juin, en la fête de Pierre et Paul apôtre: «C’est Dieu qui veut dire qu’il n’est pas content de nous.» J’avais beau lui dire que pendant ce temps il faisait toujours beau à Hollywood, au pays des mœurs légères, rien n’y faisait. Et on pourrait ajouter des sottises du genre: «Si tu as beaucoup d’épreuves, c’est que Dieu t’aime.»

Voilà introduite la question de l’intervention de Dieu dans notre monde. Cette question est aussi liée à celle du mal et de tous ces malheurs qui peuvent nous affliger. Une amie, pourtant bien engagée dans sa foi chrétienne, s’occupait récemment d’une adolescente prise avec le cancer et, en voyant tous ces enfants gravement malades à l’hôpital pour enfants de Sainte-Justine, s’est posé la question: «Est-ce que Dieu existe vraiment? Comment peut-il laisser des enfants souffrir?» Confrontés au même mystère d’un monde imparfait et parfois destructeur, croyants et incroyants peuvent se rejoindre ici: si un Dieu bon et tout aimant existe, pourquoi a-t-il créé un monde avec tant de larmes et de souffrance?

À ces questions, aucune réponse n’existe. Regardons de nouveau la réponse de Jésus à ces disciples dans l’évangile de ce jour quand ceux-ci lui demandent d’expliquer pourquoi un enfant est né aveugle. Sa réponse pourrait être paraphrasée de cette façon: «Je n’ai pas d’explication, et ne perdez pas votre temps à trouver un coupable. Cela n’apportera aucun éclairage. Au contraire, ce genre de discussion nous paralysera dans le statu quo, car elle nous enfermera dans nos limites, dans notre horizon restreint, dans ce que nous savons déjà. Regardons plutôt une telle situation comme un appel qui est lancé à notre cœur et à notre intelligence pour agir, pour trouver des solutions, pour aider, et en faisant cela, nous serons les  bras et les jambes de Dieu. En faisant cela, nous serons en marche vers des horizons infinis pour approfondir toujours davantage par notre action même le mystère de ce monde.»

Regardons-nous. Quand nous sommes confrontés à un être cher qui est handicapé, ou qui est blessé, ou qui souffre terriblement, nous agissons par amour, mais aussi dans l’espoir que nos gestes contribuent à améliorer son sort. De même, tout malade accepte de se battre tant qu’il croit qu’il peut améliorer sa situation. Cette foi peut être nourrie par la parole de Jésus dans l’évangile de ce jour: «La situation de l’aveugle-né donnera l’occasion de voir les actions de Dieu à travers lui. » En d’autres mots, non seulement les handicaps et la maladie ne sont pas l’œuvre de Dieu, mais le fait même de prendre soin des gens marqués par les avatars de la vie et de travailler à leur bien reflètent le cœur de Dieu, nous met au diapason de Son action dans le monde. Nous ne sommes pas seuls, car nous travaillons avec Dieu. Ne me dites pas: «Mais pourquoi n’a-t-il pas fait un monde meilleur au point de départ, pour que nous ne soyons pas ainsi confrontés à réparer les pots cassés?» Peut-être faut-il oublier l’image du Dieu tout puissant, et nous tourner vers la figure du tout humble et du tout compatissant?

La clé pour comprendre l’évangile de l’aveugle-né, c’est de saisir qu’il nous faut mourir à certaines images de Dieu pour enfin voir clair. Est-ce que Dieu existe? Certainement pas celui qu’on retrouve dans beaucoup de nos images. Certainement pas celui des Pharisiens axés sur leurs pratiques religieuses. Je trouve révélateur le geste de Jésus de cracher pour créer de la boue avec sa salive afin d’en enduire les yeux de l’aveugle. C’est en acceptant cette boue, que l’aveugle évoluera vers la lumière. Ne peut-on oser ici comparer la boue avec le pot de chambre en pensant tant au malade qu’à la personne qui doit le vider?

Essayer de comprendre ce monde, c’est essayer de connaître Dieu. Et en acceptant de mourir à beaucoup de nos idées, n’ouvrons-nous pas la porte à celui qui s’est présenté comme la Lumière?

ANDRÉ GILBERT
Gatineau 

 

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