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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 126 (2007). |
Trois en ligne17 février 2008 « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le! » (v. 5b) Le récit de la transfiguration est une magnifique illustration d’une des plus anciennes lignes de réflexion sur le sens de la vie de Jésus. Tout cela est finement dit mais difficile à saisir pour les lecteurs modernes que nous sommes. Ne captant pas la série d’allusions à l’histoire et au bagage culturel qui nourrissait les auditeurs du temps, nous en sommes inévitablement réduits à lire le récit comme un reportage qui, une fois connu, a somme toute peu de choses à nous dire. Aussi, pourrait-il être intéressant d’essayer d’écouter ce récit avec les oreilles des lecteurs de jadis. Pour nous préparer à le faire, la lecture préalable de deux textes s’impose, Exode 24 à propos de Moïse et 1 Rois 19 à propos d’Élie (tous les détails auxquels je vais faire allusion se retrouvent dans ces deux récits). La seule chose qu’il nous faut savoir en partant, c’est cette idée de fond que l’auteur veut nous transmettre: il existe une belle ligne droite qui part de Moïse, passe par Élie et aboutit à Jésus. Dans un seul verset, le premier, Matthieu réussit à dire de quoi il veut parler. «Six jours», c’est le temps durant lequel le nuage, qui est à la fois l’habitacle et le véhicule moteur de Dieu, demeura sur le Sinaï; les trois disciples de Jésus, c’est le pendant des trois compagnons que Dieu demande à Moïse d’emmener avec lui; «la montagne», c’est le lieu traditionnel de la rencontre avec Dieu. Le premier à l’y rencontrer, c’est Moïse, l’homme qui a eu le courage de s’opposer au pharaon pour libérer son peuple de l’esclavage mais, après l’avoir fait, a dû s’enfuir au désert. C’est sur cette même montagne, mais cette fois sous le nom d’Horeb, qu’Élie s’est aussi rendu. Il s’était opposé au roi Achab et, surtout, à la redoutable reine Jézabel qui avait décidé de le faire tuer. Déprimé et apeuré, Élie s’est donc enfui pour refaire ses forces intérieures à la montagne même sur laquelle Moïse avait jadis rencontré Dieu. Il l’y rencontra «dans le bruissement d’un fin silence». C’est dans une montagne, également, que le Nazaréen de l’évangile de Matthieu était monté, au début du récit (ch. 5-7) pour y tracer son chemin de bonheur; et, une fois descendu de là, comme Moïse jadis, il avait fait dix gestes d’éclat (ch. 8-9). Et voilà que Matthieu le montre à nouveau sur une montagne, alors que «six jours» avant, il avait annoncé aux siens que ses adversaires allaient avoir raison de lui et le faire mourir de mort violente 16, 21). Ils sont donc trois à être montés sur une montagne pour y rencontrer le Dieu vivant, à la suite de durs conflits avec les autorités de leur temps. Ce tout premier petit verset dit presque tout ce qu’il y a à comprendre. Le reste va de soi: l’éclat de Dieu qui rejaillit sur le visage de celui qui le contemple et, bien sûr, la présence attendue des deux personnages annoncés par le premier verset, Moïse et Élie. Il faut aussi noter ces deux petits mots du v. 5: «écoutez-le». Ils sont très importants parce qu’ils explicitent ce que l’auteur voulait dire. Ici, une citation s’impose, dans laquelle Moïse s’adresse au peuple pour lui dire: «Du milieu de toi, de tes frères, c’est un prophète comme moi que Yhwh ton Dieu fera se lever pour toi. Lui, vous l’écouterez.» (Deutéronome 18,15) Le «écoutez-le» du v. 5 est un écho de ce verset du Deutéronome, l’auteur a ce dernier texte en vue quand il rédige son récit et ses auditeurs comprennent bien ce qu’il leur dit. En Jésus, en effet, ils ont rencontré le prophète annoncé, le nouveau Moïse qu’on attendait depuis des siècles. En lui, ils ont aussi rencontré le nouvel Élie, dont le prophète Malachie avait annoncé la venue à la toute fin de son livre (3, 23-24). Les auditeurs sont dont invités à écouter la parole de Jésus, non seulement parce qu’il était le prophète attendu, mais pour une autre raison cachée dans le texte du Deutéronome. Il y est dit, en effet, que Dieu fera «se lever» un prophète. Ce verbe est celui qui est utilisé par les chrétiens pour dire la résurrection de Jésus, pas surprenant donc que le récit de la transfiguration se termine sur une mention du «relèvement» ou résurrection du fils de l’homme. De surprenante façon, Dieu avait bien fait «se lever» son prophète, en le ressuscitant des morts. Comme ce récit en témoigne de toutes sortes de manières, une parole ne se comprend bien que dans sa culture d’accueil, celle de Dieu ne faisant pas exception à la règle. ANDRÉ MYRE |
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