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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 126 (2007). |
Au désert10 février 2008 « Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. » (v. 1) Jésus est au désert. Dans la solitude, le silence qu’il faut pour rencontrer Dieu, et d’abord se rencontrer soi-même face à un choix qui sera déterminant pour la mission qu’il a à accomplir. Bien souvent quand il y aura des tournants à prendre, des orientations à décider, il se retirera ainsi à l’écart, éloigné des autres, pour retrouver fortement la communion avec le Père. Mais le désert est aussi le lieu où affronter l’incertitude, la peur, et aussi le manque, le dénuement. Après quarante jours, il eut faim. Alors c’est la tentation. Tentation de choisir le plus facile pour sortir d’une solitude qui risque maintenant de le briser. Devant lui: des choix, une option. Tout est possible. Le pouvoir, la domination par la puissance: «Tous ces royaumes, je te les donnerai». L’admiration des foules, le succès assuré par un geste éclatant: «Jette-toi en bas… Dieu viendra à ton aide… Ils verront que tu es Fils de Dieu.» Le geste magique: «De ces pierres fait du pain.» Alors ils viendront vers toi parce qu’ils sauront que tu peux répondre à toutes les faims. Au fond de toutes les tentations, ce qu’il y a de plus grave: mettre Dieu à son service, lui imposer sa volonté. Le choix à faire dans cette aride solitude du désert. Le choix de Jésus. Il sera fidèle à la volonté du Père. Il marchera le long et dur chemin. Il connaîtra l’échec, la mort cruelle et injuste. Mais il verra aussi s’illuminer le visage des humbles, des petits qui entendront sa parole de compassion et de miséricorde. Il touchera les cœurs qui semblaient perdus, enlisés dans les ornières de l’errance. Des disciples s’attacheront à lui, qui, après un temps d’abandon, reviendront à sa parole et poursuivront sa mission de salut. Même des puissants – ceux qui étaient satisfaits en leur croyance - entendront son appel, viendront à lui, et seront présents au jardin de son tombeau. À tous, il donnera le goût de l’espérance, il ouvrira les portes de la vie. Il a choisi, dans une difficile et forte liberté, d’être fidèle à l’attente de Dieu sur lui. Voici le Christ dans tout le réalisme de son incarnation. Un homme de la même condition que nous, tiraillé par des désirs de puissance, des faims d’être sorti des maux et des besoins de la condition humaine, de s’imposer à la considération des autres même sans amour. Il a choisi d’être comme nous, non par jeu mais pour être avec nous et pour nous. Avec nous dans les déserts de nos cœurs et de nos vies, dans le lourd silence que ne brise pas l’écho de la réponse à nos détresses. Avec nous dans l’incertitude de nos choix, de nos défis, de nos orientations, avec le seul souci d’être fidèle à un Dieu qui dit être le Père qui nous aime et qui veut notre bonheur. Avec nous en toutes nos fragilités. Il est pour nous, quand il devient le guide de notre liberté. Il est pour nous quand il nous donne un pain qu’il ne tire pas des pierres mais de sa propre vie. En ce récit de tentation, nous découvrons Jésus l’homme pour Dieu, et, parce que pour Dieu l’homme pour les autres. Le Christ qui nous entraîne en sa vie, qui de sa mort fait la vie. Quand nous entrons en carême ave Jésus au désert de la reconnaissance de nos tentations il fait fleurir, lui l’homme de la liberté et de la fidélité, tous nos déserts. Et voici qu’ils deviennent ces déserts un espace de prière. Comme un lieu d’orientation dans la communion à Dieu qui s’approche de nous en Jésus Christ. Ils deviennent le lieu de la communion entre nous et nos sœurs et frères humains, entre nous et notre monde – ce monde qui nous ignore, ne comprend pas ce que nous croyons et faisons - par la prière, le partage, l’intercession, parce que nous devenons aussi capables de construire et tenir des foyers de fidélité et d’espérance. À chaque année, en début de carême, on entend ce récit de la tentation au désert. Sans doute pour nous donner un exemple à reproduire. Ne pas céder d’un coup, sans réflexion, aux tentations de facilité qui se jouent souvent de Dieu, de l’attente de Dieu, de son dessein de dignité et de grandeur pour nous. Comme exemple encore de fidélité dans la confiance et l’espérance en un Dieu qui veut être appelé: «Notre Père» et qui se révèle tel au creuset du temps et de l’amour. Exemple, et surtout modèle, de liberté. D’une liberté qui ne se laisse pas séduire – et détruire – par la faim, le manque, la pauvreté d’un moment. YVON-D. GÉLINAS |
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