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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 126 (2007). |
Une association qui en dit long13 janvier 2008 « Pour le moment, laisse-moi faire; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » (v. 15) «Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es». Eh oui! Combien de parents, d’éducatrices et d’éducateurs ne tiennent-ils pas ce discours à celles et ceux dont ils ont charge pour les inviter à bien choisir leurs amis et à ne côtoyer que des personnes dont la réputation est irréprochable! Combien de gens pour qui le jugement sévère devient facile ne jettent-ils pas un regard méprisant sur celles et ceux dont l’entourage est composé de personnes dites marginales! Qui a parcouru les évangiles reconnaît là des attitudes dont Jésus de Nazareth a subi les conséquences. Et relatant le baptême de Jésus, Matthieu rend compte de l’étonnement des premiers chrétiens, de leur difficulté d’accepter que le Christ dont ils ne doutent pas de la sainteté se soumette à un rite de conversion proposé aux pécheurs. Non seulement le Jésus de Matthieu fréquentera les pécheurs, non seulement il mangera à leur table, non seulement il les appellera à le suivre mais, solidaires d’eux, il reçoit avec eux et comme eux le baptême de repentance auquel Jean le baptiseur appelait le peuple. Aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre des personnes qui réclament à grand cri, qu’on «débarrasse» la société de celles et ceux qui ont des comportements perturbateurs ou inacceptables: les jeunes drogués, les femmes qui se prostituent, les itinérantes et les itinérants... et on n’est pas plus généreux qu’il faut pour remercier celles et ceux qui, les rejoignant là où ils sont et sans crainte d’être identifiés à elles et à eux, croient assez en leur dignité pour les aider à se remettre debout. Jésus, lui, ne se laisse pas arrêter par Jean qui résiste à baptiser celui qui ne peut être au nombre des pécheurs. Bien au contraire, il s’identifie à eux. Sa justice dépasse celle des scribes et des pharisiens (voir Matthieu 5,20). «C’est de cette façon» - en prenant place parmi les pécheurs voulant se convertir - que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste», déclarera-t-il à Jean. Ainsi, dépasser la justice légaliste des pharisiens pour être juste devant Dieu, c’est accepter sa petitesse devant lui; c’est se solidariser avec une humanité en quête de salut. Le grand projet de Dieu, celui que Jésus est venu révéler et réaliser, est appelé à s’accomplir par l’association de l’Homme de Nazareth, vrai Fils de Dieu, avec les pécheurs. Quand Jean le reconnaît, il n’a plus besoin d’être celui qui plonge dans les eaux du Jourdain les personnes s’engageant sur les voies de la conversion. Il peut disparaître. C’est dorénavant celui qui passera un jour par le baptême de la croix qui prend la relève. Les pécheurs ne seront pas condamnés voire exterminés. Ils seront sauvés parce que l’Envoyé authentique du Père est d’abord venu pour les pécheurs et celles et ceux qui se reconnaissent de leur nombre. C’est bien ce Jésus prenant place dans la communauté pécheresse appelée à la sainteté qui est envahi par l’Esprit Saint. De même que c’est ce Jésus qui s’associe aux pécheurs que Dieu déclare être son «Fils bien aimé» en qui il a «mis tout son amour» (Matthieu 3,17). Faut-il s’étonner alors de l’envoi des Onze, au terme de l’évangile matthéen, où c’est «au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit» qu’ils sont appelés à faire des disciples et à baptiser les nations (Matthieu 28,19)? Le baptême est une plongée. Et le monde pécheur plongé dans la mort de celui qui aura accompli sa propre plongée, son propre baptême est porteur du salut parce que le Sauveur s’y est incarné. La communauté de Jésus, c’est une communauté de pécheresses et de pécheurs. C’était cela au temps de sa vie publique; c’est encore cela, maintenant que depuis des siècles, nous le reconnaissons comme le Crucifié glorifié. Il y a là motif à réflexion pour chaque chrétienne et chaque chrétien mais aussi pour toute l’Église: l’association aux pécheresses et aux pécheurs, l’accueil qu’on leur réserve, la foi qu’on a en leur possibilité de conversion, la reconnaissance d’elles et d’eux comme des personnes aimées par Dieu empêchent de les exclure. Tout au contraire, c’est justice de les savoir des nôtres et de nous dire des leurs. DENISE LAMARCHE
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