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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 123 (2007). |
Quand les disciples se questionnent… 7 octobre 2007 «Les Apôtres dirent au Seigneur: "Augmente en nous la foi!" «Augmente en nous la foi!», demandent les disciples à Jésus. Ils l’avaient entendu leur dire: «hommes de peu de foi…». À la question des disciples, Jésus répond en évoquant un événement inimaginable. «Si vous aviez la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici: "Déracine-toi et va te planter dans la mer"; il vous obéirait.» Ce n’est pas rien. Et en même temps, il leur rappelle qu’un peu de foi suffit. Ce serait même assez pour réaliser ce qui est impensable. N’est-ce pas un appel à nous déraciner de nos chemins trop fréquentés, devenus trop faciles? La réponse, assez énigmatique de Jésus, nous renvoie à la question: mais de quoi parle-t-on au juste? On parle bien sûr de la foi qui est regard de Dieu sur nous, non pour nous épier, mais pour nous ouvrir à la vie, à l’immense. On parle de la foi, qui est l’ouverture d’un espace qui nous est offert, où nous espérons une rencontre, une découverte; c’est une qualité de présence, d’accueil. La foi peut changer notre regard et nos attitudes. La foi, c’est une confiance en quelqu’un. À cet égard, on n’en a jamais assez; mais la foi, si petite soit-elle comme un grain, suffit pour transplanter l’arbre dans un lieu dangereux, la mer. À la question intéressée des disciples, Jésus parle à partir de son expérience. C’est sa foi qui lui a permis de remettre debout des êtres humains et d’affronter la mort. Et la résurrection… Le passage d’évangile pourrait s’arrêter ici. Mais, comme il arrive chez l’évangéliste Luc, il fait suivre cette conversation de Jésus avec ses disciples d’une autre interrogation. Il présente une situation de la vie quotidienne où le maître et le serviteur sont bien campés dans leur rôle et leurs devoirs respectifs. Une histoire assez banale, somme toute, qui nous ramène dans une culture où les maîtres avaient tous les droits sur leurs serviteurs. Une histoire susceptible de heurter notre sensibilité moderne, nous qui sommes de la culture de l’égalité, de la reconnaissance à tout prix, de la valorisation des personnes. Or ici c’est une autre façon de voir. Jésus nous invite à nous dire à nous-mêmes que, même lorsqu’on a fait de notre mieux, nous sommes des «serviteurs quelconques», nous n’avons fait que notre «devoir». Au fond, de prendre la mesure de ce que nous sommes. Jésus change le sujet de la conversation pour rappeler à ses disciples et pour nous rappeler que nous ne sommes pas le centre de tout. Ce que j’en ai compris finalement pourrait se dire ainsi: vous vous trompez totalement, lorsque vous vous faites de Dieu l’image d’un maître, d’un patron. Dans ce type de relation, vous attendez du maître, un salaire; il attend que vous donniez un bon rendement dans votre travail. Un point c’est tout, chacun a fait son devoir. Vous ne devez attendre rien d’autre, ni reconnaissance, ni récompense. Au fond, Jésus dit: si Dieu est pour vous un maître comme celui que je vous présente, n’attendez rien d’autre de lui, même quand vous aurez fait «tout ce que Dieu vous a commandé… vous n’aurez fait que votre devoir.» Des femmes et des hommes qui font comme Dieu, il y en a parmi nous, et beaucoup ne le savent même pas. Si on leur disait, ils seraient surpris et répondraient, eux aussi: «nous n’avons fait que notre devoir.» Foi vécue dans la gratuité, la modestie, et même le plus souvent, foi silencieuse. GUY LAPOINTE
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