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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 126 (2007). |
Mais quelle drôle d’histoire de famille ! 30 décembre 2007 « L’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit: "Lève-toi; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte…" » (v. 13a) À peine achevée la visite des Mages, voici le drame qui s’inscrit dans la famille, la sainte famille. «L’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit: "Lève-toi; prends l’enfant et sa mère, fuis en Égypte…"» C’est un appel de nuit, tel un songe… Mais la réalité n’en est pas moins difficile à vivre. Un départ précipité, un déracinement, un départ obligé en terre inconnue. Ils deviennent tous trois, en quelque sorte, des réfugiés. Cette famille connaîtra le sort de bien des familles d’hier et d’aujourd’hui. Quitter ses racines, quitter sa terre pour éviter la violence, une pauvreté inhumaine, pour tenter de retrouver une vie équitable. Nous connaissons bien le refrain encore aujourd’hui. On en parle tant entre nous et dans les médias de ces réfugiés, de ces immigrés. Combien de familles vivent hélas trop souvent ce drame des départ précipités vers un ailleurs qu’elles souhaitent meilleures! Quelle vie, cette famille a-t-elle menée en Égypte? On en sait rien. Sauf que les parents et l’enfant étaient appelés certainement à «grandir», à réfléchir sur leur avenir, sur les projets, mais aussi sur les désirs, les découvertes de l’enfant? En somme, une vie comme tant d’autres. Mais néanmoins une vie de réfugiés. Remarquons que la mémoire chrétienne n’a retenu de cet épisode pratiquement que la «fuite en Égypte». C’était le plus dramatique. Or, après quelque temps passé en Égypte, Joseph est de nouveau convoqué de nuit pour retourner dans son pays: «Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et reviens au pays d’Israël…» Une heureuse nouvelle, cette fois. Se retrouver chez-soi, ce n’est pas une mince joie… Mais les menaces dans ce pays étaient là encore trop grandes. La famille a dû se réfugier, pour ne pas dire se cacher, en terre de Galilée, plus précisément à Nazareth. Ce n’était quand même pas si mal. On connaissait probablement assez bien ce coin de pays. La lecture de ce passage de Matthieu, au jour de la fête de la Sainte Famille, nous invite peut-être trop facilement à idéaliser cette famille, la sainte famille, au risque de nous faire oublier l’itinéraire difficile que Marie, Joseph et Jésus ont dû parcourir. Cette famille, au long de ce parcours souvent arrachant, a certainement appris des choses sur elle-même, des choses sur Dieu aussi. Son avenir se jouait dans ces circonstances; les appels de Dieu étaient entendus. Comme Abraham, comme Moïse et bien d’autres qui ont travaillé à façonner un peuple, à travers bien des aléas, la famille de Jésus poursuit un itinéraire semblable, fait de joies, de deuils et de peurs, de déracinements et de rencontres qui ont certainement nourri leur expérience humaine dans une dimension de foi peu commune. Pour cette famille, revenir, comme par nécessité à Jérusalem, n’était-ce pas renouer avec leurs racines? N’était-ce pas, à leur insu, ouvrir des chemins nouveaux pour l’avenir de leur foi? D’ailleurs, c’est là, dans la synagogue de Nazareth, qu’un bon jour, Jésus se manifestera en lisant un passage du prophète Isaïe: «L’Esprit du Seigneur est sur moi… pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres» (Luc 4, 16-21). Ce passage de Matthieu n’est pas qu’une histoire émouvante. Il parle de la disponibilité de Marie, de Joseph et Jésus, dans des moments difficiles où on serait souvent tenté de ne plus attendre et comprendre les appels de Dieu et des autres. Il y avait aussi tant de peurs sur leur itinéraire. Ce passage de Matthieu parle aussi de la création d’une relation tout à fait spéciale et intime avec Dieu. On fait appel aux anges, tels des messagers qui les aident à se remettre en route, pour aller toujours plus loin, ailleurs. Tout cela ressemble à un itinéraire de foi bien enraciné, souvent déraciné, mais qui met en recherche de la vie et de Dieu. En somme, ce récit est une invitation à nous lever, tout comme la Sainte Famille, en pleine nuit, pour oser un pas de plus; pour entendre, peut-être, un appel libérateur. Ce récit de la fuite en Égypte et du retour à Nazareth est plus qu’une histoire gentille; c’est déjà tout un parcours significatif de Marie et de Joseph et, à travers eux, de Jésus venu pour libérer tous les humains. Comme d’autres avant lui, mais infiniment plus que les autres… Jésus, grâce à Marie et Joseph, ressemble à Dieu parmi nous! Celui qui deviendra le Fils de Dieu s’enracine lentement dans le terreau de l’humanité, pour en faire son humanité. GUY LAPOINTE |
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