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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 125 (2007).

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Qu’attendre de la vie ?

16 décembre 2007
3e dimanche de l'Avent
Matthieu 11, 2-11

 « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » (v. 3)

Il y a quelques années, une maman, Claudette, mettait au monde un petit garçon, mais recevait ce diagnostic du médecin: «Votre bébé souffre d’une déficience intellectuelle. Son âge mental ne pourra jamais dépasser celui d’un enfant de 12 ans.» Cette mère, quel rêve peut-elle avoir pour son enfant? En ce moment, des soldats canadiens sont envoyés en mission en Afghanistan dans l’espoir d’établir la paix et certaines valeurs humaines qu’on juge fondamentales. Résultat: plusieurs morts et la hantise de s’enliser dans un bourbier. Ces deux événements réels que je viens de relater mettent à rude épreuve nos rêves et posent la question: que peut-on attendre au juste de la vie?

C’est une question semblable qui est posée par le récit évangélique: «Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?» (v. 3) En d’autres mots, est-ce vraiment par toi que Dieu répond à nos attentes, ou bien faut-il se tourner ailleurs? Si on sent le besoin de poser la question, c’est que Jésus ne correspond pas au messie qu’on s’était imaginé. Comme cela nous ressemble! Pensez à tous ces messies recherchés pour régler nos crises économiques et politiques. On espère toujours que ces messies nous arracheront aux côtés pénibles de la vie. Qu’en est-il de Jésus?

Dans notre récit, Jésus fait cette remarque étonnante: «Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi!» (v. 6) En d’autres mots, bravo pour la personne pour laquelle je ne serai pas un obstacle à sa foi. Comment Jésus peut-il être un obstacle à la foi de quelqu’un? Si Dieu nous avait laissé le soin de dessiner le messie, nous n’aurions pas créé un ouvrier artisan qui n’est ni prêtre ni intellectuel, travaillant paisiblement dans son échoppe de Nazareth, s’écorchant plus d’une fois les doigts. Si Dieu nous avait laissé le soin de dessiner le messie, nous en aurions fait quelqu’un qui aurait mis soudainement fin à ce monde de misère et aurait enfin créé l’humanité parfaite. Rien de cela ne s’est passé. Voilà une constatation qui peut être un obstacle à la foi.

Écoutons ce que Jésus dit aux disciples de Jean-Baptiste, que je résume comme ceci: «Je suis allé au devant des gens qui avaient toutes sortes d’infirmités ou étaient des indigents, j’en ai guéri plusieurs, mais surtout je leur ai donné de l’espoir et ils se sont remis en marche.» Fondamentalement, Jésus ne dit pas que l’infirmité, la violence ou la pauvreté n’existeront plus, mais il dit qu’une énergie mystérieuse l’habite qui lui permet de contribuer à la transformation des autres pour qu’ils trouvent la vie là où ils sont. Cette énergie est en chacun. Quand il dit que le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean-Baptiste, il dit simplement que tout être croyant dispose de par sa foi d’une puissance transformatrice qu’aucun grand de ce monde ne peut égaler.

Revenons à Claudette, mentionnée au tout début. Elle se battra avec d’autres parents pour que les élèves handicapés aient un local avec les autres élèves, afin de leur donner un sens d’appartenance à l’école. Bien sûr, son enfant ne pourra suivre les cours réguliers. Mais sa force a été de reconnaître les capacités et les limites de son enfant, et à travers cela de lui offrir les outils qui le rendraient plus débrouillards, si bien qu’aujourd’hui il a un petit travail et fait du bénévolat. Pendant ce temps, ma fille, victime d’une chute dans un escalier et se retrouvant à une clinique orthopédique, fait la connaissance d’un soldat infirmier en formation orthopédique: ce dernier lui raconte qu’il a trouvé la vie en Afghanistan au contact des militaires et des civils, et il ne rêve que d’y retourner. Quelle est donc cette force mystérieuse qui habite certaines personnes, qui transcende les religions, et dont parle Jésus?

Le récit de ce dimanche pose une question: quel messie attendons-nous? Si nous savons nous ouvrir à la réalité telle qu’elle est, avec ce quelle peut comporter de blessures pour tous nos rêves, nous aurons fait un premier pas. Le deuxième pas sera de nous ouvrir à la force mystérieuse qui nous habite, et qui a habité Jésus, pour faire naître la vie au moment où nous aurons la tentation de nous abandonner à la mort. C’est ce que signifie l’incarnation. C’est ce type de messie que propose Jésus et que nous célébrons à Noël. Est-ce également notre messie?

ANDRÉ GILBERT
Gatineau

 

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