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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 125 (2007). |
La connaissance transformatrice 9 décembre 2007 « … sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main. » (v. 8) Le texte d’Isaïe surprend par sa puissance évocatrice. Ce qu’il mentionne illustre à quel point l’expérience du vivant sera transformée par la venue de Celui sur lequel «reposera l’Esprit de Yahvé» (v. 2). Nous serons partie prenante d’une présence hors du commun qui prendra dans sa totalité le fondement même de toutes nos limites humaines. Inspiré de la justice, de la sagesse et de la fidélité, Isaïe nous donne des exemples bien concrets de cette radicale transformation. «Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau» (v. 6). «Le nourrisson jouera sur le repaire de l’aspic, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main» (v. 8). Ces exemples sont porteurs d’images lourdes de signification puisque selon notre expérience, nous constatons que la rencontre du loup et de l’agneau ou celle de l’enfant et de la vipère risque de conduire à la destruction de l’un au profit de l’autre. Cependant, ne peut-on pas y voir là des manières bien spécifiques, des symboles dira-t-on, pour décrire la radicalité de la conversion à laquelle la terre entière est appelée. Conversion de nos façons de voir, de juger, d’évaluer et surtout de comprendre. Conversion de nos préjugés, de nos fermetures et de nos brisures. Conversion de nos relations aux autres, à la nature et au monde. A priori, nous réagissons en disant qu’il est impensable de voir s’opérer une pareille transformation. Le texte d’Isaïe nous rappelle pourtant que «le pays sera rempli de la connaissance de Yahvé, comme les eaux couvrent le fond de la mer» (v. 9). C’est la création dans son ensemble qui est concernée. Cette connaissance ne pourra jamais être endiguée par nos efforts d’intellectualisation ou de rationalisation. Et il semble que c’est justement là qu’il faille porter notre attention. Nous sommes en présence d’une connaissance évocatrice du «naître avec» indispensable à l’ouverture réelle de nos résistances face à l’invraisemblable. En effet, pour reprendre les exemples mentionnés plut haut, comment peut-on croire qu’un enfant puisse jouer au-dessus du trou de la vipère? Comment est-il imaginable que le loup et l’agneau cohabitent paisiblement ensemble? Pour accueillir la profondeur symbolique de ces situations, il faut traverser les murailles de nos prétendus savoirs derrière lesquels nous demeurons prisonniers. Le texte d’Isaïe est d’une force vitale unique. Plutôt que d’en nier la profondeur et la richesse symbolique, pourquoi ne pas se laisser émouvoir et atteindre? Qu’on le veuille ou non, nous n’avons pas le contrôle et la mainmise du mystère qu’est la vie. À certains égards, nous ignorons encore tant de choses! Nous sommes enclins à juger ce qu’on nomme «réalité» à partir de ce qu’on perçoit sans tenir compte des limites et des aveuglements qui sont les nôtres. Le texte d’Isaïe nous invite peut-être aussi à redécouvrir le sens du sacré qui semble avoir été évacué de bien des zones de notre existence. À cause de nos désirs inassouvis de contrôle, nous rejetons d’emblée l’ineffable. Pourtant le sacré possède un sens qui unifie au lieu de diviser et de compartimenter. Il est un révélateur par excellence de ce nous sommes et de notre raison d’être en ce monde. Pour mieux comprendre l’importance de cette prise de conscience, écoutons ce que précise Daniel Laguitton: «Dans l’expérience spirituelle, on ne quitte pas le profane, c’est lui qui disparaît, cesse d’exister, pas parce qu’on ferme les yeux ou qu’on s’isole pour ne pas le voir, mais au contraire parce qu’on ouvre les yeux et qu’on découvre que tout est sacré. […] Faire l’expérience du sacré dans le quotidien n’exclut pas les exercices spirituels dans un enclos sacré si ces derniers sont abordés comme des exercices de renforcement de l’union et non comme moyen de "compenser" la séparation». (Daniel LAGUITTON, Lâcher prise et trouver la vie. Dépendance, entraide, spiritualité, Éditions Marquis, 1994, p. 230). C’est sans doute par un authentique acte de foi, autrement dit, une libération de nos nombreux enfermements, que nous deviendrons conscients de cette inévitable métamorphose qui est «déjà là mais pas encore!» THÉRÈSE MIRON
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