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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 112 (2006).

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Des passeurs de vie

16 avril 2006
Année B : Dimanche de Pâques
Jean 20, 1-9

 « Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. » (v. 1)

     On a tant besoin d’entendre parler de vie et de résurrection… C’est une femme, Marie Madeleine, qui en fait l’annonce à Pierre, celui qui a renié Jésus, et « à l’autre disciple, celui que Jésus aimait ». Puis la rumeur s’est répandue à tant d’autres disciples jusqu’à nous dans cette nuit de Pâques. On l’a trop longtemps oublié, ce sont des femmes qui en font l’annonce à partir de leurs histoires de vie, de leurs désirs. On dirait que les femmes sont plus sensibles à la vie, qu’elles en sont plus près. Ces femmes nous ressemblent; comme nous, elles ont cherché la vie et elles l’avaient pressentie en suivant Jésus ou en l’accueillant. Nous ne pouvons aller vers la résurrection qu’à partir de ce que nous sommes, de ce que nous devenons. Il n’y aura jamais d’autres récits de la résurrection que le témoignage de celles et de ceux qui ont rencontré Jésus vivant.

     Et la célébration de Pâques, si elle parle de nous, elle parle de Dieu; mais elle parle de Dieu à travers Jésus, à travers nous. Qui a enlevé la pierre qui empêchait d’entrer dans le tombeau? On n’en sait rien; le récit reste discret sur ce fait. Mais je me permettrai d’entrer dans le récit et de supposer que c’est tout être humain qui, quelque part, attend la vie, et cherche, peut-être sans le savoir, à annoncer la résurrection. C’est chacune et chacun de nous qui, à certains moments de notre vie, avons aidé quelqu’un en lui disant : sors de ton enfermement et va dire la vie à quelqu’un d’autre. C’est ainsi la résurrection. Pâques, c’est un départ, repris d’année en année, sans jamais se répéter. Cet événement, dont on fait mémoire, ouvre les chemins de l’Évangile et de la vie. Tout nous parle de vie… Tout parle d’annoncer la vie au-delà de la mort.

     En un temps où le nom de Dieu est servi à toutes les sauces et souvent pour justifier l’injustifiable, la résurrection de Jésus nous rend plus humbles. On ne se sert pas de Dieu. Il nous faut plutôt des personnes et des groupes humains qui ressuscitent le monde. Impossible de fêter Pâques sans faire passer la vie à travers l’aventure des femmes et des hommes qui cherchent tout simplement à vivre. Dieu nous y accompagne. Une image, que j’emprunte à quelqu’un d’autre, me semble bien suggérer le sens de la vie de Jésus et sa résurrection : il a été, il reste toujours un Passeur de vie!

     Dans son inlassable travail de passeur de vie, Jésus a tout perdu. Il finit dans la mort, cloué comme quelqu’un à qui on a tout pris. Ou plutôt comme quelqu’un qui a tout donné! Le passeur de vie doit risquer de perdre sa vie pour qu’avec les autres il puisse la gagner… Les passeurs de vie font des brèches dans les murs, dans le mur de la mort. On les reconnaît facilement. Les passeurs de vie inventent la convivialité, créent le service gratuit, ouvrent des chemins inédits de résurrection.

     Des passeurs de vie, on en rencontre partout. On les rencontre de mille manières différentes, le plus souvent dans des petits gestes; ils ont le souci du bien-vivre ensemble. La résurrection du Christ, c’est là qu’elle se vit, qu’elle invente, qu’elle appelle à la vie. Sans les passeurs de vie, la terre tournerait à la mort. Plus d’espérance. Ils prophétisent la résurrection du Christ; ils la montrent à l’œuvre.

     Quand, dans la célébration de la nuit, nous proclamons notre foi, derrière les mots chantés qui seront les mêmes pour tous, il y aura des expériences de vie et de foi différentes. Mais la force de notre proclamation sera dans nos liens. Et quand nous échangerons entre nous les vœux de Pâques, j’ose croire que dans les yeux de chacune, de chacun brillera une lumière vivante. Et la fête nous renverra à notre quotidien, car c’est au quotidien que Pâques se vit, telle une découverte jamais totalement acquise, toujours à faire qui nous ouvre les yeux pour enfin y croire. « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier. Il vit et il crut. » — « Souvenons-nous de Jésus Christ. » Joyeuses Pâques!

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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