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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 113 (2006).

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L’absolue liberté de l’Esprit

21 mai 2006
Année B : 6e dimanche de Pâques
Actes 10, 25-26.34-35.44-48

 « Moi aussi, je ne suis qu’un homme. » (v. 26)

À chacun des versets proposés aujourd’hui, Pierre trouve une manière très évocatrice de réitérer l’importance de la non-partialité de l’Esprit. Il n’y a pas de modèle humain pré-requis permettant de dire que l’Esprit est présent chez certains et absent chez d’autres.

     N’avons-nous pas cette fâcheuse tendance à définir les critères dans lesquels nous voulons endiguer l’Esprit? Nous sommes souvent devenus les justificateurs et les décideurs de l’absolu. Nos opinions toutes faites s’érigent en paramètres de notre accueil de l’autre. Nous jugeons à partir de nos propres conceptions souvent élaborées par notre ego et notre désir illusoire de contrôler la vie spirituelle. Notre vision du monde est altérée par une vue étroite pour nous sécuriser face aux bouleversements qui risquent de remettre en question nos certitudes.

     Pierre n’hésite pas à rappeler l’erreur fondamentale de nos jugements et de nos discriminations. Si c’est l’Esprit qui choisit librement d’habiter les hommes et les femmes de notre terre, combien est grave l’erreur de nous octroyer le pouvoir de déterminer ce qui qualifie ou non quelqu’un pour recevoir l’Esprit et en vivre?

     Les versets qui nous sont suggérés démontrent à l’évidence l’humilité de Pierre. Ne dit-il pas à Corneille en l’aidant à se relever : « Moi aussi, je ne suis qu’un homme. » Voici un message qui prend toute sa signification dans un geste bien concret. En aidant Corneille à ne pas se ternir courbé devant lui, Pierre l’invite à se ternir debout et à le considérer d’égal à égal.

     En agissant ainsi, Pierre démontre clairement qu’il est un homme avec ses forces et ses faiblesses, un homme qui ne se présente pas avec les prérogatives de Dieu. Un homme qui se laisse guider par une mouvance d’ouverture et de justice pour tous. Un homme qui a compris le véritable sens de l’accueil.

     Dans le discours de Pierre à Corneille, on retrouve une affirmation d’une très haute importance : « Dieu n’est pas partial […]. » Pierre explique qu’il en est arrivé à cette constatation, en vérité. On peut comprendre l’importance du cheminement qui a conduit à cette prise de conscience cruciale qui change tout dans la hiérarchie des valeurs humaines.

     Un commentaire extrait du Service catéchétique Emmaüs peut éclairer le propos : « La dignité que chacun reçoit de Dieu fonde la dignité de chaque être humain devant les autres. Elle fonde en dernière instance l'égalité foncière et la fraternité de tous les humains, quel que soit leur sexe, leur race, leur nationalité, leur origine, leur culture, leur classe sociale. Dans le monde antique, c'était là une affirmation révolutionnaire. » (Croire 10 : L’homme, centre et somment de la création, La foi de l’Église, Centurion/Cerf, 1987.)

     Autrement dit, n’est-il pas prétentieux de se dire inspirés et guidés par l’Esprit tout en maintenant nos jugements qui ostracisent? En l’absence de gestes concrets qui révèlent la non- partialité de Dieu, nous demeurons sourds à l’affirmation de Pierre. Nous refusons d’entendre et de répondre à l’appel qu’il lance à toutes les nations. Le geste de Pierre à l’égard de Corneille manifeste clairement la force du témoignage dont il est question.

     Un autre aspect doit attirer notre attention. L’expérience du don de l’Esprit chez ceux et celles qui écoutaient la Parole (v. 44). On retrouve ici la confirmation du message de Pierre : Dieu n’est pas sélectif selon nos critères. L’Esprit de Dieu se manifeste là où l’écoute et l’accueil de sa Parole sont à l’œuvre.

     En tant que membres de la communauté et signes de l’Alliance, les chrétiens circoncis, qui avaient suivi Pierre, ont vécu de la stupeur face à cet événement (v. 45). Oui, la stupeur de croire qu’eux seuls étaient assez parfaits pour obtenir une grâce aussi déconcertante. Cette stupeur, toujours présente aujourd’hui, de constater que les frontières n’existent pas pour la gratuité absolue de l’Esprit.

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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