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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 113 (2006).

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Je donne ma vie

7 mai 2006
Année B : 4e dimanche de Pâques
Jean 10, 11-18

 « Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. » (v. 11)

Lu dans la suite de l’événement pascal, le texte de l’évangile de Jean se présente à nous comme une révélation et une réflexion sur qui est Jésus. Révélation et réflexion en deux temps. D’abord, qui a été Jésus en sa vie terrestre; puis, qui il est depuis la résurrection. Révélation et réflexion qui se résument en une brève formule : il est celui qui donne sa vie. Pas moins de cinq fois revient, en ce texte cette expression : donner sa vie.

     En sa vie terrestre, il a donné sa vie en étant comme le bon berger, le vrai pasteur tout entier dévoué au soin du troupeau qui lui a été confié. Contrairement au berger mercenaire, il n’a pas abandonné ses brebis quand les dangers se présentaient. Toujours les brebis ont compté pour lui. La marque du soin accordé aux brebis — disons clairement les disciples : ceux et celles qui ont accepté de marcher à sa suite —, c’est le rapport de connaissance qu’il a établi avec eux. Rapport de connaissance qui implique, dans le langage biblique, l’amour. Ses disciples l’ont connu et aimé parce que lui, le premier les a connus et aimés. Son amour l’a conduit jusqu’à donner sa vie pour eux, et à la donner librement, volontairement. « Ma vie, je la donne de moi-même. » C’est dire bien nettement le sens de sa mort qui a pour un temps déconcerté les disciples, les a forcés à chercher et découvrir que cette mort était le signe d’un dévouement, d’un amour pour leur sort et leur salut. Il a donné sa vie, il a donné la vie.

     Depuis sa résurrection, ce don de vie se continue et s’élargit, au-delà du cercle des premiers disciples choisis et accueillis, aux dimensions du monde et du temps : « J’ai d’autres brebis […] celles-là aussi, il faut que les conduise. » Ces brebis–là comptent pour lui et c’est encore par des rapports de connaissance et d’amour qu’il les conduit. Il est devenu lieu de rassemblement et d’unité. Lieu de rassemblement par sa personne toujours à découvrir et reconnaître. La mémoire qui est conservée de lui, que le rappel de sa parole, de sa vie, de sa mort garde vivante, qui est propagée par ses disciples de par le monde entier, opère le rassemblement. Lieu d’unité dans l’amour partagé entre lui et tous. Lieu d’unité qui devient lien de communion avec le Père, parce que le don de sa vie pour les disciples fait entrer dans l’intimité étroite qu’il vit avec le Père. Cette action, devenue sienne de par sa mort et sa résurrection, n’est jamais complètement achevée. Il faut le relais que seuls les disciples peuvent assurer.

     C’est ici que nous sommes vraiment rejoints par le message qu’est pour nous cette révélation de qui est Jésus sous la figure du vrai berger. Une figure qui — faut-il le rappeler — n’a rien à voir avec quelque évocation bucolique et encore moins avec l’idée du gardien d’un troupeau de brebis sans intelligence. Dans la tradition d’Israël, le berger, le pasteur, c’est le roi idéal que fut David qui sut être le protecteur et le guide de ses sujets dans les voies du Seigneur. C’est encore et surtout le Messie qui apporte le soin et le salut du peuple élu pour établir la communion avec Dieu et faire entrer dans la vie d’un Dieu qui veut être connu et procurer le bonheur. Jésus est ce messie pour qui nous comptons puisqu’il nous a donné sa vie en sa mort et sa résurrection. Le pasteur encore qui guide vers la pleine lumière de la connaissance et de l’amour. À nous de le reconnaître en la révélation qui nous est faite de lui. À nous d’apprendre à mieux le connaître. Le connaître dans un rapport mutuel, lié à ce que nous sommes et vivons, où la connaissance n’est pas que d’intelligence et de raison, mais qui se peut déployer jusqu’en amour. Cette allégorie du berger et du troupeau, c’est aussi et surtout le désir en nous, en nos gestes comme en nos paroles, d’être à son image pour être le reflet de son don de vie.

     Une révélation, en cette allégorie, de qui est à jamais Jésus le Christ. De qui nous sommes désormais sous sa conduite. Des femmes et des hommes soucieux des autres, soucieux de faire la vie en soi et dans les autres. Soucieux d’une unité, d’une communion dans la foi comme dans l’amour. Une unité toujours à faire, à laquelle nous sommes appelés à travailler mais que lui seul peut faire naître et achever.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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