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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 112 (2006). |
Il est temps pour toi denlever les cadenas qui te retiennent 23 avril 2006 « Cesse dêtre incrédule et deviens un homme de foi. » (v. 27) À la lecture de Jean, le contexte de peur dans lequel vivent les disciples est particulièrement évident. Ils se cachent derrière des portes verrouillées. Lappréhension les paralyse face au monde extérieur. Jésus leur dit à plusieurs reprises : « La paix soit avec vous. » Pourquoi insiste-t-il sur la paix? Peut-être parce que la paix est le meilleur antidote de la peur et de lincrédulité. Il est normal de faire lexpérience de la frayeur devant linconnu et dêtre prudent face à ce qui arrive. Mais cette prudence ne devrait pas exclure le risque de louverture, parfois graduelle, de nos portes et fenêtres verrouillées. À linstar des disciples, nous avons aussi nos murs qui sont bien calfeutrés. Mine de rien, on fait semblant dêtre au-dessus de nos affaires, comme le dit lexpression, mais dans les faits, la peur nous tenaille et les cloisons nen finissent plus de sélever autour de nous. Nous avons un besoin viscéral de paix et ce, dans toutes les dimensions de notre vie. Une vie sans paix est une vie qui fait mal, autant dans le corps que dans lesprit. La peur de Dieu, la peur des autres, la peur de souffrir, la peur de perdre, la peur des événements inconnus, et quoi encore! La peur de manquer dargent, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de vieillir, la peur de mourir, la peur des désastres. La liste est longue, trop longue. Lexpérience de la paix intérieure ne signifie pas quon entre dans un univers magique où la vie est un parfait enchantement. La paix véritable nous délivre de notre léthargie et de nos multiples appréhensions. Elle nous permet ainsi dassumer le quotidien et de sortir de notre isolement maladif. Selon le verset 27, Jésus dit à Thomas : « Cesse dêtre un incrédule et deviens un homme de foi. » Jésus ne dit pas : « Si tu le peux ou si tu le veux, essaie de croire » Jésus dit : « Cesse dêtre incrédule [ ]. » Ny voyons pas une forme de commandement ou dordre qui nécessite lobéissance aveugle mais plutôt un appel à cesser de souffrir de la peur de croire. Un peu comme si Jésus disait à Thomas : il est temps pour toi de quitter ton armure afin que tu fasses lexpérience dune libération intérieure incomparable. Qui ne souhaite pas être libre? Ce nest pas la libération qui fait peur mais la manière dy accéder. Une des grandes difficultés de lêtre humain consiste à quitter ses structures qui lui sont connues et qui le sécurisent même si elles le font souffrir. Par ailleurs, croire ne signifie pas labsence de discernement. Écoutons à ce propos ce que nous dit Jean-Claude Guillebaud : « Or, le dogmatisme sourd comme labstention égotiste sont deux façons symétriques de rompre tout lien avec lAutre. Quand je suis fanatique, je me ferme à autrui; quand je doute trop, je men désintéresse. Dans les deux cas, je memprisonne. » (Jean-Claude Guillebaud, La force de conviction, Seuil, 2005, p. 281-282.) Lattitude de Jésus qui est révélée dans lévangile de Jean ninstaure ni le dogmatisme ni le fanatisme. Cette invitation bienveillante de Jésus pourrait être comparée à la situation dun jeune enfant qui est dans le noir. Il a peur et il pleure en se blottissant sous ses couvertures. Sa mère ou son père arrive et allume la petite veilleuse. Soudainement, la lumière repousse lobscurité et lenfant retrouve la paix qui le conduit dans le sommeil réparateur. Lenfant a fait confiance à son parent qui lui a donné la lumière et la paix. Sans cette confiance fondamentale, la résistance prend le gouvernail de notre être. Dans ce prolongement, un autre exemple est significatif. Loisillon qui est poussé à sortir de sa coquille est accueilli par ses parents qui veillent et lincitent à naître à la vie de ses semblables. En bout de piste, loisillon se transformera en un bel oiseau qui pourra prendre librement son envol. Concluons avec Jean-Claude Guillebaud lorsquil termine son ouvrage en disant ce qui suit : « À certains moments, nous avons limpression que lhistoire humaine sachève, que vient le crépuscule, que tout est perdu. À dautres moments, il nous semble au contraire que toutes ces choses attendues vont enfin commencer. Croire, cest choisir. » (Ibid., p. 390.) THÉRÈSE MIRON |
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