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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 112 (2006).

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Il est temps pour toi d’enlever les cadenas qui te retiennent

23 avril 2006
Année B : 2e dimanche de Pâques
Jean 20, 19-31

 « … Cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi. » (v. 27)

     À la lecture de Jean, le contexte de peur dans lequel vivent les disciples est particulièrement évident. Ils se cachent derrière des portes verrouillées. L’appréhension les paralyse face au monde extérieur. Jésus leur dit à plusieurs reprises : « La paix soit avec vous. » Pourquoi insiste-t-il sur la paix? Peut-être parce que la paix est le meilleur antidote de la peur et de l’incrédulité.

     Il est normal de faire l’expérience de la frayeur devant l’inconnu et d’être prudent face à ce qui arrive. Mais cette prudence ne devrait pas exclure le risque de l’ouverture, parfois graduelle, de nos portes et fenêtres verrouillées. À l’instar des disciples, nous avons aussi nos murs qui sont bien calfeutrés. Mine de rien, on fait semblant d’être au-dessus de nos affaires, comme le dit l’expression, mais dans les faits, la peur nous tenaille et les cloisons n’en finissent plus de s’élever autour de nous.

     Nous avons un besoin viscéral de paix et ce, dans toutes les dimensions de notre vie. Une vie sans paix est une vie qui fait mal, autant dans le corps que dans l’esprit. La peur de Dieu, la peur des autres, la peur de souffrir, la peur de perdre, la peur des événements inconnus, et quoi encore! La peur de manquer d’argent, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de vieillir, la peur de mourir, la peur des désastres. La liste est longue, trop longue.

     L’expérience de la paix intérieure ne signifie pas qu’on entre dans un univers magique où la vie est un parfait enchantement. La paix véritable nous délivre de notre léthargie et de nos multiples appréhensions. Elle nous permet ainsi d’assumer le quotidien et de sortir de notre isolement maladif.

     Selon le verset 27, Jésus dit à Thomas : « Cesse d’être un incrédule et deviens un homme de foi. » Jésus ne dit pas : « Si tu le peux ou si tu le veux, essaie de croire… » Jésus dit : « Cesse d’être incrédule […]. » N’y voyons pas une forme de commandement ou d’ordre qui nécessite l’obéissance aveugle mais plutôt un appel à cesser de souffrir de la peur de croire. Un peu comme si Jésus disait à Thomas : il est temps pour toi de quitter ton armure afin que tu fasses l’expérience d’une libération intérieure incomparable. Qui ne souhaite pas être libre?

     Ce n’est pas la libération qui fait peur mais la manière d’y accéder. Une des grandes difficultés de l’être humain consiste à quitter ses structures qui lui sont connues et qui le sécurisent même si elles le font souffrir. Par ailleurs, croire ne signifie pas l’absence de discernement. Écoutons à ce propos ce que nous dit Jean-Claude Guillebaud : « Or, le dogmatisme sourd comme l’abstention égotiste sont deux façons symétriques de rompre tout lien avec l’Autre. Quand je suis fanatique, je me ferme à autrui; quand je doute trop, je m’en désintéresse. Dans les deux cas, je m’emprisonne. » (Jean-Claude Guillebaud, La force de conviction, Seuil, 2005, p. 281-282.)

     L’attitude de Jésus qui est révélée dans l’évangile de Jean n’instaure ni le dogmatisme ni le fanatisme. Cette invitation bienveillante de Jésus pourrait être comparée à la situation d’un jeune enfant qui est dans le noir. Il a peur et il pleure en se blottissant sous ses couvertures. Sa mère ou son père arrive et allume la petite veilleuse. Soudainement, la lumière repousse l’obscurité et l’enfant retrouve la paix qui le conduit dans le sommeil réparateur.

     L’enfant a fait confiance à son parent qui lui a donné la lumière et la paix. Sans cette confiance fondamentale, la résistance prend le gouvernail de notre être. Dans ce prolongement, un autre exemple est significatif. L’oisillon qui est poussé à sortir de sa coquille est accueilli par ses parents qui veillent et l’incitent à naître à la vie de ses semblables. En bout de piste, l’oisillon se transformera en un bel oiseau qui pourra prendre librement son envol. Concluons avec Jean-Claude Guillebaud lorsqu’il termine son ouvrage en disant ce qui suit : « À certains moments, nous avons l’impression que l’histoire humaine s’achève, que vient le crépuscule, que tout est perdu. À d’autres moments, il nous semble au contraire que toutes ces choses attendues vont enfin commencer. Croire, c’est choisir. » (Ibid., p. 390.)

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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