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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 117 (2006).

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Les prétentions du paraître

12 novembre 2006
Année B : 32e dimanche du temps ordinaire
Marc 12, 38-44

 « Gardez-vous des scribes qui se plaisent à circuler en longues robes, à recevoir des salutations sur les places publiques…. » (v. 38)

Le monde des apparences est ici critiqué sans équivoque. Ce qui est de l’ordre du « clinquant » et de l’extériorité est dénoncé. Une sérieuse mise en garde est lancée au sujet de cette poudre jetée aux yeux qui voile l’authenticité des intentions intérieures. Toutes ces parades ne doivent pas nous tromper sur les qualités et les véritables motivations qui animent le cœur de l’être humain.

     Bien que dans les versets de Marc il soit question spécifiquement du contexte religieux, il faut reconnaître qu’aujourd’hui nous sommes séduits et obnubilés par les manifestations d’un monde qui s’attache aux apparences dans un nombre incalculable de domaines. Nous sommes souvent sous l’emprise de la séduction des objets, des miroitements du spectacle et du chant des sirènes de la consommation. Ces apparences semblent nous dire : « Si tu m’admires, je te donnerai tout ce que tu veux et ton bonheur sera sans fin. »

     Les démonstrations issues de l’extériorité sont très insidieuses parce qu’elles s’infiltrent même dans les attitudes et manifestations à caractère religieux. On serait porté à croire que celui-ci est à l’abri, mais détrompons-nous, les versets de Marc précisent clairement que les tentations du paraître sont à l’œuvre là aussi. En effet, si le comportement religieux est axé sur les attitudes extérieures qui s’exercent sur les places publiques, si ce qui compte en bout de piste c’est le regard des autres sur soi et l’appréciation de nos apparats, de nos discours et du « regardez-moi comme je suis bon, généreux, et religieux », alors, nous faisons fausse route.

     L’usage des apparences sert souvent à voiler, consciemment ou non, les vraies motivations de nos actes. Il ne faudrait surtout pas que soit dévoilé au grand jour ce qui se cache derrière ces démonstrations publiques. Par exemple, l’exercice de manœuvres issues de l’abus de pouvoir pour écraser les autres au nom des prétentions du paraître et de la quête obsessive de la gloire personnelle.

     Dans l’évangile de Marc, Jésus s’adresse aux scribes de son temps, les spécialistes des textes sacrés et de la tradition juive. Ne sont-ils pas justement ceux qui devraient témoigner d’une attitude intérieure particulière en termes d’humilité et de sagesse? C’est sans doute pour cette raison que Jésus est si sévère envers les scribes et pourquoi il dénonce leur hypocrisie.

     Aujourd’hui encore, et cela nous concerne tous, lorsque l’observance des rituels religieux masque l’absence d’amour du prochain, c’est le monde trompeur des apparences qui s’installe. Dans ce contexte, il ne peut y avoir de conversion intérieure parce que le cœur est entièrement tourné vers la recherche constante de l’admiration des autres et du prestige social.

     L’exemple de l’obole de la veuve met en lumière la question des intentions profondes qui animent notre manière de donner, ajoutons, de « se » donner. Qu’est-ce qui est cherché en définitive? Les versets de Marc précisent que la veuve se fait discrète en déposant le peu qu’elle a. Voilà l’intention qui est reconnue par Jésus en regard des gestes que nous posons selon la sincérité qui provient du cœur et non du désir d’être vus, reconnus et admirés.

     Même si l’évangile de Marc situe la question au sujet des scribes, rappelons-nous qu’il est d’abord essentiel de faire une mise au point personnelle de nos intentions et d’y déceler la présence de cette sournoise tendance à paraître. Ce qui est dénoncé chez les scribes nous concerne aussi. Nous sommes tous invités à revisiter nos façons d’être prétendument inspirées de l’expérience religieuse. Comment retrouver le sens premier de l’amour et la nécessaire conversion qui s’impose lorsque nous affirmons agir au nom de Dieu et de la tradition? L’évangile de Marc nous ouvre le chemin!

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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