url

photo

La Parole

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTRENOUVEAUTÉS

 

index

Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 116 (2006).

Site internet de Présence

Et si un jour je devais tendre la main?

5 novembre 2006
Année B : 31e dimanche du temps ordinaire
Marc 12, 28b-34

 « … Et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices. » (v. 33)

Pourquoi est-il si impérieux de se rappeler l’importance de l’amour du prochain? Pourquoi faut-il se le réitérer? Parce que la tendance humaine oublie vite en cachant son indifférence sous la bonne conscience. Admettons-le, nous ne sommes pas toujours disposés à la générosité et au partage. Les versets de Marc affirment clairement que sans l’amour du prochain, inspiré de l’amour de Dieu, nous ne pouvons prétendre entrer dans le Royaume et aspirer à la sagesse.

     À quoi servent tous nos cultes, nos cérémonies religieuses et nos offrandes si nous sommes sourds aux besoins des autres? Pourquoi se présenter sur le parvis de nos Églises si nos cécités intérieures nous voilent la présence du prochain? Lorsque notre participation aux rites devient une fin en soi, au détriment d’un amour véritable pour le prochain, nous demeurons vides et désertiques. Ce n’est pas le nombre d’exigences et la rigueur de nos prières accomplies qui sont les véritables sources du Salut, mais la reconnaissance véritable de l’autre en sa qualité de frère.

     Bien qu’humainement ce ne soit pas toujours spontané, ce qui compte, c’est de placer Dieu au centre de notre vie pour en dynamiser les moindres parcelles. Autrefois perçu selon une justice rétributive, le Dieu dont il est question aujourd’hui est essentiellement un Dieu d’amour qui accueille, sans condition, tous ceux et celles qui viennent à Lui. N’ayons pas peur de dire que l’amour du prochain (comme soi-même) est une attitude relationnelle à reprendre à tous les jours. L’envahissement de nos préoccupations intérieures prend souvent le pas sur la disponibilité de notre écoute. Nos comportements deviennent mécaniques et sans profondeur. On s’adresse le minimum de paroles et on passe vite notre chemin. Dans les faits, le prochain nous dérange. On préfère la tranquillité de notre petite vie sans trop d’interférences. Mais nous ne sommes pas seuls sur cette planète malgré nos tentatives d’en esquiver la réalité.

     Les versets de Marc nous rappellent d’une manière radicale la nécessité première de sortir de notre individualisme et de notre fausse quiétude. C’est une invitation à quitter nos attitudes hautaines et suffisantes. C’est une incitation à moins « scruter » le ciel pour mobiliser notre enracinement dans la solidarité, l’équité, l’accueil, la dignité mais aussi la différence. Combien de fois nos préjugés rendent impossibles notre ouverture à l’autre! Rappelons-nous que le jugement est contraire à l’amour du prochain. Ce prochain qui nous renvoie sans cesse à nos propres limites et qui nous incite à dépasser les frontières de nos petits territoires. Et si c’était moi qui un jour devais tendre la main, que ce passerait-il?

     Certaines théories s’appuient sur la conviction qu’il faut d’abord s’aimer soi-même pour aimer l’autre. D’accord, mais c’est aussi en m’ouvrant à l’autre que j’arrive à mieux me connaître tout en conscientisant les possibilités intérieures qui m’habitent. C’est un lieu de vie à découvrir. L’amour est une dynamique qui circule. En me traversant, elle atteint ceux et celles qui m’entourent. En m’atteignant, elle rejoint ceux et celles que je touche. Un amour statique (mais est-ce encore de l’amour?) devient l’antithèse d’une vie partagée et fraternelle. C’est un état d’auto-satisfaction qui empoisonne l’existence. L’amour du prochain se fonde sur le don de soi et la générosité. Nous sommes loin ici du sentimentalisme rêveur qui spécule sur des jours meilleurs. C’est à nous que revient la responsabilité de cesser d’être imperméables aux désarrois du prochain qui souffre dans notre monde. À ce propos, Benoît Béjin explique clairement ce qui suit : « Le souci de pureté évangélique ou spirituelle cache trop souvent un refus de compromission temporelle. Je crains que ce Dieu qui donne bonne conscience devant un monde en désarroi ne soit malheureusement pas le vrai Dieu, plus plutôt l’opium du peuple dont parlait Marx. […] Pendant ce temps, des milliers de personnes meurent alors que nous nous donnons bonne conscience. » (Sous la direction de Marc Dumas et François Nault, Pluralisme religieux et quêtes spirituelles. Incidences théologiques, Fides, 2004, p. 88).

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2006
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 • courriel:

www.cebl.org • 21 septembre 2006