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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 116 (2006). |
Il ne doit pas en être ainsi parmi vous 22 octobre 2006 « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir… » (v. 45) L’Évangile au plus concret des jours et des comportements. Voilà ce qui apparaît aussi bien dans le petit récit qui nous plonge dans la vie du groupe des disciples et du maître, que dans l’enseignement qui suit sur le service. Tout commence par la demande plus naïve que choquante de Jacques et de Jean. Une requête qui relève du désir humain d’une bonne situation. Après tout, ils marchent depuis le début à la suite du maître. Ils sont même, dit-on, de la famille de Jésus. Rien d’immoral en cette demande. Et puis, boire la même coupe que le maître, ils en sont capables, pensent-ils, ces fils du tonnerre. La pieuse indignation des autres disciples cache mal le fait qu’eux aussi ont des visées de gloire et de succès. Ce qui fait problème, c’est que cette petite scène de vie intime d’un groupe de disciples révèle une profonde incompréhension, un grave malentendu. Ils attendent encore, les disciples, un geste politique de la part de Jésus, une restauration nationale du type d’un messianisme temporel. Ils n’ont rien compris à l’annonce — la troisième — que Jésus vient de faire du sort qui l’attend : le rejet, la passion, la mort. Ils pensent, jugent et attendent selon des critères mondains, alors que Jésus propose un renversement de ces valeurs courantes, de cette limitation à un horizon immédiat. Jésus ne semble pas s’indigner de la demande incongrue de Jacques et de Jean. Il ne manifeste pas d’impatience devant l’incompréhension des disciples. Il remet tout simplement les choses en perspective. Il ne promet rien de particulier ou d’extraordinaire aux disciples. Il les renvoie au sort commun : une vie qui a ses jours de bonheur comme aussi ses jours de souffrance. Une vie comme la sienne, Jésus. Comme si Jésus disait : je n’ai pas voulu être un être exceptionnel, un magicien qui fait échapper à la réalité, et je ne veux pas faire de vous des êtres exceptionnels. Comme moi, comme tout être humain, vous connaîtrez les souffrances, le deuil, la mort. À ce prix — celui de la vie de l’humanité — on sert la volonté du Père et on atteint au partage de son bonheur. Une insistance toutefois : c’est là le modèle qu’il veut transmettre à qui s’attache à sa suite, ce modèle qu’il est en sa personne, et sa parole, et son action. Et voici que nous retrouvons la vie du groupe du maître et de ses disciples dans le temps de l’enseignement que ces derniers ont à recevoir de lui pour vraiment continuer sa mission. L’enseignement sur le service. Un enseignement qui veut plus inculquer une nouvelle manière de voir et de faire que condamner les manières du monde. Il faut bien que le pouvoir et l’autorité s’exercent pour la bonne marche des choses. Mais pas à la manière violente et abusive d’un certain monde. Le service proposé n’est pas celui de l’esclave ou du mercenaire. C’est un service qui naît de la communion entre tous, du sentiment que chacun a une fonction à tenir qui est digne et valable. Un service entre égaux, entre personnes qui partagent une même aventure, une même espérance, qui savent qu’elles ont besoin du service de tous. Un service qui n’a de sens que s’il vient du cœur et qu’il suscite la vie. Un service dans lequel se fait l’apprentissage d’un amour qui veut se donner et ne craint pas de dire son attente de l’amour de l’autre. Le message évangélique est ici si simple qu’il risque d’être juste, de vraiment pouvoir se conjuguer à toute vie dans le concret de la réalité humaine. Le bonheur est-il dans les désirs de première place à tout prix, dans la domination des autres? L’accomplissement de soi passe-t-il par l’indifférence à l’autre? Et s’efforcer, à la manière de Jésus, de vivre un peu de paix, un peu d’attention réciproque, et même un peu de courage et d’espérance aux moments de la souffrance, même si cela n’est pas au goût du jour et du monde, n’est-ce pas là qu’il y aurait la joie, la semence et la promesse de vie? N’est-ce pas cela qui est la vraie force, la véritable autorité, la marque authentique du pouvoir, plus encore quand tout autour de nous est rivalité, ambition aveugle et démesurée, violence? YVON-D. GÉLINAS |
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