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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 116 (2006).

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Quand l’argent est le nerf de la guerre…

15 octobre 2006
Année B : 28e dimanche du temps ordinaire
Marc 10, 17-30

 « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres […]. Puis, viens, suis-moi. » (v. 21)

Tout le monde est prêt à prendre parti pour la vertu tant qu’il n’en coûte pas trop cher. N’est-ce pas là une constatation plutôt facile à faire et, cela, en maintes occasions? Même la page d’évangile proclamée ce dimanche en fait état.

     Marc nous présente un homme qui, se jetant aux pieds de Jésus, lui dit son désir d’avoir en héritage la vie éternelle. Cet homme reconnaît même en Jésus un bon maître (v. 17). Il lui demande conseil et lui fait grande confiance. De plus, il semble très sincère. Il observe la Loi fidèlement et veut aller aussi loin qu’il peut dans la pratique de la vertu. Mais, voilà que Jésus lui propose un défi de taille : abandonner tous ses biens au profit des pauvres et marcher à sa suite (v. 21).

     Malgré sa fidélité à Dieu et l’influence que Jésus peut avoir sur lui, l’homme est placé devant un choix. Optera-t-il pour suivre Jésus après avoir partagé ses biens aux pauvres ou s’en retournera-t-il vaquer à ses occupations en gardant sa richesse? Il lui est difficile de choisir mais l’attrait de l’or l’emporte (v. 22). La minute de vérité est pour lui, comme pour tant de nos contemporains et contemporaines, dans ce choix obligé d’un idéal sans argent ou de l’abondance primant sur d’autres valeurs. L’argent est véritablement le nerf de la guerre. L’homme riche ne peut se détacher de ses biens.

     L’évangéliste appelle la communauté chrétienne à le bien comprendre : la richesse est dangereuse. Si elle n’est pas partagée, elle risque de rendre le cœur dur, et tristes ceux et celles qui en font l’objectif de leur vie. Aujourd’hui encore, l’appel à suivre Jésus, à devenir ses disciples, ne peut être accueilli si on n’accepte pas de renoncer aux biens matériels. Matthieu l’exprimerait autrement en affirmant : « Nul ne peut servir deux maîtres […] Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. » (Mt 6, 24) Pour suivre le Christ, il ne faut pas être esclave de la richesse. Cette dernière provoque très souvent un déficit de liberté intérieure. Il faut, en effet, beaucoup de liberté pour choisir d’accepter l’invitation de Jésus de marcher à sa suite. Ce n’est jamais en riche que Jésus se présente et il demande à ses disciples de lui ressembler. Il n’allait pas chez les pauvres et les souffrants en les accablant de sa propre richesse mais en se faisant l’un d’eux. Il demande à ceux et celles qui le suivent d’agir ainsi. Il ne se présentait pas chez les riches, qu’il conviait au partage des biens et à l’accomplissement de la justice, en se faisant riche comme eux. C’est par sa seule attitude de simplicité et d’authenticité qu’il les amenait à réaliser leur devoir de réparer les injustices commises et de donner aux pauvres ce qui leur revenait de droit. Il demande à ses disciples de faire comme lui.

     Les enseignements de l’évangile de Marc sont clairs : il faut être prêt à tout sacrifier pour suivre le Christ : « Celui qui veut venir à ma suite, fera-t-il dire à Jésus, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (8, 34). La vocation à la vie chrétienne est toujours sous le signe de la pauvreté évangélique. Non pas de la pauvreté choisie pour elle-même, mais de la pauvreté comme voie de rencontre du Christ et de ceux et celles à qui il est venu annoncer la bonne nouvelle.

     On peut comprendre la stupéfaction et la consternation des disciples (v. 24 et 26). Avec les autres juifs du Premier Testament, ils avaient interprété la richesse comme une bénédiction et la pauvreté, comme une malédiction de Dieu. Jésus renverse leur croyance que c’est par leurs propres œuvres qu’ils seront sauvés. Il les ouvre à la confiance : c’est Dieu qui sauve. À lui, tout est possible (v. 27). Pas étonnant, alors, que Pierre s’inquiète de l’option que lui-même et les autres disciples ont prise de tout abandonner pour participer à la mission de Jésus (v. 28). La famille qu’ils ont quittée sera remplacée par une famille plus grande encore : celle de la communauté chrétienne où tous et toutes sont frères et sœurs. Certes ils seront persécutés, mais la vie l’emportera sur la mort : ils auront la vie éternelle.

     Pourquoi la proclamation de ce dimanche s’arrête-t-elle là, oubliant le verset 31 qui évoque si bien, en conclusion des versets 17-30 de ce chapitre 10, que ce n’est pas le prestige et la richesse qui impressionnent le Dieu si attentif aux personnes les plus pauvres et les plus démunies? Il souhaite tellement que l’argent ne soit pas le nerf de la guerre mais au service du bien-être de toute l’humanité.

DENISE LAMARCHE
Longueuil

 

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