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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 116 (2006). |
L’audace et la curiosité de l’enfant 8 octobre 2006 « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent.» (v. 14) Aux célébrations de baptêmes d’enfants, ce passage d’évangile est presque toujours choisi par les parents. En effet, il est facile de comprendre que l’image de Jésus accueillant des enfants est sympathique. Certains commentaires homélitiques peuvent la rendre fade et mièvre. Pourtant, ce jour-là, Jésus se fâche, rapporte le texte de Marc, et son enseignement n’a rien de doucereux et de complaisant. C’est toute une leçon que le Maître dispense à ses disciples : qui sont-ils pour réserver l’accès du Royaume à certaines catégories de personnes? Le Royaume de Dieu est offert à tous et spécialement aux plus petits, aux sans pouvoir, tels ces enfants dans leur disponibilité et leur ouverture qu’on appelle l’esprit d’enfance. L’esprit d’enfance, pratiqué entre autres par sainte Thérèse de Lisieux, n’a rien à voir avec l’inconscience naïve et la docilité attribuées aux enfants. On peut le décrire davantage en termes de lucidité qui, au-delà des apparences, rend capable d’espérer le meilleur en raison de la confiance mise en quelqu’un. L’esprit d’enfance, c’est encore la capacité de s’émerveiller en se centrant sur l’essentiel : un amour qui dissipe peurs et inquiétudes, une présence qui rassure et relève. Et la caractéristique la plus déterminante de l’esprit d’enfance évangélique est probablement la gratuité : la capacité de recevoir, d’accueillir, d’être comblé. Ils vieillissent bien jeunes, ces petits, qui, dans notre société de consommation, calculent, font du chantage et manipulent plus ou moins consciemment les adultes qui les entourent. Cette gratuité propre à l’enfance comporte quelque chose de divin. Bernanos écrit : « Ici-bas tout est échange, on donne d’une main pour recevoir de l’autre. » Seul Dieu donne pour vrai, car lui seul est amour. Le salut offert en Jésus Christ à toute l’humanité est grâce, don, cadeau gratuit. Il faut développer une attitude de pauvreté, de celui qui ne se lasse pas d’avoir les mains tendues et le cœur ouvert pour l’accueillir et l’apprécier. Accueillir le royaume à la manière d’un enfant, c’est s’ouvrir au don de Dieu; c’est s’émerveiller plus que se désoler; c’est rendre grâces plus que quémander; c’est apprécier sa chance d’être aimé plutôt qu’à tout prix faire soi-même son bonheur. Le cheminement spirituel comporte une part d’abandon cultivée au long des jours et des événements. Ce lâcher prise dans l’amour et la confiance est propre à l’enfance ou à l’adulte qui laisse place en lui à l’esprit d’enfance. Lorsqu’on a exploré pour soi-même toutes les solutions de la médecine par exemple, et que l’on est confronté à l’échéance ultime, après toutes les étapes du déni, de la révolte, de la négociation, il ne reste que l’abandon, les mains ouvertes de la délivrance. Les croyants appellent cela l’abandon dans les bras de Dieu, comme l’enfant qui, après les cris, les pleurs, la colère et le marchandage, se jette dans les bras du parent aimé. Quelque part dans l’évangile, le vieux Simon-Pierre retrouve un peu de cet esprit d’enfance, lorsque inspiré par l’Esprit, il dit : « À qui irions-nous Seigneur, toi seul as les paroles de la vie éternelle! » Il actualise alors l’autre parole de Jésus : « Ce que tu as caché aux sages et aux saints, tu l’as révélé aux tout-petits. » Mentionnons enfin une autre manifestation de l’esprit d’enfance : l’ouverture au renouveau, la confiance dans l’avenir, le désir d’explorer l’inconnu, la curiosité de chercher et de découvrir. On oublie parfois cette dimension dynamique reliée à l’enfance. À côté de tempéraments timides et craintifs, il y a les aventuriers qui prennent des risques sans toujours mesurer ni leurs capacités ni les dangers réels de l’entreprise. Nombreux sont les adultes qui se rappellent avec bonheur leurs extravagances enfantines! Dans l’aventure de la foi chrétienne, n’y a-t-il pas ce saut dans l’inconnu? L’audace aventurière des enfants curieux ne convient-elle pas à des chrétiens et chrétiennes en quête de sens? Décidément l’esprit d’enfance ne nous mène pas uniquement sur des chemins de docilité ennuyeuse ou de conformité répétitive, mais toujours il nous conduit dans des sentiers de confiance et d’amour. On appelle cela : le don de Dieu ou la grâce! GABRIEL GINGRAS |
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