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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 116 (2006). |
Ça pourrait devenir dangereux 24 septembre 2006 « De quoi discutiez-vous en chemin? » (v. 33) Les humains, nous dit Marc, vont bientôt s’emparer de Jésus et le tuer. Il a déjà précisé que les humains en question, ce sont « les anciens, les grands prêtres et les scribes » (8, 31). Dans l’Évangile, les anciens désignent les élites du temps, soit les chefs de familles renommées, les grands propriétaires terriens, ceux qui ont réussi en affaires. Les grands prêtres forment le club sélect des hommes politiques et religieux du plus haut rang. Les scribes, ce sont les intellectuels du temps, ceux qui savent lire et écrire, qui décident du sens de l’Écriture, qui se présentent comme les interprètes autorisés de la volonté de Dieu. Voilà ces « humains » aux mains de qui Jésus sera remis et qui décideront de sa mise à mort. On ne parle pas de n’importe quoi. On parle de succès, de pouvoir, d’autorité, de gens dont la vie représente ce qui, dans la société, définit la réussite. L’économie, la politique et la religion réunies. C’est tout cela qui fera tuer Jésus. Pas surprenant que Marc dise des disciples qu’« ils ne comprenaient pas cette parole ». Oh! ils en saisissaient bien le sens, ce n’était pas si compliqué à comprendre, mais ils ne voulaient rien savoir. Pas question d’entrer dans ce jeu-là. Valait mieux passer à autre chose : « Ils avaient peur de lui poser d’autres questions. » Pas surprenant qu’une fois séparés de Jésus, ils se soient interrogés sur ce qui faisait la grandeur d’un être humain. Ils étaient restés tout à fait dans le sujet. Mais, au retour, ils avaient honte de partager leurs réflexions avec lui, ils devinaient bien qu’il ne serait pas d’accord avec eux. Comme ils avaient raison! Lui n’avait rien de bien compliqué à leur dire. Simplement ceci : un être humain ne s’apprécie pas selon son poids politique, économique, intellectuel ou religieux. La grandeur se mesure à la capacité de se mettre à la place des humains qui sont au bas de l’échelle sociale, et à agir en conséquence. Le meilleur exemple de ces petits restait l’enfant qui, à l’époque, se révélait démuni, sans droit, sans influence, entièrement soumis au bon vouloir de ses parents. Était grand celui ou celle qui se mettait à son service. Agir ainsi, c’était se situer au niveau de Jésus, ou de Dieu lui-même. Voilà qui n’est pas difficile à comprendre, mais qui reste très difficile à faire. Si l’Évangile a encore raison, la grandeur est l’apanage de qui s’est habitué à considérer les choses par en-bas, du point de vue des petits. De qui s’agit-il? Ils sont légion. Les lave-vitres (squeegees), les itinérants, les B.S., les vieux parqués dans des centres d’accueil, la grande majorité des habitants de l’Afrique, des Amériques et de l’Asie. Ça commence à faire pas mal de gens, plus de 80 % de l’humanité. Logiquement, leur point de vue devrait prédominer, sauf que ce n’est pas le cas. Parce que toutes les sociétés sont organisées pour que ce soit les façons de voir des grands qui soient mises de l’avant. Et il est très, très, difficile d’aller à contre-courant. Écoutons-nous parler : — Comme il est bon de revenir à la maison ! Or, l’Évangile appelle à voir les choses à partir du point de vue des petites gens : — Notre planète est incapable d’assurer à tous le même niveau de vie que le nôtre. Il nous faut donc viser la décroissance, pour assurer un niveau de vie décent à tout le monde. Ici, un avertissement s’impose : le système est engagé dans une lutte à mort contre tous ceux et toutes celles qui voient les choses ainsi. Contre vous et moi, si nous avons le courage de nos convictions. C’est pourquoi il est toujours tentant de ne pas chercher à comprendre l’Évangile, ça pourrait devenir dangereux. ANDRÉ MYRE |
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