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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 116 (2006).

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Dieu ou Messie, une identité à découvrir

17 septembre 2006
Année B : 24e dimanche du temps ordinaire
Marc 8, 27-35

 « Pierre prend la parole et répond : “Tu es le Messie”. » (v. 29)

Je lis le récit de l’évangile de ce dimanche dans le contexte de ce que vit ma famille, et plus particulièrement ma mère, alors que mon père approche les derniers moments de son existence. Jésus pose la question à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis? » Pierre donne une réponse percutante qui semble tellement meilleure que celle donnée par les gens de son entourage qui le voient comme un prophète : « Tu es le Christ, le oint de Dieu ou Messie. » Ma mère aurait répondu : « Tu es Notre-Seigneur-Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Tout-puissant qui sauve tous ceux qui croient en Lui et Le prient. » Et pourtant, les deux réponses sont susceptibles de refléter une incompréhension de qui est vraiment Jésus, et donc, en même temps, une incompréhension de qui est vraiment Dieu et de qui nous sommes comme croyants.

     Pour une génération de croyants, Dieu est perçu comme le Maître du monde et de l’histoire, Celui qui influence et contrôle les événements, Celui qui récompense les bons et punit les méchants, Celui à qui tout hommage et toute action de grâce doit être rendu. Cette perception transpire dans l’affirmation que Jésus est le Messie, comme le fait Pierre : ce Messie devait rétablir le royaume de David, un royaume où enfin les lois de Dieu ainsi que ses fidèles triompheraient. Bien sûr, aujourd’hui, nous nous défendons tous d’avoir une vision si simpliste de Dieu. Mais c’est lorsque nous sommes confrontés à la dureté de la vie, à la souffrance et à la mort que nous nous rendons compte qu’une partie de cette vision est encore en nous.

     « Je ne reconnais plus mon mari, a dit ma mère, ce n’est plus l’homme que j’ai épousé. » L’homme qu’elle a épousé était fort, entreprenant, énergique et s’occupait de tout. Maintenant, elle a devant elle un être faible au visage émacié qui dort la plupart du temps, un être dont le ventre gonfle sans cesse parce que le cœur ne réussit plus évacuer l’eau, un être dont toute l’énergie est concentrée sur les besoins les plus élémentaires et qui n’ouvre la bouche que pour crier au secours. Pourtant, n’a-t-elle pas consacré avec mon père un temps fou à la prière et aux multiples exercices religieux? Levés dès quatre heures du matin pour réciter une litanie de prières et le rosaire, ils ont participé à la messe quotidienne et à de multiples chemins de croix, ils ont fait pénitence pendant de nombreux Carêmes, ils ont consacré une partie de leur vie à Dieu et à la religion. N’était-il pas normal que Dieu fasse un miracle, ou du moins, une exception dans leur cas? C’est exactement ce que dit Pierre à Jésus quand celui-ci annonce ce qui l’attend.

     Et pourtant, malgré les apparences, une force mystérieuse est à l’œuvre. Voilà qu’au cœur de son agonie, mon père rayonne d’un tel amour et d’un tel bonheur qu’il fait fondre toutes les barrières. Voilà que ma mère fait un cheminement inouï, au point d’apprivoiser la peur et de se réconcilier avec la mort elle-même. Tout à coup, là où on n’attendait que des pleurs et des cris, on fait l’expérience de larmes de joie et de relations amoureuses. Qu’est-ce qui s’est donc passé? Et pourquoi cela doit-il se passer au cœur de la souffrance et de la perspective de la mort? Et pourquoi faut-il un cheminement si long?

     À ces questions, je n’ai pas de réponse. Jésus n’en a pas non plus, même s’il parle de ce chemin comme de quelque chose d’essentiel. Car la réponse finale à cette question est la même qu’à la question sur l’identité du Messie et l’identité de Dieu même. Nous n’approchons de cette réponse que de manière négative, en mourant à notre vision ancienne des choses et des personnes, en nous laissant continuellement transformer par la vie : « Si quelqu’un veut garder sa vie intacte, dit Jésus, il finira par la perdre. Celui qui accepte de mourir à sa vie actuelle à cause de moi et à cause de l’Évangile, celui-là connaîtra la libération. »

     Ce que l’évangile de ce jour nous dit d’extraordinaire, c’est que nous y arriverons tous à cette connaissance à laquelle Jésus veut que nous accédions. Si Marc a pu nous faire son récit, c’est qu’il avait déjà accès à une partie de ce mystère. Quant à nous, nous sommes déjà en marche. Il nous suffit de laisser la vie nous transformer jour après jour pour connaître la libération. Est-ce vraiment ce que nous voulons?

ANDRÉ GILBERT
Gatineau

 

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