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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 115 (2006).

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Ouvre-toi

10 septembre 2006
Année B : 23e dimanche du temps ordinaire
Marc 7, 31-37

 « Jésus […] alla en plein territoire de la Décapole […]. On lui amène un sourd-muet et on le prie de poser la main sur lui […]. Jésus lui dit : “Effata!”, c’est-à-dire : “Ouvre-toi.” » (v. 31, 33-34)

Cet événement de la guérison d’un sourd-muet se passe dans un pays franchement païen, où il n’y a pratiquement pas de juifs croyants. Marc note ce détail de lieu, alors qu’il ne se soucie pas d’identifier ni le malade ni ceux qui l’amènent à Jésus. En effet, ce récit est construit pour centrer l’attention uniquement sur les faits et gestes de Jésus. La merveille de guérison s’accomplit à travers des touchers et une parole : « Ouvre-toi. » Comment ne pas faire des liens avec les rites sacramentels que l’Église accomplit à la suite de Jésus? Et plus particulièrement, comment ne pas évoquer le baptême dont le rituel a conservé longtemps la parole « Effata » qui libère. C’est par la grâce de Dieu que le baptisé est guéri de sa surdité à écouter les appels de Dieu et de sa difficulté à exprimer sa foi et son engagement.

     Puisque le baptême fait des chrétiens des êtres libres dans le Christ, ceux-ci doivent développer l’audace d’une parole courageuse malgré l’air du temps, souvent peu favorable aux expressions interpellantes. Une parole libérée au nom du Christ guérisseur s’alimente à la fois à l’écoute de la Parole de Dieu et à l’écoute des appels et des cris des hommes et des femmes de ce temps. Les chrétiens et chrétiennes se sentent souvent en territoire de Décapole, étrangers dans la culture et les valeurs de la société où ils vivent. Ils peuvent avoir la tentation de s’isoler, de se replier sur leurs positions et sur leurs certitudes. Ils deviennent plus ou moins marginaux, sinon exclus. Pourquoi, à la suite de Jésus, ne pourraient-ils pas faire des merveilles? Ne sont-ils pas invités à s’ouvrir aux misères qui les entourent, comme aux grandeurs qu’ils côtoient? Ne sont-ils pas invités à s’ouvrir à la parole qui interpelle, à la solidarité qui dérange, au partage qui fait vivre?

     Faire preuve d’ouverture dans le pluralisme idéologique de notre temps, c’est se questionner, vivre l’incertitude, accueillir la différence et cultiver le doute dans la recherche de la vérité ajustée au réel. Des déclarations récentes de prêtres et de religieux nous ont démontré que l’ouverture souhaitée n’est pas toujours facile à pratiquer à l’intérieur de l’Église. Tant chez les évêques que chez les fidèles, établir un véritable dialogue, sans disqualifier la dissidence ou les critiques décourageantes, semble un exercice pour le moins ardu, sinon impossible.

     Mais comment la parole officielle de l’Église ainsi que les multiples prises de parole des disciples de Jésus pourront être libératrices si elles ne peuvent pas être en recherche de vérité dans le dialogue et même la confrontation? S’ouvrir à la culture actuelle, entendre les cris d’angoisse et de souffrance de tant d’hommes et de femmes qui trouvent difficilement leur place dans une institution ecclésiale si peu habituée au dialogue est une urgence pour notre Église. Déjà trop de « justes » se sentent exclus et n’ont que faire d’un discours de compassion qui ne passe pas aux actes.

     Nous avons tous besoin de nous ouvrir davantage à l’Évangile, au message et à la personne de Jésus : une opération de conversion et de dépassement jamais terminée. Du même souffle de l’Esprit, nous avons tous besoin de nous ouvrir à la culture moderne, d’y déceler les signes des temps et d’y accueillir les appels à l’engagement et à la transformation du monde : une opération de discernement qui exige convictions et sens critique. Au nom de notre baptême qui nous libère dans l’Esprit, nous avons encore besoin de nous ouvrir, sans nous lasser, à nos frères et sœurs qui, au cœur de cette société post-moderne, cherchent du sens à leur propre existence et peinent valeureusement et non sans inquiétude pour léguer meilleur monde à leurs enfants : une opération de dialogue et d’immersion dans l’humilité.

GABRIEL GINGRAS
Charny

 

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