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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 115 (2006). |
Ouvre-toi 10 septembre 2006 « Jésus [ ] alla en plein territoire de la Décapole [ ]. On lui amène un sourd-muet et on le prie de poser la main sur lui [ ]. Jésus lui dit : Effata!, cest-à-dire : Ouvre-toi. » (v. 31, 33-34) Cet événement de la guérison dun sourd-muet se passe dans un pays franchement païen, où il ny a pratiquement pas de juifs croyants. Marc note ce détail de lieu, alors quil ne se soucie pas didentifier ni le malade ni ceux qui lamènent à Jésus. En effet, ce récit est construit pour centrer lattention uniquement sur les faits et gestes de Jésus. La merveille de guérison saccomplit à travers des touchers et une parole : « Ouvre-toi. » Comment ne pas faire des liens avec les rites sacramentels que lÉglise accomplit à la suite de Jésus? Et plus particulièrement, comment ne pas évoquer le baptême dont le rituel a conservé longtemps la parole « Effata » qui libère. Cest par la grâce de Dieu que le baptisé est guéri de sa surdité à écouter les appels de Dieu et de sa difficulté à exprimer sa foi et son engagement. Puisque le baptême fait des chrétiens des êtres libres dans le Christ, ceux-ci doivent développer laudace dune parole courageuse malgré lair du temps, souvent peu favorable aux expressions interpellantes. Une parole libérée au nom du Christ guérisseur salimente à la fois à lécoute de la Parole de Dieu et à lécoute des appels et des cris des hommes et des femmes de ce temps. Les chrétiens et chrétiennes se sentent souvent en territoire de Décapole, étrangers dans la culture et les valeurs de la société où ils vivent. Ils peuvent avoir la tentation de sisoler, de se replier sur leurs positions et sur leurs certitudes. Ils deviennent plus ou moins marginaux, sinon exclus. Pourquoi, à la suite de Jésus, ne pourraient-ils pas faire des merveilles? Ne sont-ils pas invités à souvrir aux misères qui les entourent, comme aux grandeurs quils côtoient? Ne sont-ils pas invités à souvrir à la parole qui interpelle, à la solidarité qui dérange, au partage qui fait vivre? Faire preuve douverture dans le pluralisme idéologique de notre temps, cest se questionner, vivre lincertitude, accueillir la différence et cultiver le doute dans la recherche de la vérité ajustée au réel. Des déclarations récentes de prêtres et de religieux nous ont démontré que louverture souhaitée nest pas toujours facile à pratiquer à lintérieur de lÉglise. Tant chez les évêques que chez les fidèles, établir un véritable dialogue, sans disqualifier la dissidence ou les critiques décourageantes, semble un exercice pour le moins ardu, sinon impossible. Mais comment la parole officielle de lÉglise ainsi que les multiples prises de parole des disciples de Jésus pourront être libératrices si elles ne peuvent pas être en recherche de vérité dans le dialogue et même la confrontation? Souvrir à la culture actuelle, entendre les cris dangoisse et de souffrance de tant dhommes et de femmes qui trouvent difficilement leur place dans une institution ecclésiale si peu habituée au dialogue est une urgence pour notre Église. Déjà trop de « justes » se sentent exclus et nont que faire dun discours de compassion qui ne passe pas aux actes. Nous avons tous besoin de nous ouvrir davantage à lÉvangile, au message et à la personne de Jésus : une opération de conversion et de dépassement jamais terminée. Du même souffle de lEsprit, nous avons tous besoin de nous ouvrir à la culture moderne, dy déceler les signes des temps et dy accueillir les appels à lengagement et à la transformation du monde : une opération de discernement qui exige convictions et sens critique. Au nom de notre baptême qui nous libère dans lEsprit, nous avons encore besoin de nous ouvrir, sans nous lasser, à nos frères et surs qui, au cur de cette société post-moderne, cherchent du sens à leur propre existence et peinent valeureusement et non sans inquiétude pour léguer meilleur monde à leurs enfants : une opération de dialogue et dimmersion dans lhumilité. GABRIEL GINGRAS |
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