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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 115 (2006).

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Dieu! que nous pourrions être bien…

3 septembre 2006
Année B : 22e dimanche du temps ordinaire
Marc 7, 1-8.14-15.21-23

 « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » (v. 6)

Dieu! que nous pourrions être bien, si nous ne laissions pas les fondamentalistes contrôler nos vies et se servir de l’Écriture comme tampon pour justifier leurs entreprises. Pensez-y. Dans nos Églises, par exemple, nous nous préoccuperions de ce que dit Marc : « Vous écartez l’Écriture du revers de la main, mais vous vous prenez très au sérieux. » (v. 8)

     Que dit l’Écriture? Quelques textes sont ici offerts à titre d’exemples; ici ou là, ils ont été transposés dans notre culture, au lieu d’être simplement traduits.
Dieu! que nous pourrions être bien si nous vivions ceci :

     Il n’y a plus de chrétien ni de musulman.

     Il n’y a plus d’exploiteur ni d’exploité.

     Il n’y a plus de mâle ni de femelle.

     Car le Christ Jésus a fait de vous un être unique. (Galates 3, 28)

     Parole magnifique, qui donne le vertige. Paul ne cherche pas à remplacer le réel par une parole utopique. Il connaît très bien l’étendue des fossés sexuels, sociaux, économiques, culturels ou religieux, qui divisent sa société. Mais il veut faire porter le regard sur une réalité encore plus profonde, celle de l’unité créée par la façon de voir du Christ insérée chez tout être humain qu’il interpelle. Quiconque partage cette lecture de la vie ne peut plus dire à l’autre :

     Puisque tu fais partie d’un autre groupe, tu n’as pas vraiment accès à Dieu.

     Puisque tu es pauvre, tu n’as pas le droit à ton pétrole ou à ton eau.

     Puisque tu es une femme, tu ne peux aspirer à diriger ma communauté.

     L’Écriture a comme effet de déraciner ce qui nous fait mal.

     Dieu! que nous pourrions être bien si nous vivions aussi ceci :

     Vous n’avez pas besoin qu’on vous dise quoi faire. Il y a en vous le souffle du Christ, laissez-vous donc diriger par lui. (1 Jean 2, 27)

     Méfiez-vous de ceux qui, au jour du Jugement, seront écartés parce que leur seul titre de gloire aura été d’avoir célébré l’eucharistie. (Luc 13, 26-27)

     Des dirigeants, il en faut. Mais, d’ordinaire, quand elle en parle, l’Écriture les garde à distance. Marc, par exemple, est d’une dureté extrême contre les Douze, qui ne comprennent pas grand-chose à Jésus (8, 14-21.33). Dans la première lettre aux Corinthiens (12, 28), quand il établit la liste des charismes importants pour une communauté, Paul situe les gouvernants en avant-dernière place, juste avant celle du parler en langues, pour qui il n’a pas beaucoup d’estime. Quant à Matthieu, qui leur consacre son chapitre 18, il leur demande de viser la dernière place, celle de l’enfant, être alors sans droit et dont la parole ne compte pas. Selon cette façon de voir les choses, les dirigeants seraient bien mal avisés de dire aux membres de leur communauté :

     Écoutez-nous, car nous savons ce qui est bon pour vous.

     Pauvres de vous, qui êtes privés du Christ quand nous ne sommes pas là.

     Nous aimerions bien vous écouter, mais le Christ nous l’interdit.

     Jésus, d’ailleurs, ne s’est jamais inclus dans le groupe des Douze, destiné à gouverner le peuple dans le Règne de Dieu (Mt 19, 28). Il ne se voyait pas comme un dirigeant.

     Dieu! que nous pourrions être bien si nous vivions encore ceci :

     C’est pour vivre libre que vous avez été libérés. (Ga 5,1)

     La liberté est insécurisante, elle rend celles et ceux qui en vivent responsables de leurs actes. Par contre, vivre selon les règles est rassurant, chacun et chaque chose sont à leur place. Et ça rapporte :

     Je te donne tout, avait dit le Procureur à Jésus, si tu t’abandonnes à moi. (Mt 4, 9)

     Mais ce n’est pas bien pour l’être humain que de vivre en esclave.

     Dieu! que nous pourrions être bien si nous nous permettions d’écouter ce que dit l’Écriture.

ANDRÉ MYRE
Montréal

 

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