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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 115 (2006). |
Dieu! que nous pourrions être bien 3 septembre 2006 « Ce peuple mhonore des lèvres, mais son cur est loin de moi. » (v. 6) Dieu! que nous pourrions être bien, si nous ne laissions pas les fondamentalistes contrôler nos vies et se servir de lÉcriture comme tampon pour justifier leurs entreprises. Pensez-y. Dans nos Églises, par exemple, nous nous préoccuperions de ce que dit Marc : « Vous écartez lÉcriture du revers de la main, mais vous vous prenez très au sérieux. » (v. 8) Que dit lÉcriture? Quelques
textes sont ici offerts à titre dexemples; ici ou là,
ils ont été transposés dans notre culture, au lieu
dêtre simplement traduits. Il ny a plus de chrétien ni de musulman. Il ny a plus dexploiteur ni dexploité. Il ny a plus de mâle ni de femelle. Car le Christ Jésus a fait de vous un être unique. (Galates 3, 28) Parole magnifique, qui donne le vertige. Paul ne cherche pas à remplacer le réel par une parole utopique. Il connaît très bien létendue des fossés sexuels, sociaux, économiques, culturels ou religieux, qui divisent sa société. Mais il veut faire porter le regard sur une réalité encore plus profonde, celle de lunité créée par la façon de voir du Christ insérée chez tout être humain quil interpelle. Quiconque partage cette lecture de la vie ne peut plus dire à lautre : Puisque tu fais partie dun autre groupe, tu nas pas vraiment accès à Dieu. Puisque tu es pauvre, tu nas pas le droit à ton pétrole ou à ton eau. Puisque tu es une femme, tu ne peux aspirer à diriger ma communauté. LÉcriture a comme effet de déraciner ce qui nous fait mal. Dieu! que nous pourrions être bien si nous vivions aussi ceci : Vous navez pas besoin quon vous dise quoi faire. Il y a en vous le souffle du Christ, laissez-vous donc diriger par lui. (1 Jean 2, 27) Méfiez-vous de ceux qui, au jour du Jugement, seront écartés parce que leur seul titre de gloire aura été davoir célébré leucharistie. (Luc 13, 26-27) Des dirigeants, il en faut. Mais, dordinaire, quand elle en parle, lÉcriture les garde à distance. Marc, par exemple, est dune dureté extrême contre les Douze, qui ne comprennent pas grand-chose à Jésus (8, 14-21.33). Dans la première lettre aux Corinthiens (12, 28), quand il établit la liste des charismes importants pour une communauté, Paul situe les gouvernants en avant-dernière place, juste avant celle du parler en langues, pour qui il na pas beaucoup destime. Quant à Matthieu, qui leur consacre son chapitre 18, il leur demande de viser la dernière place, celle de lenfant, être alors sans droit et dont la parole ne compte pas. Selon cette façon de voir les choses, les dirigeants seraient bien mal avisés de dire aux membres de leur communauté : Écoutez-nous, car nous savons ce qui est bon pour vous. Pauvres de vous, qui êtes privés du Christ quand nous ne sommes pas là. Nous aimerions bien vous écouter, mais le Christ nous linterdit. Jésus, dailleurs, ne sest jamais inclus dans le groupe des Douze, destiné à gouverner le peuple dans le Règne de Dieu (Mt 19, 28). Il ne se voyait pas comme un dirigeant. Dieu! que nous pourrions être bien si nous vivions encore ceci : Cest pour vivre libre que vous avez été libérés. (Ga 5,1) La liberté est insécurisante, elle rend celles et ceux qui en vivent responsables de leurs actes. Par contre, vivre selon les règles est rassurant, chacun et chaque chose sont à leur place. Et ça rapporte : Je te donne tout, avait dit le Procureur à Jésus, si tu tabandonnes à moi. (Mt 4, 9) Mais ce nest pas bien pour lêtre humain que de vivre en esclave. Dieu! que nous pourrions être bien si nous nous permettions découter ce que dit lÉcriture. ANDRÉ MYRE |
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