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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 115 (2006).

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Celui qui donne

30 juillet 2006
Année B : 17e dimanche du temps ordinaire
Jean 6, 1-15

 « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons. » (v. 9)

Un jour, après avoir traversé le lac de Tibériade, Jésus, assis sur une montagne avec ses disciples, donna à manger à la foule qui était venue vers lui. Jean nous dit que ce fut là un signe opéré par Jésus, le signe des pains multipliés. Lisons ce récit dans la perspective même que Jean lui donne : un signe. Mais un signe de qui ou de quoi?

     Dans une première approche, on ne peut manquer de voir que Jésus est au centre de ce récit, qu’il en occupe même presque tout l’espace. C’est lui qui prend l’initiative : il voit la foule, il veut soulager sa faim, il interroge les disciples, les provoque à agir. Surtout, il donne : du pain pour la foule, des consignes et des ministères aux disciples. Il donne dans un geste rassembleur. Ainsi se découvre un double signe : celui du don qui rassemble, et celui de qui est Jésus. Le pain donné gratuitement et en surabondance semble moins ici, comme chez les autres évangélistes, un geste de compassion pour une foule démunie. C’est plutôt un signe révélateur de qui est Jésus : celui qui reprend les gestes des anciens prophètes, qui accomplit les promesses d’autrefois. Il est le véritable envoyé du Père ayant autorité pour sauver et libérer. Cette autorité se manifeste dans un geste qui peut sembler de puissance mais qui est avant tout de service. Et ce geste est rassembleur. D’une foule, il fait un peuple de disciples, même si il y a ici un malentendu. On ne devient pas disciple de Jésus parce qu’il donne le pain terrestre, le bien de ce monde, mais parce qu’il est reconnu comme Fils de Dieu. Rassembleur, le geste l’est aussi dans l’attitude qu’il provoque chez ses premiers disciples, les plus intimes. Il les amène à constater les besoins de la foule, à proposer des réponses, même inadéquates, à ces besoins. Ce sont eux encore, les disciples, qui sont chargés de distribuer le pain et de ramasser les restes de ce repas improvisé. Ils seront les continuateurs de ses dons et de ses appels au rassemblement : il leur donne mission : « Pour que rien ne soit perdu. » Pas étonnant que l’on ait vu en ce récit un signe de l’Eucharistie. Bien des traits du récit oriente en ce sens : « Il prit les pains, il rendit grâce, il distribua le pain aux convives. » C’est le pain donné, qui est signe du don même de la personne du Christ; qui rassemble en Église.

     Jésus est au centre de ce récit du signe du pain multiplié, comme il est au centre de nos vies. C’est lui toujours qui prend l’initiative. C’est lui qui éveille aux besoins et aux désirs. C’est lui qui donne consignes et mission. C’est lui qui rassemble pour la continuation de son œuvre et de sa personne. Et tout cela il nous le fait découvrir, quand nous allons au-delà du signe vers la découverte du signifié, dans un geste de service. Mais ne reprenons pas le malentendu de la foule. Jésus n’est pas le pourvoyeur pour nos besoins. Il est celui qui attire nos regards vers des besoins et des faims plus profonds. Il est la Parole qui donne sens. Il est celui qui pose les gestes libérateurs. Bien loin de n’être qu’un prophète et même un Messie qui pourrait être reconnu comme roi, il est avant tout la présence continue de Dieu en notre monde et en nos esprits. Présence de Dieu aussi dans la répétition de ses gestes qu’il nous confie, dans le rassemblement d’un repas d’action de grâce partagé entre tous. Il est celui qui ne veut pas être adoré comme un personnage sacré, respecté comme un roi puissant, mais plutôt celui qui enseigne le don et l’accueil du don.

     Si on cherche, en ce récit, une indication sur une attitude vraiment chrétienne à adopter pour marquer notre engagement à la suite du Maître, on peut la trouver dans la réponse des disciples, comme on peut la trouver chez un personnage bien secondaire en cette geste du pain multiplié. Ce jeune garçon qui était là avec cinq pains d’orge et deux poissons. Il a apporté des pains d’orge, la nourriture des pauvres, et il les remet à Jésus. Il n’a presque rien, mais ce presque rien, Jésus le reçoit et en fait un repas pour un grand nombre. Nous avons peu à offrir nous aussi, mais ce peu est le signe de notre effort et de notre contribution à la suite du monde. En toute confiance, nous nous en remettons à Jésus, nous venons à son rassemblement. Comme lui, nous acceptons de servir en ce repas qu’il offre et donne à tous. Le signe du pain, c’est aussi pour nous un appel à participer à son geste de donner et de rassembler.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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