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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 115 (2006). |
Comment montrer le nord ? 23 juillet 2006 « Après leur première mission, les apôtres se réunissent auprès de Jésus [ ] » (v. 30) On rapportait récemment quune femme musulmane, élue députée aux élections législatives palestiniennes, défendait la polygamie. Selon elle, lamour est fait de sacrifices, et son sacrifice à elle est de partager son mari avec une autre femme si jeune quelle pourrait être sa fille. Beaucoup dentre nous pouvons être abasourdis devant une telle vision de lamour et de telles pratiques. Par contre, chez nous, à lautre bout du spectre, on trouve le club des échangistes où des gens, libres de toutes contraintes, cherchent à donner un peu de piquant à leur vie de couple. Comment donner une direction vraiment libératrice à sa vie? Cest dans ce contexte que jentends lévangile de ce jour : « Jésus vit une foule immense, et fut pris de compassion pour toutes ces gens qui étaient comme des brebis privées dun berger; alors il commença à leur enseigner beaucoup de choses. » Cette parole que nous venons de citer se situe dans un contexte où Jésus a envoyé ses disciples en mission, où il les a invités à prêcher et à guérir les gens. Être envoyé en mission, cest être appelé à donner, tant sur le plan de lesprit que sur le plan physique. Mais que signifie exactement donner? Comment peut-on donner? Comment peut-on enseigner à des gens qui sont déroutés et qui sont en recherche, qui ont soif damour et de lumière? Regardons de plus près notre récit. Les apôtres qui avaient été envoyés en mission se regroupent autour de Jésus. Que fait donc celui-ci? Il leur dit : « Vous autres, venez et retirez-vous dans un endroit désert, reposez-vous un peu. » Cest ainsi quils vont sisoler pour se retrouver entre eux. Pourquoi? La réponse est simple : on ne peut se donner que si on a pris dabord le temps de se trouver soi-même. La symbolique de la barque et du lieu désert nous renvoie à notre propre cheminement, à ce long voyage où nous avons accepté dentrer en nous-mêmes, à la découverte de qui nous sommes vraiment. On ne peut amorcer ce voyage sans nous « reposer », cest-à-dire sans prendre ses distances par rapport à ce monde qui nous assaille, qui nous dit : « Va à droite, va à gauche! » Ce monde qui nous assaille inclut tant les interdits religieux que les idées à la mode. Ce long voyage vers soi-même est essentiel, car on ne peut donner ce quon na pas, on ne peut montrer le nord si on ne la pas soi-même trouvé pour soi-même. Si on naccepte pas ce voyage, on ne fera que répéter notre surmoi individuel, familial ou collectif, on ne véhiculera sans arrêt que des principes rigides ou des idées du jour. On pourra endoctriner ou culpabiliser, sans jamais vraiment libérer qui que ce soit. Notre récit ne présente pas ce voyage comme un voyage seul, mais un voyage avec dautres, autour de Jésus, celui qui se présente comme le bon berger. La fraternité, la chaleur et le soutien des autres sont essentiels dans ce voyage. Jai besoin de leurs yeux, jai besoin de leur écho, jai besoin de leur patience comme jai besoin de leur tendresse. Comme chrétien, jai aussi besoin de savoir que jai été précédé par quelquun qui a cheminé pendant plus de trente ans dans son patelin de Galilée avant de prendre publiquement la parole, et que ce Jésus de Nazareth maccompagne désormais. Que se passe-t-il dans ce lieu désert où Jésus a conduit ses apôtres? Cest là quils retrouvent la foule. Quand jai pu prendre la route de mon être et ai décidé daller jusquau bout, je suis capable de rencontrer les autres, je suis capable de les voir et de comprendre profondément ce quils vivent : « Jésus vit une foule immense, dit lÉvangile, et fut pris de compassion. » Quand jai pu apprivoiser mon identité, quand je peux dire où est le nord pour moi, je suis en mesure de guider les autres : « Jésus, nous dit lÉvangile, se mit à enseigner longuement ces gens qui étaient comme des brebis sans berger. » Quand jai pu me trouver, je peux donner : cest ainsi que notre récit est suivi de cette scène où Jésus et ses apôtres nourrissent cinq milles personnes. Dans mon milieu de travail, je retrouve des musulmans aussi bien que des bouddhistes, des chrétiens, pratiquants comme non-pratiquants. Je suis appelé à les aider à trouver leur propre nord, selon le lieu où ils se trouvent. Cependant, au point de départ, je dois trouver un lieu où je peux plonger mes racines, que ce soit la vie de couple ou ma communauté. Suis-je capable de trouver un tel lieu? ANDRÉ GILBERT |
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