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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 114 (2006). |
Pauvre Amos 16 juillet 2006 « Je nétais pas prophète, ni fils de prophète; jétais bouvier et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur ma saisi quand jétais derrière le troupeau et cest lui qui ma dit : Va, tu seras prophète pour mon peuple dIsraël. » (v. 14 et 15) Pauvre Amos! Rien ne le prédestinait à sa mission. Il est choisi par Dieu, alors quil menait une vie bien simple avec son bétail et ses sycomores. Ses études en théologie étaient assez sommaires, même sil est instruit et éveillé intellectuellement. Dieu lenvoie en mission là où il ne sattendait jamais daller et où, de toute évidence, il nétait absolument pas désiré. Il semble bien que le bureau des ressources humaines de Béthel ne recommandait pas quon lui délivre un mandat pastoral! Mais voilà, cest Dieu qui la choisi et envoyé. Cest Dieu qui la saisi derrière son troupeau. Dautres traductions bibliques utilisent des expressions synonymes qui traduisent également la force subite de lappel aussi inattendu quétonnant : « Yahvé ma sorti derrière le troupeau; Dieu ma pris; Dieu ma tiré derrière le troupeau. » En raison de cette initiative de Dieu, Amos se découvre des capacités insoupçonnées. Par la force divine il trouve le courage et la passion pour remplir sa fonction de prophète, malgré lhostilité du prêtre de Béthel qui napprécie pas du tout la compétition ni la teneur du message dérangeant du prophète. En effet, Amos se montre intraitable envers les puissants et les riches qui ignorent les besoins du peuple. Mais encore, il dénonce le culte religieux dont les cérémonials fastueux nont pour lui peu de sens. Envers et contre le pouvoir religieux de son temps, le prophète annonce un Dieu de justice pour tous les peuples, sans oublier que Dieu choisit son peuple dIsraël pour annoncer cette justice à toutes les nations. Or, Israël est divisé entre deux royaumes. Amos, le campagnard de Judée, est tout à fait malvenu de se retrouver dans le royaume du Nord au sanctuaire de Béthel, pour annoncer la fidélité de lunique Dieu. Pauvre Amos : le prophète malgré lui; létranger qui ose sermonner dans le royaume voisin! Est-il exagéré de penser que lÉglise de notre temps a encore besoin de prophètes qui, tel Amos, ont le verbe haut et laudace du politiquement incorrect? Comme les disciples envoyés en mission à la suite de Jésus, lÉglise est envoyée dans le monde et pour le monde. Nous appartenons à une Église toute entière envoyée aux autres sans restrictions de temps et de lieux. Parfois, peut-être ressemblons-nous aux fervents de Béthel peu enclins à nous laisser déranger par des influences étrangères. La culture daujourdhui, ouverte sur lunivers entier, nous interpelle dans nos sanctuaires où nous risquons détouffer avec nos certitudes. Linterculturel commande le dialogue interreligieux et non lexclusion de la dissidence dans lintransigeance doctrinale. Nous avons besoin dhommes et de femmes « saisis par Dieu » pour nous bousculer dans le confort de nos traditions, de nos habitudes, pour nous ouvrir aux besoins des plus pauvres et des laissés pour compte, pour remettre en question nos conceptions dÉglise pompeuse et triomphaliste. Et sils étaient déjà parmi nous, sans que nous les reconnaissions. Nombreux, en effet, sont les gens qui ont pris leur distance avec une Église qui leur semble insensible à la dure réalité des individus et des familles. Nombreux sont les gens qui ont quitté, sur la pointe des pieds, sans faire déclats, une Église dans laquelle leurs espoirs de solidarités humaines et de justice sociale étaient épousés uniquement dans les déclarations officielles. Nombreux sont les gens, qui aujourdhui, de lintérieur de lÉglise, sont inquiets des mesures contrôlantes et centralisatrices de leur institution. Avant quil ne soit trop tard, que se livrent les Amos de notre temps. GABRIEL GINGRAS |
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