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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 114 (2006).

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Le désarroi « salvifique » de Paul

9 juillet 2006
Année B : 14e dimanche du temps ordinaire
2 Corinthiens 12, 7-10

 « … Pour m’éviter tout orgueil, il a été mis une écharde dans ma chair. » (v. 7)

D’un point de vue existentiel, la compréhension du message de Paul est directement influencée par notre état général au moment de recevoir ce qui est dit. Voici pourquoi : l’expérience de Paul est hautement révélatrice pour toutes les personnes qui doivent assumer une limite physique ou morale. En effet, le jour où se confirme le verdict d’une maladie ou d’un handicap, quel qu’il soit et où qu’il soit dans notre être, c’est l’ensemble de notre vie qui s’en trouve chaviré. La perspective de vivre pour toujours de nouvelles limites suscite de la colère et du désarroi. Pourquoi moi? Qu’est-ce que j’ai fait pour être confronté à une pareille chronicité qui afflige toute mon existence? Comment pourrais-je arriver à reconstruire un sens à ma vie avec ce carcan qui m’opprime?

     Pour ressentir l’ampleur de la souffrance de Paul, il faut vivre jusque dans les moindres replis de son être ce que peut vouloir signifier « cette écharde dans la chair » dont la gravité ne peut être niée. Il est si facile pour « les gens bien intentionnés » de dire que ce n’est pas si grave, qu’il faut prendre sur soi et être courageux, qu’il ne faut pas se laisser abattre, que « ça » va passer et qu’il faut surmonter ce qui nous ronge.

     Le cheminement de Paul peut devenir une source d’espoir pour les écorchés de cette terre. Il reconnaît que son état l’oblige à ne pas s’enorgueillir de ce qui lui arrive d’extraordinaire par ailleurs. L’écharde dans sa chair le ramène brutalement au fait qu’il demeure un être humain avec ses failles et ses faiblesses. Mais cette écharde ne le prive pas de vivre des moments uniques et d’une très haute importance pour sa démarche de croyant.

     Pourtant, il doit demeurer sage, autrement dit, il doit conserver une attitude et surtout une confiance qui l’empêchent de sombrer dans l’autosuffisance. L’orgueil est un état intérieur qui est très mauvais conseiller. De plus, il serait tentant pour Paul de demeurer dans une colère profonde et nocive. Pourtant, dans sa démarche et son cheminement, il comprend que cette écharde est un lieu de grâce d’où peut émerger une pédagogie libératrice.

     L’affirmation de Paul selon laquelle il ressent dans sa faiblesse la présence d’une force particulière (v. 10) est d’une très haute importance. Cette affirmation va à l’encontre de ce qui est vécu et reconnu en général. N’est-ce pas dans la force et l’éclat que se bâtissent socialement une réputation et une reconnaissance? N’est-ce pas ce qui est valorisé en gage de réussite et de succès? Combien de fois avons-nous été témoins de la mise à l’écart du plus faible, du malade, de celui qui ne peut plus soutenir la course des bien-portants!

     C’est tout le contraire qui est en jeu dans l’expérience de Paul. Bien que celui-ci souhaite vivement être libéré de ce qui l’afflige, la réalité est toute autre. Il doit accepter de vivre avec, et non malgré, cette limite qui l’agresse. De plus, son cheminement ne s’arrête pas là! Il poursuit sa route au lieu de se replier sur lui-même. Il découvre alors un sens salvifique à un aspect de son existence qui autrement le conduirait peut-être au plus profond désespoir. Il approfondit sa foi et prend conscience que son désir de guérison ne sera pas exaucé. Cette écharde fait maintenant partie intégrante de sa vie de croyant. Paul découvre ainsi que la grâce du Seigneur lui suffit.

     Celui en qui Paul croit n’est pas subordonné à ses désirs, aussi légitimes soient-ils. Qui ne souhaite pas que soit extirpée l’écharde de sa chair? Celui en qui Paul confesse sa foi demeure présent dans le plus secret et le plus difficile. Le Seigneur auquel Paul fait référence n’est pas un magicien à la disposition de notre volonté d’obtenir et de contrôler. Paul fait confiance en Celui qui englobe totalement la réalité humaine en lui faisant don de sa grâce pour assumer le plus austère et le plus déroutant de notre passage sur terre.

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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