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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 114 (2006). |
Une énergie stupéfiante contre le destin 2 juillet 2006 « Aussitôt Jésus se rendit compte quune force était sortie de lui. » (v. 30) Jai été bouleversé récemment en lisant le témoignage denseignantes dans un lycée en banlieue de Paris. Ce témoignage ressemblait à celui déducateurs dans certaines écoles publiques en milieux défavorisés. Ils se font violenter. Cest à peine si, sur une heure de classe, on peut enseigner 15 minutes. Aller enseigner, cest entrer dans une cage aux lions. On ne se surprend pas du nombre de congés pour dépression. En même temps, ce qui me surprend, cest quon veuille continuer à enseigner. Pourquoi? Il y a bien sûr le salaire. Mais ny aurait-il pas plus, ny aurait-il pas quelque chose qui ressemble à ce quon trouve dans lévangile de ce jour? Cet évangile présente deux récits imbriqués. Celui de la femme qui avait des pertes de sang est le plus important et explique tout le reste. Elle se bat férocement depuis douze ans pour recouvrer la santé, au point dy laisser tous ses revenus. Ce désir de vivre, ce refus dune vie diminuée est tellement puissant quil lamène à surmonter sa peur et à entrer en relation avec Jésus en perçant le mur créé par la foule. Lévangéliste nous dit que Jésus sentit quune énergie stupéfiante est sortie de lui. Le texte grec parle de dunamis qui a donné notre mot dynamisme, que les bibles traduisent par force ou puissance, ou parfois miracle, mot que je préfère traduire par énergie stupéfiante. Pour cette femme, ce fut sa deuxième naissance, une naissance quelle a choisie elle-même, une naissance quelle a préparée. Parler dénergie est une manière de parler de la foi. Et cest sous cet éclairage quil faut voir le second récit, celui de Jaïre. La façon dont Marc nous fait ce récit et les symboles quil utilise montre clairement quil est en train de décrire la situation du croyant. Car la maison dans laquelle entre Jésus cest lÉglise, où il est accompagné par les piliers de la foi que sont Pierre, Jacques et Jean ainsi que les membres de la famille immédiate. Cest cette foi qui porte lenfant. Les incroyants, ceux qui se moquent de Jésus, ne sont pas invités à entrer. Pour décrire dans le texte grec le geste de Jésus de prendre lenfant par la main pour la faire se lever, il se sert des mêmes mots que ceux utilisés pour parler de la résurrection. Enfin, sil demande de nourrir lenfant, cest quon passe à leucharistie qui suit le baptême. Par mon baptême, je suis passé de la mort à la vie, je suis ressuscité avec le Christ et jai maintenant part à la table des croyants avec lui. Mais la clé de ce récit comme du premier est le même : cest lénergie stupéfiante générée par la foi, la mienne ou celle des autres, qui permet de passer dun univers de mort à une vie pleine. Ce qui fait le plus de tort à un être humain, cest cette perception de la réalité que les gens appellent : destin. Jentends encore des gens dire autour du cercueil de ma belle-sur morte du cancer à 33 ans : « Cétait sa destinée. » Mais non. Croire quune destinée quelconque mène notre vie, croire quune situation diminuée est normale ne peut être quun chemin de mort. Or, il faut lénergie stupéfiante de la foi pour lutter contre cette idée dun destin. Car la réalité quotidienne, comme celles des enseignants décrits plus haut, est si complexe, si difficile à certaines heures et parfois si effrayante, que seule la foi permet de laisser parler lénergie vitale qui nous habite, seule la foi permet de laisser monter les désirs profonds que nous portons, seule la foi permet despérer le soleil sur lautre versant de la montagne. La foi brise la logique du destin. Dans le film sur Tina Turner, chanteuse noire américaine, battue et violentée pendant plusieurs années par son mari, on peut voir cette scène où avec un sérénité déconcertante elle résiste enfin aux menaces de son ex-conjoint revolver en main. Grâce aux conseils et à laide dune amie, elle est entrée en quelque sorte dans le monde de la foi, elle est née à elle-même. Pour Tina Turner, le bouddhisme a été son chemin vers la foi. Pour les éducateurs de milieux défavorisés, divers chemins les ont aidés à trouver cette énergie étonnante. Pour la femme avec des écoulements de sang, pour Jaïre, pour moi, pour vous sans doute, cest dans ce contact avec Jésus passé de la mort à la vie que nous lavons trouvée. Quest-ce qui nous empêche daller jusquau bout de cette formidable force? ANDRÉ GILBERT |
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