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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 114 (2006). |
Passer de la peur à la confiance 25 juin 2006 « Pourquoi avez-vous si peur? Vous navez pas encore de foi? » (v. 40) Chacun de nous passe à travers des temps de crise personnelle, habituellement liés à une transition dans notre vie. Mes certitudes sécroulent, mon image de moi-même ne tient plus, la confusion et la peur sinstallent. Où cela me conduira-t-il? Et suis-je quelque part? Entre la perte de mon sol familier et larrivée sur une nouvelle terre plus solide, je vis le temps du chaos intérieur. Puis, une semaine ou une année plus tard, le calme se fait et je découvre que ce passage douloureux, ce désert, a été comme une nouvelle naissance. Ainsi, ces crises et leurs passages sont cruciaux dans toute expérience spirituelle. Ils sont le matériau même de nos conversions et du mystère pascal au cur de nos existences. Mais les collectivités peuvent aussi vivre des crises et des passages : famille, groupe damis, réseau de gens engagés, communauté chrétienne, mouvement, comité dune paroisse, etc. Elles doivent affronter des temps déclatement des liens familiers et des repères rassurants qui leur donnaient une identité. La solidarité se défait, les convictions ne sont plus partagées, ou simplement le groupe ne sait plus qui il est, quelle est sa mission, ni où il sen va. La désorientation, quelle soit causée par des facteurs externes ou par une crise interne, nourrit la crainte et le groupe se sent menacé dans son existence même. Cest dune telle crise communautaire que Marc nous parle dans son récit de la tempête apaisée. La symbolique de la barque évoque la communauté des disciples avec son Maître Jésus. Ils sont ensemble et loin de la foule anonyme. Lenjeu de ce récit est donné clairement par Jésus : « Passons sur lautre rive. » Il sagit dun passage à vivre, comme groupe. Et ce passage sur une autre rive ne sera pas facile. Il est même assez terrifiant. La mer, dans la Bible, nest pas un lieu de loisir agréable ou un espace indifférent. Cest un lieu de dangers, rempli de forces hostiles. Sa symbolique évoque la mort et le mal. Ce nest pas par hasard que dans le livre de lApocalypse des cieux nouveaux et une terre nouvelle sont annoncés mais non une mer nouvelle : elle a disparu! Autre façon, dans la logique symbolique, dannoncer la victoire de la vie sur la mort. Au cur de la crise des disciples en barque se vit une expérience déchirante et profonde : le sentiment que le Christ les a abandonnés et quil est insensible à leur sort. Ils vont périr et ils se tournent vers Jésus endormi pour crier leur détresse avec vérité et véhémence, sans mettre de gants blancs. En ce temps extrême, Dieu est absent. La communauté va disparaître. La suite des événements transforme cette situation. Jésus est présent et agissant, malgré leur sentiment. Il agit envers la mer exactement comme il le fait avec des possédés, par une parole qui libère et apporte la paix. Quel est leffet de cette crise? Quel passage permet-elle de vivre? À la fin, les disciples sinterrogent sur Jésus; ils se posent une question vraie et nouvelle, qui peut transformer leur regard. Et Jésus lui-même indique le passage crucial : celui de la peur à la foi, à la confiance. Ainsi, le contraire de la foi, ici, nest pas le doute, lignorance ou lincroyance, mais la peur. Comme si la peur davancer vers lavenir, avec son inconnu, minait la foi dune communauté plus que tout. Comme si, pour aller plus loin, il nous fallait nous interroger à nouveau, avec étonnement et admiration, sur le mystère de Jésus. Comme si la réaction de panique et le sentiment que tout est fini, pour un groupe, risquaient de lengloutir vite. Mais ce récit montre aussi dautres dimensions des passages. En pleine détresse, les disciples ont crié vers Jésus, sans retenue. Comme si cette parole, dans son âpreté même, était nécessaire pour que la conscience de la présence de Jésus puisse à nouveau apparaître. Et au bout du voyage, les disciples arrivent finalement sur lautre rive, ce qui était lobjectif premier. Quelle est cette terre nouvelle qui les attend? Ils arrivent au pays des Géraséniens, en terre païenne. Ils ne sont plus dans leur monde familier, mais en un territoire autre, celui de la mission. Comme si la mission ne pouvait advenir sans un difficile passage par la désorientation, le sentiment de tout perdre, puis laccès à une foi plus profonde, plus confiante, celle-là même qui rend capables dêtre témoins. Les disciples sengageront plus tard dans cette mission chez les nations, non sans hésitation et crainte. Mais ils oseront prendre ce risque. Et nous, dans nos communautés, groupes, réseaux, quels passages sommes-nous appelés à vivre, pour quelle mission? DANIEL CADRIN |
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