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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 111 (2005). |
Jeûner ou ne pas jeûner 26 février 2006 « Tant quils ont lÉpoux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais un temps viendra où lépoux leur sera enlevé : ce jour-là ils jeûneront. » (v. 19-20) Il arrive souvent quau nom dune même foi, chrétiens et chrétiennes agissent différemment. Les uns se tourneront davantage vers Dieu dans laction de grâce; dautres en agissant à la manière de Jésus en faveur des pauvres, des déshérités, des exclus; dautre encore, en sadonnant à une ascèse pour appeler sa miséricorde et son pardon. On pourrait citer Irénée de Lyon : « La diversité des pratiques enracine lunité de la foi. » Marc fait apparaître des différences dans les pratiques de ceux et celles qui croyaient en Dieu au temps de Jésus. Alors que les disciples de Jean le baptiseur et ceux des pharisiens jeûnaient, les disciples de Jésus ne le faisaient pas. Pourtant tous croyaient en un même Dieu. En Israël, on sadonnait à cette pratique pénitentielle au jour des Expiations ou du Grand Pardon comme y obligeait le Lévitique (23, 29). Mais on ne se limitait pas obéir à cette ordonnance. On choisissait aussi de jeûner librement et en privé comme lindiquent Marc présentant le pharisien qui se glorifie au Temple parce quil jeûne deux fois la semaine (Marc 18, 12) ou encore Matthieu qui sen prend à la manière pharisaïque ostentatoire de jeûner (Matthieu 6, 16). Cette pratique du jeûne saccomplissait dans un contexte dattente de la venue du Messie et despérance de la rencontre du Sauveur. Mais voilà que Jésus étant parmi les siens appelle à une relation différente avec Dieu. Étant lui-même lAlliance entre Dieu et son peuple, il indique que cest le temps de la joie, de lallégresse, de la reconnaissance. Ce nest pas le temps de jeûner, mais plutôt de se réjouir et de fêter. Cest le temps de la noce (v. 19). Jésus ne condamne pas le jeûne. Bien au contraire, il lui redonne sens. Cest dans lattente et la préparation de son cur à la communion à lui et à son Père quil convient de jeûner. Cest pour obtenir de Dieu quil fasse advenir son règne souvent comparé à un festin de noces (Matthieu 22, 2) quon fait pénitence et quon jeûne. Or, Jésus étant là, le Règne de Dieu survient. On ne peut dès lors saccommoder dune même façon dentrer en relation avec Dieu. Cest bien là le sens des versets 21 et 22. À lécole de Pierre, Marc, qui écrit son Évangile pour les chrétiens de Rome autour des années 70, veut que ces anciens païens comprennent la distance que les premières communautés chrétiennes ont prise du judaïsme. Lattachement au Christ apporte une nouveauté radicale dans les liens qui unissent ses disciples à Dieu et aux frères et surs en humanité. Pour Marc, le message du Christ dépasse celui du judaïsme. Limage de la pièce détoffe neuve qui ne peut être posée sur un vieux vêtement (v. 21) et celle du vin nouveau qui ne peut être mis dans de vieilles outres (v. 22) lexpriment de manière métaphorique, mais clairement. Viendra un temps et nous y sommes où Jésus de Nazareth sera ravi aux siens. Il sera condamné, crucifié. Il retournera auprès du Père et, à nouveau, il faudra vivre dans lattente de sa venue en Seigneur de tout lunivers alors quil deviendra clair que « son règne naura pas de fin ». Le jeûne et la pénitence prennent place avec la prière, la joie, laction de grâce dans la vie des baptisés qui appellent cette venue. Moins perçu comme une pratique destinée à mortifier les pécheurs que nous sommes, le jeûne peut devenir une ascèse qui ouvre à lespérance et prépare à laccueil de celui qui vient. Il peut être une conduite qui ouvre au partage du pain, du temps, des biens de toutes sortes; il peut orienter à la compassion et au don de soi. Pour les chrétiens et chrétiennes du 21e siècle, pour lÉglise daujourdhui, la nouveauté de lÉvangile persiste. LEsprit Saint, celui-là même qui peut couvrir de chair les ossements desséchés (Ézéchiel 37), lhabite et la guide. Il peut faire éclater ce qui semble mort; faire advenir la communion où existent le rejet et la haine; faire exploser comme en un feu dartifice les moindres efforts humains qui rendent belle la vie. Il peut toujours conduire à une vie nouvelle de fidélité au Christ Seigneur; à une vie consciente de la présence et de lamour de Dieu pour lhumanité. DENISE LAMARCHE |
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