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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 111 (2005).

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Une journée bien remplie

5 février 2006
Année B : 5e dimanche du temps ordinaire
Marc 1, 29-39

 « Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades […]. » (v. 32)

     Jésus vient d’enseigner à la synagogue de Capharnaüm, un jour de sabbat. « Un enseignement nouveau, donné d’autorité », ont dit les auditeurs. Il a même commandé aux esprits impurs. Et, aussitôt, il se rend à la maison de Simon et guérit sa belle-mère. Le soir venu, après le coucher du soleil, il guérit beaucoup de malades et chasse beaucoup de démons. Une journée bien remplie! Est-ce que Marc veut nous donner, en un raccourci rapide, un exemple des journées de Jésus en tournée missionnaire, au tout début de son ministère public, alors qu’il vient d’appeler à sa suite ses premiers disciples? Jésus qui déploierait son activité en public — à la synagogue — , comme en privé — à la maison de Simon. Une alternance entre l’intérieur : à la synagogue et à la maison; et l’extérieur : à la porte de la maison. Et puis, comme un bref repos, la prière au lever du jour, avant de reprendre la route de la prédication et des guérisons, vers les bourgs voisins. Plus qu’un résumé d’action missionnaire; plus qu’un exemple de journée bien remplie. Un tableau saisissant qui fait voir qui est Jésus aux yeux des premiers témoins de sa mission. Il apparaît, par les guérisons opérées, par les exorcismes, comme un vainqueur : la figure même du Messie attendu. Mais Jésus, et c’est ce que Marc veut faire comprendre, est un Messie d’un autre type.

     Revenons à la guérison de la belle-mère de Simon. Cette femme est au lit avec la fièvre. Elle est à l’écart du monde et de la vie. Jésus s’approche, la prend par la main et la fait se lever. Remarquons une fois de plus que, dans le texte grec, le verbe employé pour dire qu’il la fait se lever est le même qui servira à dire que Jésus est ressuscité. Il prend l’initiative, il libère du mal, il rend une femme à la pleine vie : « La fièvre la quitta et elle les servait. » Entendons-nous bien sur ce service. Il ne s’agit pas de tâches ménagères, du service des hôtes. La femme peut à nouveau être au service du Seigneur en la personne de son Envoyé, comme une vivante. Voilà le Messie qu’est Jésus : il donne la vie, il est libérateur du mal et de la mort, il renouvelle la vie.

     Jésus ne veut pas que l’on parle de tout cela. Consigne bien mal observée, puisque Marc raconte à tous ce qui s’est passé. Jésus ne voulait pas que l’on se méprenne sur son messianisme avant que son heure soit venue. Et Marc est témoin de l’action de Jésus après cette heure. L’heure de la passion et de la croix où il serait désormais possible de comprendre tout le chemin parcouru. Il pourra alors être reconnu comme le serviteur souffrant qui assume tout de la vie humaine pour atteindre à sa pleine gloire, pour pouvoir étendre son action libératrice à tous ceux qui sauront le reconnaître comme l’Envoyé de Dieu : « Allons ailleurs, dans tous les bourgs voisins pour que j’y prêche, car c’est pour cela que je suis sorti. »

     Et la prière de Jésus au petit jour, en un lieu solitaire. Prière qui le resitue en présence du Père, en la pleine vérité de sa mission. Prière pour surmonter la tentation de pouvoir que pouvait lui valoir les succès d’une journée bien remplie. La tentation de tourner vers lui un service qui ne doit être adressé qu’à l’accomplissement du dessein de salut de Dieu. Prière en un lieu solitaire, comme aux premiers jours, avant le ministère public, au désert, de la tentation et du choix de Dieu.

     Oui vraiment, une journée bien remplie. Elle nous dit qui est Jésus. Elle nous dit le service de Dieu : service de la vie au plus profond de l’activité humaine, au plus profond des besoins de tout humain : la libération du mal et des maux, la vie renouvelée. Une journée qui en sa fin comme au commencement de la journée nouvelle insiste sur la place et la dimension d’une authentique prière. Il y a un temps pour la demande, et il y a un temps pour se resituer en présence du Seigneur. Une prière qui dit notre condition de serviteurs. Serviteurs des desseins de Dieu à travers le service des autres. Une prière qui empêche que l’activité, même missionnaire, se tourne à la seule satisfaction de soi-même. Une journée de Jésus remplie par l’enseignement, la libération, le service de la vie. Si nous pouvions faire qu’ainsi nos journées soient bien remplies!

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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