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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 110 (2005). |
On na jamais vu ça ! 29 janvier 2006 « Or, il y avait dans leur synagogue un homme, tourmenté par un esprit mauvais. » (v. 23) Une première fois, ça compte. On sen rappelle. Marc raconte le premier geste déclat de Jésus dans son évangile. Il avait plein de récits à sa disposition. Dans la pile, il aurait pu choisir nimporte lequel. Il a choisi celui-ci. Cétait important pour lui. Que cherchait-il donc à dire? Ça ne se passe pas nimporte où. La scène est située dans une assemblée, le jour du sabbat. La Galilée est quadrillée par des hommes du système, descendus de Jérusalem. Le pays de Jésus avait passé autour de six siècles, coupé de la capitale de la Judée, à vaquer à ses petites affaires, habité par une multitude de petites communautés qui vivaient tranquillement des traditions dont ils avaient hérité des ancêtres. Mais une couple de siècles auparavant, ils avaient été « libérés » par Jérusalem. La capitale, parce que capitale, savait ce quétait la vraie façon de vivre. Et elle méprisait ces paysans et pêcheurs du Nord qui avaient dautres cutumes, influencés quils avaient été par les païens des alentours. « Que peut-il sortir de bon de Nazareth? » Cette parole de Jean 1,46 résume bien lopinion que les autorités de Jérusalem se faisaient de la Galilée. Il fallait donc mettre tout ce beau monde au pas. Aussi, des nuées de scribes les rabbins, imams et curés du temps descendaient-elles en Galilée pour y instaurer les bonnes façons de faire. Ce fond de scène éclaire le récit de Marc. Dans lassistance, il se trouve un malade. Il souffre dun trouble psychique grave. Notez comment il passe du je au nous en sadressant à Jésus. Il sent, il perçoit une menace, il est déstabilisé, il se voit atteint par la tension qui existe, profonde, entre Jésus et les responsables de lassemblée. Hypersensible, il est le premier à exprimer le malaise des gens présents. Latmosphère est lourde. Sur quoi le conflit porte-t-il? Marc se donne lensemble de son évangile pour lexpliquer. Mais il en place ici les fondements en parlant de lenseignement de Jésus. Sauf quil en parle de façon paradoxale puisque en apparence du moins Jésus nenseigne pas dans le récit. La seule parole quil prononce vise la guérison, et elle est brutale. Pour en rendre la force, il faudrait traduire à peu près comme ceci : « Ta gueule! Décampe! » Assez particulier comme enseignement. Lessentiel de ce que Marc cherche à faire comprendre par son récit tient en ceci : Jésus enseigne en nenseignant pas. Ce nest pas ce quil dit qui compte, mais ce quil fait. Ce qui étonne les gens, une fois la guérison effectuée, ce quil y a de neuf dans son enseignement, cest que, comme ils le disent eux-mêmes, « il commande aux souffles impurs et ils lui obéissent »! ( v. 27). Létonnement des assistants rend bien compte de la compréhension que Marc se fait de lenseignement de Jésus. Ce nest pas que le Nazaréen parle avec autorité, mais quil fait des choses. Ce qui parle, ce ne sont pas ses mots, mais ses gestes. Son enseignement est à tirer de sa façon de faire. Au lieu de parler, il agit. Et les gens ne se laissent pas tromper. Ils navaient jamais vu ça! Les responsables de lassemblée, eux, enseignent les façons de faire de Jérusalem. Et cela heurte les Galiléens. Mais ils se contentent de soupirer, dendurer, de se plaindre, dattendre que ça change, que le système retombe sur ses pieds, que les grands comprennent, quils surprennent tout à coup le peuple par leur bon sens subit. Mais, évidemment, il ne se passe jamais rien, parce quil fait partie de la logique du système de chercher à durer tel quil est. Et voilà quarrive Jésus qui sans autorité, sans mandat, sans diplôme, sans venir de Jérusalem décide de prendre les choses en main et dy voir. Le malade ne constitue pas un cas isolé, il est la partie visible du malaise de la communauté. Celle-ci est déconstruite par le stress, limposition de coutumes étrangères, les taxes qui nont pas de bon sens, les pertes des terres et des bateaux aux mains de grands propriétaires installés ailleurs. Elle est malade dun souffle impur qui la mine de lintérieur. Et voilà quun vent de libération se met à souffler parce quun homme décide quassez, cest assez. Vous est-il déjà arrivé de voir ça? ANDRÉ MYRE |
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