url

photo

La Parole

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTRENOUVEAUTÉS

 

index

Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 110 (2005).

Site internet de Présence

Nos deuils, source de vocation

22 janvier 2006
Année B : 3e dimanche du temps ordinaire
Marc 1, 14-20

 « Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle […]. » (v. 14)

     Quand les historiens essaient de faire la lumière sur le cheminement de Jésus de Nazareth, ils arrivent à la conclusion que son cousin, Jean le Baptiste, a joué un rôle déterminant dans la découverte de sa vocation : c’est lui qui l’a éveillé par sa prédication à ce rêve d’humanité nouvelle qu’il portait et qui a été symbolisé par son baptême; il semble bien que, dans un premier temps, Jésus a été disciple de Jean Baptiste comme d’ailleurs André et Simon. Mais l’évangile de ce jour affirme quelque chose de plus : l’arrestation de Jean Baptiste, une véritable catastrophe, va l’amener à voler de ses propres ailes, à assumer désormais le rôle de leader et de maître. Voilà qu’un véritable deuil donne une tournure nouvelle à sa vocation.

     J’ai parlé de Jésus et de l’appel qu’il a senti au fond de lui, appel qui s’est modifié avec les événements. Mais j’aurais pu parler de chacun de nous. Dites-moi, qu’est-ce qui unifie votre vie et lui donne une direction? Dans ce qui fait la trame de votre vie, qu’est-ce que vous jugez comme plus important que les autres? Quelles sont vos priorités? Qu’est-ce qui habite vos désirs et vos rêves? Si vous pouvez répondre à ces questions, c’est que vous avez discerné en quelque sorte votre vocation. Pourtant, la réponse que vous apportez aujourd’hui ne sera peut-être pas celle que vous apporterez demain. Et vous pouvez vous rendre compte maintenant que certaines réponses que vous avez apportées dans le passé ne sont pas celles que vous apporteriez aujourd’hui.

     En premier lieu, qu’est-ce qu’un appel? Il y a une part très subjective impliquée dans la détermination d’un appel. Par exemple, dans le récit évangélique de Lazare et du riche, ce dernier n’a jamais vu Lazare ou n’a jamais voulu le voir, et donc ne s’est jamais senti « appelé » à quoi que ce soit envers lui. À l’inverse, qu’a fait le papa de Laurie, cette enfant morte de l’acidose lactique au Saguenay, ainsi que de Raphaël atteint de la même maladie? Avec l’appui de sa conjointe, il a fait le tour de la région en vélo, municipalité par municipalité, pour faire comprendre à la population la gravité de cette maladie typiquement régionale : après la mort de son enfant, il a perçu un appel à une mission.

     Permettez un exemple personnel. Je viens d’apprendre qu’une section de 22 informaticiens dont je viens de prendre la responsabilité est appelée à disparaître d’ici environ cinq ans. Bien sûr, comme nous sommes dans le milieu gouvernemental, une forme de sécurité existe. Mais j’aurai à gérer un immense changement, à accompagner des gens pour que la transition se fasse dans la plus grande dignité possible, à trouver des solutions pour que ce qui apparaît comme une mort devienne un lieu de croissance. J’ose voir dans cette situation qui me déchire un appel qui m’est lancé.

     Quel rapport avec l’Évangile? Pour moi, tout être humain fait partie du peuple de Dieu, ce peuple dont il est à la fois Père et Mère. Mais il y a plus. « Le temps est venu où le monde de Dieu se fait sentir : changez votre attitude et faites confiance à l’Évangile », dit Jésus. Voilà qui fait toute la différence. Jésus s’est lancé sur les routes de Galilée et a commencé à interpeller les gens quand il a interprété son désir de changer les choses comme le signe de son Père, et qu’il a cru que son Père l’accompagnerait jusqu’à la fin. C’est tout à fait la même chose pour chacun d’entre nous. Si je pose le même regard que celui de Jésus sur les appels lancés par les situations de ma vie, alors je m’embarque dans la même aventure que la sienne. Et je peux alors vaincre toutes mes peurs.

     Les appels ne sont pas tous de même niveau. Il y a une différence entre répondre à l’appel d’un voisin ou d’un ami lors d’un déménagement et celui suscité par l’amour d’un conjoint qui amène un couple à s’unir. André, Simon, Jacques et Jean ont quitté leur travail et leur famille pour suivre Jésus. Le fait de n’avoir pas hésité un moment ne fait qu’accentuer combien ils croyaient à l’importance de cet appel et avaient l’assurance de l’appui de Dieu. Tout repose dans notre façon de regarder les choses.

     Les derniers mois ont été marqués par le désastre de la Louisiane. Au cours de toutes ces morts et de tous ces naufragés, certains se sont levés, car ils se sont sentis interpellés. On ne connaîtra sans doute jamais leur nom. Mais ils ont pris la même route que celle de Jésus et en ont entraîné d’autres sur leur chemin. Que l’eucharistie de ce jour en rende grâce.

ANDRÉ GILBERT
Gatineau

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2005
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 • courriel:

www.cebl.org • 18 janvier 2006