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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 110 (2005). |
Retenir en son cur 1er janvier 2006 « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait en son cur. » (v. 19) Relisant cette page dévangile, le souvenir de Laurence contemplant son petit Julien né il y a quelques heures remonte à ma mémoire. Après un long moment de silence, elle me dit en regardant son enfant et son époux avec émotion : « Dire que cet enfant vient de nous! » Que de fois jai été témoin du profond silence de jeunes accouchées! Que de fois jai entendu de leur part un discours tellement semblable à celui de Laurence! « Je ne peux pas dire tout ce que je ressens. Je suis dépassée par la grandeur du mystère que porte cet enfant. Je ne trouve pas les mots », disent-elles, encore dans létonnement de la douloureuse et grande expérience quelles viennent de vivre. Et cela explique bien que très souvent, alors que ceux et celles qui visitent la nouvelle maman et son nourrisson sont volubiles, elle est plutôt silencieuse. Elle porte en son cur une parole damour qui a du mal à être dite dans le bruit, dans leffervescence, dans lexcitation. Elle est saisie dun désir dintériorité. Sa pudeur, tout autant que sa communion à lenfant à qui elle a donné vie, la porte à la plus grande discrétion. Marie a très certainement vécu une expérience semblable lors de la naissance de Jésus. « Elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cur », nous dit Luc après avoir raconté lannonce de la mystérieuse naissance aux bergers et la venue de ces derniers à la crèche. Quelle différence entre lattitude de Marie et celle des pasteurs de Bethléem! Eux sont si fiers davoir trouvé lenfant dans la mangeoire quils racontent, probablement avec emphase, dans lallégresse, comment ils ont appris la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur (v. 11) et comment ils lont trouvé avec Marie et Joseph. Ils provoquaient létonnement des gens à qui ils faisaient part de leur expérience (v. 18). Lévangéliste insiste : les bergers « ont vu et entendu ce qui leur avait été annoncé ». Il entraîne le lecteur à ladmiration et à la louange du Seigneur en évoquant le retour des bergers « glorifiant et louant Dieu » (v. 20) à leur quotidien. Cest lenchantement, le ravissement, leuphorie. Marie, elle, est la femme au cur qui fait mémoire (v. 19). Certes, elle est tout aussi émerveillée que les bergers devant ce qui vient de saccomplir. Mais cest dans le silence quelle communie à Jésus et à son Dieu qui lui a donné dêtre mère. Le mystère de toute naissance, et donc celui de la naissance de Jésus, ouvre une brèche sur linfini de Dieu. En cela, comme tout nouveau-né, Jésus peut mettre au monde sa mère. Il peut la faire naître au monde de Dieu. Peut-être le moment de cette naissance permet-il à Marie de revoir en sa vie ce qui lui permettra dêtre la mère dont son enfant a besoin. Peut-être aussi ce moment permet-il à Marie de faire mémoire de la bonté de Dieu. Elle se souvient de ses dons, de sa gratuité, des bénédictions dont il la comblée et dont il a comblé son peuple. On peut penser que sa prière rappelait à Dieu ses bienfaits afin quil les renouvelle en faveur de son Fils, delle-même, mais aussi de tous ceux et celles que Jésus attire. Nest-ce pas là le sens du mémorial? Et la Marie de Noël qui « retient et médite en son cur », nest-elle pas celle qui fait mémoire des actions de Dieu dans lhistoire? Elle doit certainement approfondir le sens du Magnificat jailli de son cur quelques mois auparavant. Elle doit le redire et le paraphraser. Ce que Marie conserve en son cur na-t-il pas trait au désir de bonheur qui germe et se développe en tout cur humain? Aspirer au bonheur sans fin, cest, en définitive, rechercher le salut. Cest lespérer pour soi et pour les autres. Or, dit lévangile de Luc, le nom même que portera lenfant est celui que lAnge du Seigneur, cest-à-dire Dieu lui-même, avait demandé à Marie de lui donner : Jésus qui signifie « Dieu sauve » (v. 21). Dans la mémoire de son cur, Marie se souvient : Dieu a été, est et sera à jamais le salut pour toute personne de bonne volonté comme en fait foi Luc 2, 14. Alors que nous passons dune année à lautre, que conservons-nous en notre cur? Quels sont nos motifs de reconnaissance? Au début de 2006, il fait bon offrir des vux de bonheur. Comment ne pas, avec Marie, faire mémoire du meilleur que Dieu veut et accorde à nous-mêmes, à lÉglise, à lhumanité entière? Que son projet damour saccomplisse à jamais! Marie, mère de Dieu le demande pour nous et avec nous. DENISE LAMARCHE |
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