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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 110 (2005).

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Des chercheurs d’étoile

8 janvier 2006
Année B : Épiphanie
Matthieu 2, 1-12

 « Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait […]. » (v. 9)

     Au centre de ce fascinant récit de l’aventure des mages venus d’Orient, une réalité familière : un enfant qui vient de naître. Un événement tout simple, tout naturel mais qui devrait toujours nous étonner par sa nouveauté : une naissance, une promesse d’avenir. Et la naissance qui nous occupe aujourd’hui comme à Noël est bien particulière : elle remplit de joie ceux auxquels elle est annoncée; elle ouvre un avenir que l’on arrive mal encore à discerner. Cette naissance-là doit être manifestée. D’abord en son milieu immédiat, aux gens de l’entourage, comme à Noël aux bergers, les représentants du peuple des petits et des pauvres. Puis, maintenant, à toutes les nations. Sous le symbole d’un Orient lointain, imprécis, ce sont toutes les terres et toutes les cultures qui sont évoquées. Une humble naissance mais qui va tout bouleverser.

     Et voici devant nous, le récit des mages. Des hommes qui scrutaient le ciel, vérifiaient le connu et découvrent l’inconnu. Des mages qui trouvent ce qu’ils ne cherchaient pas et qui partent sans trop savoir vers où et vers qui ils vont aller. Ils ont aperçu une étoile qui brillait d’une grande lumière. Ils partent guidés par cette lumière dans la direction qu’elle indique. Ils perdent un instant la trace de cette étoile lumineuse, puis ils la retrouvent au-dessus d’une simple maison où habite un petit enfant avec ses parents. Nos mages ne se laissent pas déconcerter par l’humilité du but atteint. Ils savent voir, au delà des apparences, le signe d’une promesse désormais réalisée.

     Ce qu’il y a de plus étonnant dans ce récit de la visite et de l’adoration des mages, c’est le fait que des hommes, des savants, cherchaient encore un signe, sans trop le savoir peut-être. Un signe, après tant de siècles, après tant d’annonces prometteuses qui ne s’étaient avérées que des échecs ou des espoirs sans vrai lendemain. Que des hommes, une fois de plus, ont tout misé sur une étoile et ont pris la route sans trop savoir ce qui arriverait, voilà qui est merveilleux déjà. Et peut-être plus merveilleux encore, c’est que ces hommes — un peu ridicules aux yeux des autres avec leur histoire d’étoile et leur errance incertaine — accomplissaient, sans s’en rendre compte, sans que les autres s’en rendent compte, les grandes et anciennes prophéties qui disaient, alors que les ténèbres enveloppaient la terre, qu’un jour, en une petite ville de peu d’intérêt, la lumière apparaîtrait. Et cette lumière devait être le salut du monde.

     Des mages, des chercheurs d’étoiles qui deviennent des marcheurs à la recherche d’un salut, d’un Dieu qui serait salut, d’un Dieu au service de la vie. Ce Dieu, ils le rencontrent dans la simplicité de l’habituel, d’un enfant qui vient de naître. La fréquentation des étoiles, du lointain, du silence permet-elle, peut-être, de voir tout ce qui se cache, tout ce qui est promesse et vie sous le couvert du familier qui risque de demeurer inaperçu?

     Nous reprenons ces vieux récits de naissance et de manifestations en un début d’année où tout est encore incertain. Nous reprenons ces récits en soupçonnant qu’il y a là quelque chose qui a rapport à notre foi, à l’audace de l’espérance; qui a rapport à ce que nous sommes et cherchons à devenir. Comme les mages, un instant égarés dans leur marche, nous nous retrouvons en un monde de violences, de cruautés, de guerres de misères. Mais dans ce monde, des signes aussi de bonté, d’attention aux autres; des signes de vie. Comme une étoile. Et voici que nous retrouvons, au-delà de nos égarements et de nos doutes, le désir de partir encore, de recommencer encore à vouloir construire la paix, à vouloir la tolérance et la fraternité, la construction d’un bonheur, là où il ne semble y avoir que cruautés et indifférence. Parce que nous apercevons parfois une étoile dans la nuit, au trou des nuages, une étoile qui nous rappelle qu’Il est né en une nuit, en notre monde. Et parce que nous savons qu’Il a vécu pour nous, nous cherchons à être étoile pour les autres. À cause d’une étoile furtivement aperçue, nous nous retrouvons, malgré l’âge, les fatigues, les meurtrissures de tout un passé, comme l’enfant qui vient de naître et pour qui tout est possible.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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