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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 112 (2006). |
Réflexions dun grand prêtre 9 avril 2006 « Le grand prêtre linterroge de nouveau : Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni?. » (ch. 14, v. 61) Les jours comme aujourdhui, il haïssait son métier. Il avait dépassé les cinquante ans, et il entreprenait sa quinzième année comme grand prêtre de son peuple. Cela lui pesait, le droit de vie et de mort. Toujours en équilibre instable. Il sapproche de la fenêtre, la rumeur la tiré de sa rêverie; cest la troupe romaine qui passe avec lagitateur. Des animaux, ces Romains. Ça paraît quils nont pas la chance de connaître lEnseignement de Moïse. Puisse le Béni soit-il les faire payer un jour. Hier, on lavait tiré de son sommeil à la fin de la première veille. Enfin, ils avaient réussi à mettre la main sur le Nazaréen. Tous savaient quil était à Jérusalem, mais avec cette foule venue pour la Pâque, où le trouver? Heureusement que les informateurs, ça existe. Surprenant quil nait pas résisté. Surprenant tout court, cet homme. Ils viennent de passer la porte de la ville, il entrevoit encore un bras de croix. La rue est plus calme en bas. Les gens sont à la maison, en train de se débarrasser de tout ce qui est susceptible de fermenter. Le fond de lair est encore frais, le soleil de midi le réchauffera. Il a froid quand il dort mal. Impressionnant, quil lavait trouvé. Étonnant pour ce charpentier de village Nazareth! il navait jamais entendu parler de ce trou avant , sans instruction, sans expérience politique. Il sétait même surpris à lenvier : cest beau quelquun qui a le courage de ses convictions. Quand même, pas dexagération, cétait facile pour lui, il navait pas de responsabilités, il navait pas à tenir compte de la réalité, il navait pas les Romains sur le dos, la charge du peuple sur les bras, les pressions des grands propriétaires sur les épaules, la Loi du Béni soit-il dans le cur et les conseils des uns et des autres dans la tête surtout ceux dAnne, son beau-père et prédécesseur, ce quil pouvait être fatiguant celui-là! Plus on est élevé, moins on est libre. Cela, le Nazaréen ne pouvait pas le comprendre. Ils achèvent de fixer les croix, le Nazaréen est sur lune dentre elles. La distance est trop grande, il ignore laquelle. Pauvre homme. Pourquoi donc faire exprès : sattaquer au Temple, tout de même! Lautre na jamais voulu sexpliquer là-dessus. Tout ce quil a pu lui tirer, cest sa référence au Fils de lhomme, qui saurait bien au dernier jour départager les responsabilités. Ça navait pas atténué la gravité de son geste. Cest bien malheureux, mais il ne lui avait pas laissé le choix. Avec tous ses enragés autour, qui avaient décidé de mettre le grand prêtre sous haute surveillance, il avait dû jouer la grande scène du blasphème. Il le savait, cela impressionnait toujours les témoins. Et tous étaient allés dormir là-dessus. Ou essayer. Il naimait pas faire du mal à de pauvres hères bien intentionnés, mais qui ne saisissaient pas la complexité des choses. Comme hypnotisé, il passe un très long moment les yeux rivés sur les croix. Il ne touche pas beaucoup à son repas. Il remarque quil sest mis à faire sombre. Lair est instable à cette période de lannée. Avant de déclarer fermée la session de la cour, hier soir, il avait dû la reconvoquer pour ce matin. Le mécanisme une fois enclenché, plus moyen darrêter le cours des choses. Tout le monde était daccord, à peine une réticence du côté de la clique de Gamaliel et un non surprenant de la part de Nicodème, qui a le respect de tout le monde. Il lui a bien fallu signaler son accord pour livrer le Nazaréen à cette brute de Pilate. Des fils dAbraham remettant un fils dAbraham à des païens pour quils le mettent à mort! Comment en était-on arrivé là? Son regard se détache des croix immobiles, attiré par la course dun garde du Temple, en bas, dans la rue. Cest terminé. Heureusement, la nuit a été meilleure que la précédente. Il ne sétait pas senti bien hier. La mort le dérangeait toujours. Il nen avait pas peur, il ne se passe rien au schéol. Le Béni soit-il, lui, est plus inquiétant. Sil devait comparaître devant le Fils de lhomme avec le Nazaréen, quel sort subirait-il, lui, le grand prêtre? Heureusement quil ne donnait aucun crédit à cette sornette, cette nouvelle croyance en la résurrection des morts ANDRÉ MYRE |
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