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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 112 (2006). |
Transfiguré par la transfiguration de lautre 12 mars 2006 « Il fut transfiguré devant eux. » (v. 2) Plusieurs fois, il mest arrivé dêtre très émue au chevet dune personne qui, après des heures et même des jours datroces souffrances, en arrivait au moment de son ultime passage à avoir un visage serein pour ne pas dire lumineux. On ne lisait plus la douleur mais la paix et la joie sur sa figure. Cest là une des expériences qui me permettent, à partir de mes faibles moyens, dentrer, un tant soit peu, dans le mystère de la transfiguration pour me laisser transfigurer moi-même. Être transfiguré, cest être changé; cest subir une métamorphose importante. Ainsi, on dira dune personne qui, après une épreuve, devient toute sage alors quelle était plutôt légère et imprudente, quon ne la reconnaît plus, quelle nest plus la même. Cest comme si cette personne accordait désormais un autre sens à sa vie. Et le fait dêtre en relation avec cette personne transfigurée, peut aussi nous transformer. Pierre, Jacques et Jean sont les témoins de la transfiguration de Jésus. Qua-t-il bien pu se produire en leur vie? Ils étaient déjà disciples de Jésus. Ils le connaissaient certainement. Lui était pour eux lhomme quils appelaient Rabbi, cest-à-dire : Maître. Ils entendaient ses discours parfois bouleversants; ils le voyaient agir, parfois de manière provocante, en faveur des pauvres, des malades, des pécheurs. Mais, comprenaient-ils véritablement sa mission? Savaient-ils vraiment qui il était? Pierre nétait-il pas encore celui qui sétait mérité la réprimande de Jésus : « Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Comme Jacques, comme Jean, comme les autres disciples, Pierre ne pouvait probablement pas interpréter les paroles et les gestes de Jésus comme étant lexercice de la mission que le Père lui avait confiée de révéler et de réaliser son grand projet damour sur lhumanité. Cest dans ce contexte de lannonce des souffrances que vivront le Messie et ceux et celles qui veulent marcher à sa suite (cf. Marc 8, 34-35), que Dieu vient authentifier la mission de Jésus par la transfiguration de ce dernier. Il y a là comme un équilibre qui se crée : le mystère du Christ se comprend dans la souffrance qui mène à la gloire, dans la croix qui conduit à la résurrection. Pierre est, comme nous, lent à comprendre. Ébloui par lévénement, il oublie la prophétie de son Maître : « Il fallait que le Fils de lhomme souffre beaucoup, quil soit rejeté [ ] quil soit tué et que, trois jours après, il ressuscite. » (cf. Marc 8, 31) Cest à cause de son incompréhension du projet de Dieu et de la mission de Jésus quil veut fixer à tout jamais, en dressant trois tentes (v. 5), la vision glorieuse du Transfiguré. Il faudra, pour le ramener à la raison, que se poursuive la théophanie, cette manifestation éloquente de Dieu dans la nuée qui couvre dombre les disciples (v. 7). Jusque là, dans lévangile de Marc, cétaient les démons (cf. Marc 1, 24-34; 3, 11; 5, 7) ou, encore, les hommes (cf. Marc 8, 28-29) qui découvraient le mystère de Jésus. Lors de la transfiguration, cest Dieu qui proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. » (v. 7) Le Père fait reconnaître son Fils quil dit unique cest le sens premier de bien-aimé ; il le fait reconnaître comme étant son serviteur, celui à qui il confie dannoncer la bonne nouvelle du salut de lhumanité et dindiquer les voies daccès à une vie de bonheur; il le fait reconnaître comme prophète messianique qui, après Moïse, doit mener le peuple à la véritable Terre promise. Lexpérience ne dure pas longtemps. Il faut redescendre de la montagne. Il en est presque toujours ainsi des expériences spirituelles. Elles samorcent puis elles se terminent dans un court laps de temps. Mais, on peut sy référer ensuite en diverses occasions pour en approfondir le sens. Pierre Jacques et Jean ne comprendront quaprès la résurrection du Christ ce moment de lucidité vécu sur la montagne. Peut-être eux-mêmes ont-ils été métamorphosés par lexpérience même de la transfiguration de Jésus, comme ils continueront de lêtre après que leur Maître ait été relevé du tombeau. La transfiguration de lautre produit des effets sur les témoins. Nen est-il pas ainsi de nous qui assistons parfois au passage dune personne de langoisse à la sérénité, de la colère à la paix, de lenfermement à louverture? DENISE LAMARCHE |
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